La guéguerre des étoiles

La guéguerre des étoiles

Deux hommes, deux généraux ayant l’un et l’autre accédé aux plus hautes charges militaires, mais aussi deux visions fort différentes, sinon totalement antinomiques, de l’État et des responsabilités qui en découlent. Et pour cause : le premier est président de la République, le second a toujours rêvé de le devenir un jour.

Chacun à sa manière pourtant, ces deux maronites se montrent soucieux de redonner tout son lustre à une charge présidentielle passablement engagée dans sa lente descente aux enfers de l’inconsistance. De fait, Michel Sleiman se fait un point d’honneur de présider, plus qu’à son tour, les réunions du Conseil des ministres, de gérer des débats souvent houleux, de ramener les pendules à l’heure à chaque fois que cela s’avère nécessaire. Par ses fréquents déplacements à l’étranger, il manifeste son souci de replacer le Liban sur la carte du monde ; en visite à Berlin, il vient même de rappeler à la mémoire des gouvernements arabes la nécessité de moduler leurs contacts avec les Libanais dans la stricte observation de la règle hiérarchique.

La précision n’était évidemment guère fortuite, survenant à un moment où le général Michel Aoun se voyait offrir à Damas un accueil réservé aux chefs d’État. Non point bien sûr que le président de la République soit précisément antisyrien. Il se félicite des excellentes relations qu’il entretient avec les autorités baassistes, il a entamé avec la plus grande conviction un processus de normalisation des relations entre les deux pays, il est totalement acquis à l’idée d’une coopération sécuritaire que commande le péril terroriste islamiste.

Il reste que ce même processus, Michel Sleiman le conduit en chef d’État conscient de toutes les sensibilités libanaises, tenu de ménager celles-ci. Et surtout ce processus, Sleiman est habilité à le conduire.

Promu idole des foules syriennes, carré avec jubilation sur le fauteuil présidentiel que lui a prêté Bachar el-Assad – un égard absolument sans précédent dans les annales du palais Mouhajirine –, c’est une tout autre démarche qu’entreprend en ce moment Michel Aoun, brouillant ainsi une amorce de communication déjà assez délicate comme cela. Qu’obtient donc de ses nouveaux amis baassistes le chef du Courant patriotique libre ? La réponse, c’est son électorat qui l’apportera au printemps prochain. Que donne lui-même Aoun ? Une généreuse avance sur un capital dont il est loin d’être, fort heureusement, le gardien attitré.

Il vaut ce qu’il vaut : c’est tout de même un quitus en règle, un coup d’éponge encore immérité, qu’octroie au régime baassiste Michel Aoun quand il appelle à l’ouverture d’une nouvelle page alors qu’est loin d’être refermé, verrouillé, un des chapitres les plus sombres de notre histoire. Alors qu’aucun regret n’a encore été formulé pour toutes les violences portées au Liban, que l’enquête internationale n’a pas encore trouvé sa conclusion, que le sort de centaines de Libanais détenus en Syrie demeure inconnu et que Damas traîne la patte pour délimiter sa frontière avec notre pays.

Il a perdu son pari de libaniser un Hezbollah plus que jamais jaloux de son armement, et qui est allé jusqu’à en user sur la scène intérieure. Ce n’est certes pas de la sorte que Michel Aoun peut espérer syrianiser une Syrie beaucoup trop portée sur son voisin libanais.

المصدر:
l"orient le jour

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