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Le sommet de Charm el-Cheikh et les déclarations de Kouchner dominent la scène locale…

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Le sommet de Charm el-Cheikh et les déclarations de Kouchner dominent la scène locale…


A l’heure où se déroule, aujourd’hui, la rencontre au sommet entre le roi Abdallah d’Arabie et le président Hosni Moubarak d’Egypte, à Charm el-Cheikh, deux logiques continuent de s’affronter et la région oscille entre deux scénarios : celui d’une guerre entre Israël et les Etats-Unis, d’une part, la Syrie, l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, de l’autre ; ou le maintien du statu quo. Au Liban, les deux logiques contradictoires se traduisent par deux initiatives parallèles, celle du Premier ministre Fouad Siniora, qui poursuit sa tournée dans le Golfe, et celle du président de la Chambre Nabih Berry qui s’était rendu en Syrie lundi et s’apprête à s’envoler pour Ryad.
M. Siniora, qui a été reçu hier par le roi Abdallah d’Arabie et qui s’est rendu en soirée au Qatar, réclame une réunion des ministres arabes des Affaires étrangères, destinée à étudier le dossier des relations libano-syriennes en vue d’obtenir une élection présidentielle dans les plus brefs délais, plus précisément le 22 avril.
De son côté, le président Berry entend obtenir l’appui de la Syrie et de l’Arabie, les deux pays arabes les plus influents au Liban, pour une nouvelle session de dialogue national autour de la formation du gouvernement et de la future loi électorale.


De prime abord, les deux initiatives peuvent paraître similaires. En réalité, elles partent de deux points de vue totalement différents. Le Premier ministre – et le camp qu’il représente – estime que le contentieux oppose en réalité la majorité à la Syrie. C’est pourquoi, tout nouveau dialogue interne lui paraît inutile, tant que Damas continue à empêcher l’opposition à jeter du lest, d’autant que le président Berry est désormais considéré par la majorité comme une partie, et non pas comme une personnalité impartiale. M. Siniora cherche donc à pousser les Arabes à demander à la Syrie des mesures concrètes visant à faciliter l’élection d’un président libanais et à régler le contentieux avec le Liban.

 
Par contre, le président de la Chambre – et l’opposition en général – estime que la crise actuelle est interne, mais elle est exacerbée par le conflit qui oppose la Syrie à l’Arabie saoudite. Berry se propose donc de lancer une nouvelle session de dialogue national entre les protagonistes des sessions précédentes au siège du Parlement, mais en prenant soin, au préalable, de s’assurer de l’appui de Damas et de Ryad pour éviter d’éventuelles tentatives de torpillage. Sur un plan arabe et international, la nouvelle initiative du président Berry, qui se veut complémentaire de l’initiative arabe, puisqu’elle est destinée à traiter les deux dossiers qui entravent l’application de celle-ci, présente indirectement la Syrie comme favorable à une solution, surtout après les propos rapportés par le président de la Chambre sur l’appui de Damas aux décisions prises au cours de la précédente session de dialogue.


Mais cette démarche de M. Berry a été accueillie par un refus clair de la part du Premier ministre. Fouad Siniora a expliqué les raisons de son attitude au cours d’une conférence de presse tenue au Caire, en présence du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa. Ce qui laisse supposer qu’en dépit des tentatives d’ouverture de la Syrie à l’égard de l’Egypte et de l’Arabie saoudite, par le biais de messages « amicaux » transmis par le président algérien et l’émir du Koweït, le bras de fer entre Damas, d’une part, Le Caire et Ryad, d’autre part, se poursuit, sur fond de manœuvres militaires israéliennes de grande envergure. Cet « exercice de défense passive », le plus important dans l’histoire d’Israël, s’inscrit dans le cadre des mesures israéliennes prises après la guerre de juillet 2006. Il s’inscrit aussi dans le cadre de l’application des résolutions de la commission d’enquête israélienne Winograd, qui avait dénoncé les lacunes de l’armée israélienne pendant la guerre de 2006, tout en l’appelant à se préparer à une nouvelle guerre.


Au Liban, certains estiment que cet « exercice de défense passive », auquel participe le quart de la population israélienne, est essentiellement destiné à l’usage interne, alors que d’autres, au contraire, voient dans ces manœuvres militaires une sorte de répétition générale pour une guerre qui serait lancée au cours des prochains mois, avec l’appui, voire la participation active, des Etats-Unis. Pour confirmer ses dires, le camp qui croit à la probabilité d’une guerre affirme que les Etats-Unis n’ont pas déplacé leur flotte militaire vers la région pour rien et qu’il faudrait donc s’attendre à une attaque israélienne contre le Liban, doublée d’opérations ciblées américano-israéliennes contre la Syrie et l’Iran.


Les déclarations du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, à la presse, hier, semblent alimenter les scénarios de guerre, puisque M. Kouchner a affirmé que « le réarmement du Hezbollah est une affaire très sérieuse (…) qui a déjà dépassé le stade interlibanais ». M. Kouchner a aussi estimé que le président de la Chambre, Nabih Berry, « n’est pas libre de ses mouvements », critiquant ainsi indirectement sa dernière initiative visant à relancer les séances de dialogue national.


Le blocage semble donc devoir se poursuivre, à moins que le sommet entre le roi Abdallah et le président Moubarak ne décide aujourd’hui de baisser le ton envers la Syrie. Ce qui, selon les sources proches de la majorité, reste peu probable, ces sources estimant que les deux dirigeants arabes pourraient plutôt appeler à la tenue d’un sommet élargi, regroupant la Syrie, le Qatar, le Koweït, le Yémen et l’Algérie, pour évoquer le dossier libanais.


De l’avis des experts, un rapprochement interarabe et par conséquent une solution à la crise libanaise ne semblent toutefois pas encore mûrs et dépendent de facteurs aussi bien régionaux qu’internationaux.
C’est dans ce terrain miné, où le moindre dérapage pourrait aggraver les conflits, que la commission d’enquête internationale poursuit ses investigations sur l’assassinat du Premier ministre Rafic Hariri et les autres crimes exécutés au cours des trois dernières années. Le président de la commission, le Canadien Daniel Bellemare, a présenté hier son rapport aux membres du Conseil de sécurité, demandant un nouveau délai de six mois pour poursuivre son enquête. Et alors que la disparition du « témoin controversé » Mohammad Zouhair Siddiq, confirmée hier par le ministre Bernard Kouchner, continue de susciter des interrogations, M. Bellemare s’est fixé comme priorité de maintenir ses investigations loin de toute interférence politique. Une mission des plus ardues dans un contexte aussi délicat…

Scarlett HADDAD

المصدر:
l"orient le jour

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