La majorité et l’opposition dépassées par le bras de fer régional

Les visites arabes de Berry et Siniora n’ont pas permis de changer la donne
La majorité et l’opposition dépassées par le bras de fer régional


Fouad Siniora est rentré de sa tournée arabe et le leitmotiv de la majorité est resté le même hier : seules des relations équilibrées entre la Syrie et le Liban seraient à même de mettre un terme à la crise politique (qui sévit depuis tellement longtemps que les Libanais ont du mal à se souvenir quand elle a vraiment commencé). Pour prouver son désir de corriger ses relations bancales avec le Liban, la Syrie doit donc commencer – et de manière prioritaire – par jouer le rôle de facilitateur dans le dossier de l’échéance présidentielle, a martelé hier encore la majorité. Partant de là, la proposition de Nabih Berry n’est acceptable que si celle-ci est amorcée par l’élection d’un nouveau président à la magistrature suprême. Cela est d’autant plus facile à réaliser, avait d’ailleurs indiqué Amine Gemayel sur le perron de Aïn el-Tiné, que toutes les parties sont d’ores et déjà tombées d’accord sur la personne du commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane, comme devant être prochain chef de l’Etat.


L’opposition, elle, continue de camper sur ses positions en tentant toutefois de bétonner la crédibilité de l’initiative de Nabih Berry. Ce dernier aurait reçu, selon l’agence al-Markaziya, de nouvelles assurances en provenance de Damas concernant la candidature de Michel Sleimane. Le régime syrien serait prêt à faciliter l’élection de ce dernier, si toutefois son accession à la présidence est placée dans le cadre d’un package deal, ce qui en somme consiste, concrètement, en un véritable retour à la case départ. De plus, M. Berry a réussi à obtenir du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, les propos qu’il désirait entendre, ce dernier ayant finalement indiqué que « les portes de la France » sont grandes ouvertes pour M. Berry et que le dialogue au Liban est toujours le bienvenu.


« Le bras de fer continue », a noté une source ministérielle de la majorité depuis Paris. Sur la tendance dominante pour les jours à venir, cette source indique qu’il n’y aura pas de « négociation interlibanaise sauf sous l’égide du nouveau président de la République ». Mais cela n’est, semble-t-il, pas près de se concrétiser puisque, selon le ministre précité, « il n’y a rien à prévoir le 22 avril, à moins d’un revirement spectaculaire de la Syrie. Cela est à exclure, car ils ont trop peur du tribunal spécial pour le Liban. Ils deviennent de plus en plus nerveux ».


Ainsi, malgré la tournée arabe de Fouad Siniora, malgré les appels au dialogue de Nabih Berry, et en dépit du très théâtral Michel Murr qui a annoncé mercredi son « indépendance politique » par rapport au courant de Michel Aoun, la scène interne demeure paralysée. Sur ce dernier point, une source du Courant patriotique libre (CPL) a souligné que l’attitude adoptée par Michel Murr relèverait plus de l’opportunisme politique et d’une « logique du pouvoir » que d’une réelle volonté de répondre à un quelconque « désir populaire ». « Si cela était le cas, affirme la source précitée, M. Murr aurait carrément changé de camp, ce qu’il n’a pas fait. Ses actes relèvent indubitablement d’une certaine stratégie politique. » Loin de constituer une quelconque porte de sortie pour le CPL, le revirement de Michel Murr a, dans les faits, isolé un peu plus ce bloc parlementaire même si les principaux concernés insistent à dire que « gagner une bataille, c’est une chose, et gagner la guerre c’est autre chose ». Reste toutefois à savoir si cette prise de position de l’ancien vice-président du Conseil va réellement faire l’effet « boule de neige », comme aiment à le croire des sources de la majorité.
Néanmoins cet étiolement de l’opposition ne présage rien de bon, car elle exprime une indéniable perte de repères, celle-là même dont avait souffert la majorité avant le 14 février dernier.

 

Zoom sur la présidentielle


« Nous sommes dans une phase de “pré-quelque chose” », a noté par ailleurs un député du 14 Mars, car la majorité estime que « cela ne peut plus durer ». Aux sceptiques, le député indique que « les choses sont en train de bouger et il ne faut pas sous-estimer ce qui se passe dehors » en termes de contacts diplomatiques. « La mobilisation arabe en faveur du Liban est plus forte que jamais », fait-il également remarquer, même si cette mobilisation ne s’est pas encore traduite par une concrétisation quelconque sur le plan interne.


Exit donc la thèse de la redynamisation du gouvernement en place, cette option étant passée à la trappe après la désapprobation implicite du patriarche maronite, Nasrallah Sfeir, sur la question. Le député précité rétorque que « la réaction de Mgr Sfeir a été mal interprétée. Il n’est pas contre cette idée, mais dans les faits, une redynamisation du gouvernement exigerait le même effort qu’une élection du président de la République ». Par conséquent, le 14 Mars serait, à l’heure qu’il est, plus tenté par une élection présidentielle que par un éventuel rabibochage du cabinet ministériel qui, de surcroît, « détournerait l’attention de l’objectif principal : combler le vide qui règne au niveau de la magistrature suprême », poursuit la source parlementaire précitée.
Cette fin de semaine est censée s’écouler sans surprises de dernière minute, en attendant lundi prochain.

 

Manœuvres et enquêtes


A ce propos et selon des sources autorisées, le Hezbollah sera lundi en état d’alerte maximale, vraisemblablement dans l’optique d’une réponse aux manœuvres israéliennes qui ont eu lieu durant la semaine qui vient de s’écouler. L’agenda du Hezb coïncide ainsi singulièrement avec celui de la Syrie qui a placidement indiqué que, dans les prochains jours, elle effectuera des manœuvres « afin de faire face aux catastrophes naturelles ». Toujours la semaine prochaine, les Etats-Unis et Israël compteraient rendre publics les détails du raid israélien sur la Syrie effectué en septembre dernier. Damas, pour sa part, envisagerait de rendre publics les résultats de l’enquête sur l’assassinat de Imad Moghniyé.

المصدر:
l"orient le jour

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