L’association Solide et les députés Mouzaya et Hachem dénoncent le « manque de rigueur » de l’opération
Les fouilles de la fosse commune présumée de Halate n’ont rien donné
Les fouilles de la fosse commune présumée de Halate n’ont rien donné
L’affaire des fosses communes soulevées hier soir, par le chef du Courant patriotique libre, Michel Aoun, a suscité hier de multiples réactions, notamment après que les fouilles ordonnées par le parquet n’eurent rien donné.
Annoncée par la presse, et reprise lundi soir dans une déclaration du chef du CPL, l’existence d’éventuels ossements enfouis le long de l’autoroute de Halate a provoqué des remous dans les milieux politiques, judiciaires et sécuritaires.
Très tôt le matin, et sur ordre du procureur général du Mont-Liban, le juge Ghassan Oueidate, des unités des Forces de sécurité intérieure ont été dépêchées sur les lieux pour commencer les travaux d’excavation en vue de s’assurer de la crédibilité des informations avancées par certains témoins de la région et reprises par la presse locale.
Ce n’est que vers 15 h que les FSI ont arrêté les fouilles, qui n’ont révélé aucune trace de fosses communes. Selon les FSI qui se trouvaient sur les lieux, les opérations de forage, qui ont atteint en début d’après-midi quelque 2 mètres de profondeur sur une longueur de 10 mètres, n’ont rien dévoilé. Aussitôt, le procureur général devait ordonner l’arrestation des personnes qui étaient à l’origine de l’information. Il s’agissait de Joseph Abi Char, le propriétaire d’un magasin se trouvant à proximité des lieux, Milad el-Rahi, propriétaire d’une salle d’exposition de voitures, et Jacqueline Gaby Rahi. Toutefois, ces trois personnes devaient par la suite être libérées sous caution d’élection de domicile.
Il serait utile de rappeler qu’un reportage récemment publié dans la presse avait fait état d’une première alerte en 2002, lorsqu’un ouvrier effectuant des travaux de réhabilitation de l’autoroute, pour le compte d’un entrepreneur, avait découvert des sacs qui exhalaient une odeur nauséabonde. Ce dernier aurait immédiatement averti le propriétaire du magasin se trouvant à proximité, pour ensuite revenir sur les lieux et remblayer la poche où se trouvaient les sacs. L’opération menée par les FSI n’a pas manqué de susciter les critiques du CPL et de l’association Solide.
Le président de l’ONG, Ghazi Aad, a organisé une conférence de presse avec les députés de la région, Chamel Mouzaya et Abbas Hachem, pour dénoncer « les méthodes employées », le « manque de rigueur de l’opération » et l’absence d’experts et d’ONG internationales pour surveiller les méthodes mises en œuvre.
Prenant la parole lors d’un point de presse improvisé sur le lieu des fouilles, M. Aad a insisté sur la « nécessité d’entreprendre cette recherche de manière légale et scientifique ». Le responsable de Solide a en outre relevé l’absence d’un organe international habilité à « définir les critères » adéquats, notamment la profondeur nécessaire de l’excavation pour ce type de recherches. M. Aad a par ailleurs lancé un appel aux habitants de la région les invitant à empêcher que la fosse soit à nouveau remblayée.
« Comment se fait-il que les organisations internationales, les Croix-Rouge internationale et libanaise ainsi que l’armée ne se trouvaient pas sur les lieux, alors que les FSI creusaient comme bon leur semblait et que les opinions restent partagées sur cette question ? » s’est interrogé M. Aad.
A son tour, Chamel Mouzaya a estimé que cette opération « est une pure comédie », soulignant la nécessité de « rassurer les parents des personnes disparues » sur la technique employée.
Pour sa part, le député Abbas Hachem a rappelé que le parquet s’est saisi de l’affaire, suite à la publication du dossier paru dans la presse.
« Il aurait été toutefois préférable d’enquêter sur ces informations qui ont fait état de l’existence d’ossements humains, selon les affirmations d’un témoin qui était à l’origine de cette découverte », a-t-il précisé.
Et le député de se demander « pourquoi le conducteur du Poclain, qui avait fait la découverte macabre et dont on connaît le nom, n’a pas été interrogé par les autorités responsables ».
Il a en outre critiqué la profondeur à laquelle se sont arrêtées les opérations de fouilles, d’autant que le niveau de cette partie de l’autoroute intéressant les recherches avait été relevé à l’époque, souligne-t-il.
Et M. Hachem de solliciter le parquet pour envoyer une équipe de recherches spécialisée dans ce genre de travaux afin de décider s’il y a ou non des fosses communes.
Prié de commenter les brèves arrestations effectuées dans ce cadre, le député a indiqué qu’il s’agit d’un moyen de « pression et non d’une mesure d’investigation en vue de rechercher la vérité ». Soulignons enfin que cette journée de recherches n’a pas été de tout repos, puisque les opérations de fouilles ont causé un embouteillage monstre qui a été à l’origine d’un accident de voiture grave, lequel a fait trois victimes, deux de nationalité syrienne et une troisième de nationalité égyptienne.