Nouvelle réunion aujourd’hui à Baabda pour simplement maintenir la dynamique de dialogue
La quatrième séance de dialogue sous l’égide du président Michel Sleiman, qui se tiendra aujourd’hui au palais de Baabda, se distinguera, dans une certaine mesure, des trois précédentes. Non pas au niveau des résultats attendus – loin de là – mais plutôt en raison du changement de conjoncture et de climat politique.
Au plan régional, d’abord, les leçons à tirer de la guerre de Gaza pèsent déjà de tout leur poids sur le débat portant sur la stratégie de défense (dossier qui est, convient-il de le rappeler, au cœur des discussions du comité de dialogue). Au niveau interne, la relance des réunions des quatorze leaders et chefs de file à Baabda intervient alors que les esprits commencent à s’échauffer à l’approche de deux échéances cruciales : le coup d’envoi des travaux du tribunal international, le 1er mars prochain, avec les risques sécuritaires qui pourraient en découler (pour empêcher, par exemple, le transfert des quatre officiers de Roumieh à La Haye) ; et les élections législatives avec, là aussi, des risques de pratiques miliciennes (pour influer, entre autres, sur l’attitude du président de la République).
Conscient aussi bien des difficultés qui entravent l’aboutissement du dialogue que de la tension latente qui émerge progressivement au grand jour, le chef de l’État souligne devant ses visiteurs qu’il est déterminé à maintenir le rythme des séances de dialogue afin, précisément, d’entretenir une atmosphère d’échanges et de stimuler un dégel entre les deux camps du 14 et du 8 Mars. Il s’agit, en somme, pour l’heure, de se contenter de susciter des rencontres entre les factions adverses, dans le seul espoir qu’elles soient quelque peu génératrices de détente, comme première étape vers la recherche de dénominateurs communs. C’est sans doute dans cet esprit que le président Sleiman pourrait offrir aujourd’hui un déjeuner à Baabda en l’honneur des participants à la conférence de dialogue.
Concrètement, la séance de travail de ce matin sera marquée essentiellement par l’intervention du député Boutros Harb qui présentera un document écrit exposant sa vision de la stratégie de défense. Quant au représentant du Hezbollah, le député Mohammad Raad, il se contentera d’un exposé oral, reprenant les grandes lignes de la stratégie de défense qui avait été évoquée par le leader du parti chiite, Hassan Nasrallah, lors de la dernière réunion du premier round de la conférence de dialogue, en juin 2006, qui se tenait à l’époque sous l’égide de Nabih Berry. Des sources proches du Hezbollah ont précisé hier à ce propos que les informations qui avaient fait état de la volonté du parti de présenter un document écrit au cours de la réunion d’aujourd’hui étaient totalement erronées.
Quoi qu’il en soit, et toujours dans le but de stimuler et d’entretenir sans cesse la dynamique de dialogue, le chef de l’État pourrait demander aux 14 leaders et chefs de file de désigner leurs représentants au sein de la commission ad hoc qu’il désire former afin de plancher sur une synthèse des différentes visions de la stratégie de défense présentées au cours des réunions précédentes. Force est de relever sur ce plan que la tâche de cette commission ad hoc sera loin d’être aisée, comme l’a souligné hier le président Amine Gemayel, en raison du profond et grave fossé qui ne cesse de se creuser entre le Hezbollah et ses alliés, d’une part, et le 14 Mars, d’autre part, au sujet de la conception même de la stratégie de défense. Le leader des Kataëb a ainsi dénoncé, à l’instar des autres ténors de la majorité, le déferlement d’armes et de munitions qui se poursuit de plus belle à destination des organisations palestiniennes inféodées à la Syrie et implantées en dehors des camps, notamment à Naamé et Koussaya. Le dossier de cette présence armée palestinienne en dehors des camps pourrait d’ailleurs être soulevé avec insistance lors de la réunion d’aujourd’hui par des ténors du 14 Mars.
Dans le camp opposé, le Hezbollah a raidi encore plus ses positions, affirmant, de la bouche de son représentant au Sud Nabil Kaouk, qu’il ne saurait être question de discuter de stratégie de défense sous l’angle d’un désarmement du Hezbollah ou même de l’intégration de son appareil militaire à l’État, mais que, bien au contraire, ce qu’il faudrait c’est envisager l’extension à tout le pays du modèle de résistance populaire prônée par le Hezbollah (et le Hamas). Même son de cloche au niveau d’un autre dirigeant du parti chiite, Nawwaf Moussaoui, qui a réaffirmé hier qu’il ne saurait être question pour son parti de se départir de son arsenal militaire, d’autant, a-t-il souligné sans détours, que les événements de Gaza ont prouvé, selon lui, que le Hezbollah « ne pouvait compter ni sur les Nations unies, ni sur la Ligue arabe, ni même sur l’Organisation de la conférence islamique ». Et cerise sur le gâteau, le représentant du Hamas au Liban, Oussama Hamdane, se livrait de son côté à une surenchère en soulignant que pour la prochaine bataille, le Hamas et le Hezbollah devraient lancer une offensive commune contre Israël « afin de l’anéantir » …
Il faut ainsi se rendre à l’évidence : bien plus qu’à une discussion à caractère technique sur une stratégie de défense, le comité de dialogue est aujourd’hui confronté, plus que jamais, à deux projets de société, deux visions du monde actuel, difficilement conciliables, comme l’a souligné le président Gemayel. Dans un tel contexte, le déblocage ne peut venir que d’une nouvelle donne géopolitique régionale et/ou internationale.