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Geagea pour une « résistance populaire », mais sous le contrôle exclusif de l’État

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Geagea pour une « résistance populaire », mais sous le contrôle exclusif de l’État

Table de dialogue – C’est dans le but évident d’éviter d’envenimer davantage le climat politique à quarante-huit heures de la troisième séance de dialogue qui doit se tenir aujourd’hui au palais de Baabda, sous l’égide du président Michel Sleiman, que le Conseil des ministres a soigneusement évité, samedi, d’aborder les deux dossiers litigieux qu’il devait en principe examiner : la nomination de cinq membres du Conseil constitutionnel et la modification du plan directeur du centre-ville, suggérée par Solidere. La nouvelle réunion des quatorze leaders et chef de file se tient déjà, en effet, au départ, dans une atmosphère tendue et fiévreuse, entretenue depuis quelque temps par la reprise, de plus belle, des attaques frontales lancées, surtout, par le général Michel Aoun et certains membres de son bloc parlementaire contre le Premier ministre et la coalition du 14 Mars.

La séance de travail prévue à Baabda pourrait avoir pour intérêt de calmer quelque peu le jeu, ne fût-ce que de façon temporaire, dans la mesure où le dialogue rational et cartésien devrait prendre le dessus, l’espace d’une rencontre, sur les joutes verbales. Les retrouvailles des « quatorze » seront axées aujourd’hui, comme la séance précédente, sur le dossier épineux de la stratégie de défense. Au cours de la réunion précédente, Michel Aoun avait exposé sa vision à cet égard, suggérant notamment d’étendre à tout le territoire libanais le modèle de résistance du Hezbollah. Ce projet avait été vivement critiqué par nombre d’observateurs et de responsables politiques qui avaient dénoncé dans la proposition du chef du CPL une tentative de créer dans toutes les localités du pays des milices de facto échappant au contrôle de l’État, ce qui reviendrait à instaurer deux forces militaires parallèles, l’une légale et l’autre para-étatique.

Aujourd’hui, ce sera au tour du président du conseil exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, d’exposer son propre projet de stratégie de défense. La réunion sera donc axée essentiellement sur l’examen du projet de M. Geagea qui a préparé un document qualifié par les milieux FL de « rationnel et scientifique », dans la mesure où il est fondé sur la réalité libanaise et non pas sur des desseins politiques supranationaux. Sur ce plan, le leader des FL a indiqué en soirée à L’Orient-Le Jour que « toute stratégie de défense doit s’inscrire à la base dans un cadre déterminé qui ne peut être que celui de l’État, de la loi, de la Constitution, donc de l’entité libanaise telle qu’elle se présente ». En prenant ainsi pour postulat de départ le cadre exclusif de l’État, M. Geagea proposera la mise en place d’une sorte de défense populaire calquée sur le modèle suisse. Des « cellules » populaires de défense seraient ainsi formées « par l’armée », insiste M. Geagea (à l’instar de la Suisse), et non pas par une partie tierce ou une faction partisane. Ces cellules seraient donc placées sous le contrôle direct de l’État central, elles n’agiraient que sous les ordres du gouvernement et dans le strict cadre de la stratégie de défense planifiée par l’autorité étatique et l’armée. La décision de guerre et de paix relèverait ainsi exclusivement de l’État.

L’intérêt du projet qui sera soumis par le leader des FL aux participants à la réunion de dialogue réside dans le fait que cette proposition constitue une « synthèse » entre les deux visions sur la stratégie de défense défendues par les camps du 14 et du 8 Mars. En prônant d’intégrer à l’État les capacités et l’expertise du Hezbollah, le projet de M. Geagea tente en effet de concilier entre la thèse prônée par la majorité souverainiste, qui insiste sur la prééminence de l’État dans toute décision de guerre et de paix, et la thèse défendue par le Hezbollah, qui s’en tient au principe d’une résistance populaire para-étatique.

« À la suisse »

Précisant davantage sa conception de la stratégie de défense qui devrait être mise en place par l’État, le leader des FL indique encore à L’Orient-Le Jour que son projet devrait s’accompagner de l’adoption d’une politique de neutralité « à la suisse ». « Une politique de neutralité, a souligné le leader des FL, est le meilleur moyen d’éviter la guerre. La meilleure façon de gagner une guerre est de l’éviter au lieu de la provoquer. » M. Geagea précise sur ce plan que le Liban n’a nullement les moyens de s’engager dans une course à l’armement. « Pour qu’une course à l’armement aboutisse aux résultats escomptés, il faut la mener jusqu’au bout, souligne le leader des FL. Or nos moyens, notamment économiques, ne nous permettent pas de nous engager sur cette voie. À défaut de pouvoir mener réellement jusqu’au bout la course à l’armement, il serait préférable de ne pas mener cette course dès le départ. Cela ne signifie pas que nous devons rester les bras croisés et ne pas planifier notre défense. D’où notre proposition d’organiser un système de défense populaire, mais sous les ordres et le contrôle de l’armée et de l’État. » Pour M. Geagea, toute stratégie de défense, devrait en outre avoir pour point de départ l’engagement ferme du Liban à appliquer toutes les résolutions du Conseil de sécurité relatives au recouvrement de la souveraineté de l’État et au désarmement des milices. Ce point a d’ailleurs été soulevé hier, dans un communiqué de presse, par le secrétariat général du 14 Mars.

Dans un tel contexte, les remarques du leader des FL sur l’inopportunité d’une course à l’armement, à la lumière des capacités modestes du Liban, ne sont pas fondamentalement en contradiction avec la relance des efforts visant à renforcer les capacités de la troupe. Après la décision de la Russie de faire don de dix Mig 29 à l’armée, les États-Unis semblent être déterminés également à renforcer le potentiel de l’armée. De retour de Washington où il a conféré avec plusieurs hauts responsables US, le ministre Nassib Lahoud a confirmé hier soir que l’administration américaine a l’intention de fournir aux forces régulières un grand nombre de blindés lourds de type M 60, dont la première livraison est prévue, a précisé M. Lahoud, dans les prochains mois. Le président du Renouveau démocratique a également indiqué que Washington pourrait aussi offrir au Liban des avions de reconnaissance.

Se faisant l’écho de l’ensemble de la coalition du 14 Mars, M. Lahoud a déclaré, en outre, comme pour paver la voie à l’exposé de M. Geagea, aujourd’hui, qu’il est grand temps que les participants au dialogue tranchent le dossier de la stratégie de défense en optant pour deux principes fondamentaux : l’intégration du potentiel militaire du Hezbollah au sein de l’armée ; et la limitation au seul cadre de l’État de la décision de guerre et de paix.

Mais encore faut-il, au préalable – et c’est là, à l’évidence, l’essence de la crise actuelle – que le Hezbollah fasse sa petite révolution culturelle en coupant le cordon ombilical avec la République islamique iranienne de manière à « libaniser » sa décision politique stratégique.

المصدر:
l"orient le jour

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