Le tueur, un proche de Skaff, était toujours en fuite hier soir
Tirs contre la permanence Kataëb à Zahlé : deux morts et trois blessés
Tirs contre la permanence Kataëb à Zahlé : deux morts et trois blessés
Deux membres du bureau régional du parti Kataëb à Zahlé ont été tués hier lorsque des hommes armés ont ouvert le feu sur leur permanence. Les victimes sortaient de l’inauguration d’un nouveau siège du parti dans la ville quand ils ont été la cible de tirs provenant d’un homme plus tard identifié comme étant Joseph Zouki, un proche du député Elias Skaff. L’armée et les forces de l’ordre ont encerclé la ville hier, notamment un quartier où elles présumaient que le tueur pouvait se cacher, afin de l’arrêter et de calmer les esprits très échauffés après le drame. Les deux tués sont Salim Assi, mort sur le coup, et Nasri Marouni, responsable de la communication, qui a succombé à ses blessures. Rachid Salim Assi, Roger Ghorra et Elias Issa ont également été blessés et emmenés dans un hôpital de la ville.
Le fils du président des Kataëb Amine Gemayel, Samy, était présent à l’inauguration et venait de quitter les locaux lorsque le siège du parti a été pris pour cible. L’armée et les Forces de sécurité intérieure (FSI) ont tout de suite bouclé le secteur pour empêcher que la situation ne dégénère encore plus. Les Kataëb étaient, eux, en état d’alerte dans toute la ville. L’épouse du chef du parti, Joyce Gemayel, s’est rendue elle-même sur les lieux pour tenter de calmer les esprits. Samy Gemayel est lui aussi revenu au siège des Kataëb à Zahlé et a prononcé un mot en soirée pour demander aux forces politiques qui protègent le tueur de le livrer aux autorités ou, du moins, de lui ôter leur couverture, parce qu’il sera impossible de retenir les foules en colère indéfiniment. Selon des informations que nous n’avons pu confirmer auprès du député Skaff lui-même, les alentours du domicile de ce dernier étaient bouclés par l’armée, de peur de représailles de la part d’habitants en colère, qui l’accusent de ne pas vouloir livrer l’assassin.
Des sources de sécurité ont affirmé à L’Orient-Le Jour que l’incident a commencé quand Joseph Zouki, obligé de faire demi-tour parce que l’accès à la rue où se déroulait la cérémonie avait été fermé, a eu un échange animé avec les agents de sécurité et des partisans Kataëb. Après la cérémonie, Zouki est revenu, armé d’un kalachnikov, sur les lieux, probablement accompagné d’autres personnes (toujours non identifiées), sachant que les forces de l’ordre s’étaient déjà retirées. Il a tiré sur les participants à la cérémonie avec son kalachnikov, blessant et tuant cinq personnes. L’arme a été retrouvée, mais le tueur, lui, était toujours au large hier en soirée, alors que les forces de l’ordre perquisitionnaient sa maison et d’autres endroits, le recherchant activement. De même source, on indique que l’homme a un casier judiciaire bien fourni et un passé de violences et de troubles avec la justice. Il serait sorti de prison récemment.
Des habitants de la ville précisent par ailleurs que le tueur cherchait à se venger d’un incident qui l’avait opposé à des partisans Kataëb il y a quelque temps. Ils ont décrit la situation comme étant extrêmement tendue dans la ville. La source de sécurité précitée assure que des renforts ont été dépêchés à Zahlé pour contrôler la situation. En soirée, les évêques de la ville ont appelé à la grève générale aujourd’hui, dans une tentative d’éviter tout débordement au lendemain du drame.
Siniora : des directives fermes
Dès qu’il a appris la nouvelle, le Premier ministre Fouad Siniora a contacté l’ancien président Amine Gemayel, ainsi que le ministre de l’Intérieur et des Municipalités, Hassan Sabeh, et le directeur général des FSI, le général Achraf Rifi. M. Siniora a donné aux services de sécurité des directives pour que « cet incident sécuritaire soit traité le plus rapidement et le plus fermement possible, et que des mesures soient prises à l’encontre de ceux qui ont perpétré ce crime, afin d’éviter toute conséquence qui pourrait être exploitée par certains pour troubler la tranquillité des citoyens ».
Les Kataëb ont, pour leur part, tenu une réunion urgente sous la présidence d’Amine Gemayel, à l’issue de laquelle le parti a publié un communiqué qui explique les circonstances du drame. Selon ce communiqué, « le bureau régional des Kataëb organisait à 16 h une cérémonie d’inauguration d’un nouveau siège à Hoch el-Zara’iné, à Zahlé, en présence du coordinateur du comité central du parti, Samy Gemayel, et d’un nombre de partisans de la Békaa ». « Quelques instants après le départ de Gemayel, poursuit le communiqué, des hommes armés à bord d’une voiture ont ouvert le feu sur les participants à la cérémonie, blessant cinq partisans membres du comité exécutif du régional : Nasri Marouni, frère du président du régional, Salim Assi et son fils Rachid, Roger Ghorra et Elias Issa. »
Le texte révèle également que « Salim Assi venait de prononcer le mot du parti à la cérémonie », et que « Nasri Marouni a succombé à des blessures par balles qui l’ont atteint au ventre et à la poitrine ». « A l’issue du drame, le président Gemayel a été contacté par le Premier ministre Fouad Siniora et par un grand nombre de personnalités politiques désirant présenter leurs condoléances et s’informer des circonstances du drame », poursuit le texte.
Pour sa part, le président du conseil municipal de Zahlé-Mou’alaqa, Assaad Zoughaib, a fermement dénoncé le crime. Il a estimé que « quelles que soient les divergences d’opinion à Zahlé, la ville n’a jamais connu de toute son histoire de telles méthodes criminelles, que nous dénonçons très fortement ». « Nous demandons aux forces de l’ordre d’arrêter les coupables et de les livrer à la justice afin qu’ils reçoivent le châtiment qu’ils méritent », a-t-il ajouté.