Monologues en groupe

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Dialogue et réconciliation. Les deux thématiques vont de pair dans le discours politique, dans la mesure où les deux dynamiques devraient en principe déboucher sur un même résultat, en l’occurrence la paix civile et l’entente nationale… Durables ou pas, c’est une autre question, que nul ne s’empresse d’ailleurs de soulever, tant les stratégies de rapprochement – comme les stratégies de confrontation d’ailleurs – sont, elles aussi, en partie conditionnées par les circonstances régionales et les intérêts communautaires et politiciens.

À la veille de la reprise de la conférence de dialogue national, le 5 novembre à Baabda, c’est pourtant bien cette aspiration à une paix civile durable – et, par-delà, à la sécurité et la stabilité et surtout la dignité de l’individu, du citoyen – qui devrait figurer en tête des priorités.

Si la thématique du dialogue et de la réconciliation est de plus en plus récurrente dans la rhétorique politique, ce n’est pas vraiment pour l’instant, il faut en convenir, dans cette optique.

Concernant la table de dialogue, à titre d’exemple, la conférence nationale devrait discuter de la stratégie de défense, en vertu de l’accord de Doha. Mais, ainsi que le soulignait hier soir le député Boutros Harb dans un entretien à la New TV, le débat est progressivement orienté dans une autre direction, sur un problème de forme qui pourrait occulter le débat de fond sur la stratégie de défense, en l’occurrence l’élargissement de la table de dialogue à de nouveaux participants. Un débat qui pourrait devenir lui-même une fin en soi et, par la suite, une nouvelle source de blocage empêchant toute évolution de la discussion sur la question initiale.

Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait insisté sur l’élargissement dans une allocution télévisée il y a quelques mois, estimant qu’il fallait ainsi rendre justice à certaines personnalités qui avait soutenu la Résistance. Et, hier, c’est le vice-secrétaire général du parti, Naïm Kassem, qui a renouvelé avec force cette demande, affirmant qu’il s’agit là d’une « revendication sérieuse du Hezbollah, qui n’est ni une manœuvre ni une surenchère ». « Cet élargissement est dans l’intérêt de la réussite du dialogue », a-t-il dit, soulignant qu’il existe « un déséquilibre dans la représentation à la conférence ». « Cet ajout ne renversera pas l’équation de fond en comble, parce que les participants sont aussi bien des opposants que des loyalistes, et que le nombre des deux augmentera. Il rendra justice à ceux qui le méritent et permettra une représentation sensée en fonction de règles qu’il est désormais clair de revoir, dans la mesure où les circonstances qui prévalaient lors de la formation du comité de dialogue ne sont plus les mêmes aujourd’hui, ce qu’il faut prendre en considération », a noté Naïm Kassem. Le ministre de la Jeunesse, Talal Arslane, en pensant tout naturellement à lui, a tenu samedi le même raisonnement en réclamant l’élargissement de la conférence à « des leaders qui ont prouvé leur efficacité sur la scène nationale ».

Cependant, à l’argument du responsable du Hezbollah selon lequel l’augmentation des participants ne changera rien puisqu’elle aura lieu aussi bien du côté de l’opposition que de la majorité, font écho les propos, samedi, de l’ancien Premier ministre Nagib Mikati à la Voix du Liban. Mais la logique est tout bonnement inversée, puisque M. Mikati se prononce contre l’élargissement de la table de dialogue, en affirmant que le nombre de personnes à table n’avancera en rien la discussion. Il justifie ensuite sa position : les participants doivent se limiter, selon lui, aux signataires de l’accord de Doha, et, par ailleurs, les décisions doivent se faire à l’unanimité, c’est pourquoi le nombre de participants doit nécessairement être réduit.

Même raisonnement du côté de Boutros Harb hier, qui a avancé l’argument suivant : si les deux positionnements, les deux conceptions du problème, celui du 14 Mars et celui du 8 Mars, sont présents à table, à quoi cela sert-il d’élargir la table de dialogue ? Et le député du Batroun va plus loin, en se demandant si la revendication du Hezbollah vise en réalité, par-delà son simple aspect formel, par-delà son besoin d’accorder une « reconnaissance » à ses alliés, à montrer que les événements du 7 mai dernier ont effectivement « modifié », par les armes, la donne sur le terrain. Cette interprétation donne en effet tout son sens à la formule de Kassem, hier, au sujet de la prétendue « déficience » du comité de dialogue au moment où il a été formé, c’est-à-dire, dans l’esprit du leader hezbollahi, lors de cette ère – aujourd’hui révolue après l’invasion de Beyrouth et les « réconciliations » forcées qui ont découlé du coup de force militaire – où le 14 Mars avait la majorité et se comportait comme tel.

Quoi qu’il en soit, l’on semble oublier que la table de dialogue était, à la base, une institution parallèle qui visait à court-circuiter la Chambre en établissant un dialogue parallèle entre les chefs, loin du principe de la majorité – dialogue qui a débouché sur l’adoption à l’unanimité d’un tas de principes début 2006, qui ont au demeurant été totalement occultés dans la réalité politique par certains des signataires. C’est oublier enfin, pour ce qui intéresse l’opinion publique, que toute la logique de la table de dialogue est une atteinte aux principes élémentaires de la démocratie, laquelle se retrouve tiraillée entre des querelles de chefs, sans issue. Et que, finalement, si elle est une nécessité et qu’il ne faut pas lui tirer dessus, il faut convenir qu’elle n’est pour l’instant pas très productive.

 

المصدر:
l"orient le jour

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