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Conciliateur d’attaque, Murr revient à la charge et sur le devant de la scène

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Conciliateur d’attaque, Murr revient à la charge et sur le devant de la scène 
Philippe ABI-AKL


Du nouveau ? Rien que le mouvement Murr. En proclamant son indépendance totale par rapport à toute formation, donc en prenant ses distances par rapport à la ligne aouniste, l’ancien vice-président du Conseil secoue le landernau politique. En rappelant sans ambages qu’un responsable politique doit avant tout répondre aux aspirations et aux vœux de l’opinion. Du peuple souverain. Qui ne comprend pas qu’on jette le pays dans les affres d’une crise économiquement, et socialement, harassante. Et qui n’admet pas que des députés se dérobent à leur devoir national d’élus-électeurs.


L’initiative de Michel Murr vient, à point nommé, marginaliser en quelque sorte un clivage majorité-opposition devenu vertical et paroxystique. Il est possible qu’en s’attirant par son attitude les faveurs d’un large public, le pôle metniote pousse les protagonistes à modifier leur comportement. A sortir du marasme ambiant. Pour contribuer, à son exemple, au traitement prioritaire du dossier de la présidentielle.


Mais le choc salutaire que Murr veut provoquer se produira-t-il vraiment ? Beaucoup en doutent. Car ce n’est pas la première fois qu’il essaye et que les raisons, extérieures ou locales, à l’origine de l’échec de ses précédentes tentatives, subsistent toujours.


D’ailleurs les réactions à la démarche Murr montrent par elles-mêmes l’acuité et la complexité des divergences. Certains pensent, comme indiqué plus haut, qu’il a de bonnes chances de faire effet boule-de-neige, en entraînant d’autres dans une dynamique positive de changement. C’est-à-dire, en clair, en les portant à réviser leurs calculs autant que leurs alliances. En fonction de l’émergence d’un centre qui pourrait gagner beaucoup en puissance. En s’articulant justement autour du rôle-pivot, ou d’arbitre, d’un nouveau chef de l’Etat disposant d’un bon paquet de ministres.


Une dynamique de détachement et d’indépendance qui devrait faire sous peu tache d’huile au Kesrouan et dans la région de Jbeil. Dont les édiles et les moukhtars seraient invités à imiter leurs homologues du Metn, pour une pression accentuée sur les députés afin qu’ils cessent de bouder la présidentielle.


A dire vrai, il y a déjà eu, bien avant le coup d’éclat de Murr, des efforts de correction de trajectoire de la part de cadres de la société civile regroupés au sein d’un moultaka jbeyli, cénacle de Jbeil. Ils ont démarché à plusieurs reprises les députés de la région, en sus des représentants du Kesrouan et du Ftouh, pour les presser de combler le vide institutionnel au niveau de la présidence. Les priant même de participer à un sit-in de parlementaires place de l’Etoile jusqu’à ce que l’élection ait lieu. A l’instar de ce que les députés avaient fait en 2006 pour exiger la levée de l’embargo israélien frappant le Liban. Et soulignant que l’opinion attend des représentants de la région qu’ils appuient à fond la candidature du général Sleimane qui en est originaire. Sans compter qu’ils constituent le bloc chrétien, et surtout maronite, intéressé au premier chef par la nécessité d’une présidence dévolue à la communauté. Mais les députés ont fait la sourde oreille, en invoquant divers prétextes, tous jugés fallacieux par le lobby pro-présidentielle. Qui entend se regrouper à travers une assemblée générale réunissant les quatre zones, le Metn, le Kesrouan, le Ftouh et Jbeil.

 

Effet contraire


Mais d’autres professionnels pensent pour leur part que le mouvement Murr risque d’avoir des répercussions négatives et de retarder la présidentielle au lieu de l’accélérer. Pourquoi ? Parce que, répondent-ils, l’ancien président du Conseil y a été trop fort dans ses récentes philippiques. Ce qui pourrait pousser le général Michel Aoun à durcir encore plus ses positions. A refuser plus que jamais de composer, pour ne pas paraître avoir plié devant un partenaire-rival qu’il estime moins populaire que lui. Pour ne pas dire d’un calibre inférieur. En tout cas, ajoutent ces sources, il est presque certain que la plupart des membres du bloc aouniste, mis au pied du mur et priés de choisir, se rangeraient aux côtés du général. Pour des raisons électorales. Laissant de côté les réticences ou les réserves mentales qu’ils ont au sujet de sa ligne concernant la présidentielle. Ou encore de son rejet des objurgations des évêques maronites et de sa quasi-brouille avec Bkerké.


Même chose sans doute, poursuivent ces cadres, pour ce qui est de l’ensemble du front opposant. Qui oublierait ses dissonances, comme le fossé qui sépare les propositions Berry et Frangié, pour se rassembler autour de Aoun et le soutenir face à l’intifada de Murr. Les prosyriens pourraient même ratifier en bloc les propos de Wahhab ou de Frangié indiquant que la candidature Sleimane n’est plus admise comme consensuelle, du moment que la majorité et Murr la soutiennent à fond.


Cela à moins, évidemment, que le régime syrien ne soit sincère quand il indique à Berry qu’il est toujours pour le général. L’actuel, pas l’ancien.

المصدر:
l"orient le jour

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