Un combat pour la différence

Un combat pour la différence

Encore une réunion pour rien au palais de Baabda, un débat qui se répète, un étalage de positions bien connues : on s’écoute sans s’entendre, on se parle sans essayer de convaincre, mais les apparences, elles, sont sauves, la photo d’usage en fait toujours foi.

Même les tragiques événements de Gaza, pourtant riches en enseignements, sont prétextes au dialogue de sourds : le Hezbollah n’y voit que la consécration de la résistance armée, celle-là même qui justifie sa propre pérennité, d’autres partenaires au dialogue n’y trouvent, au contraire, que la faillite du langage des armes, le nécessaire recours à une autorité légitime, passage obligé de toute solution, de toute stabilité.

Liban-Sud-Gaza : deux scènes, une même réalité. De folles équipées militaires, des destructions massives et, au finish, la trêve inévitable conclue sur des champs de ruines.

Et, en toile de fond du théâtre libanais, des bases palestiniennes inféodées à Damas, solidement installées sur les hauteurs de Naamé et près de la frontière syrienne, des bases dont la fermeture avait pourtant été décidée par le comité de dialogue en 2006…

Syrie dehors, Syrie dedans : de quelle stratégie de défense peut-on encore parler avec le Hezbollah quand le régime syrien, d’un côté, tire les ficelles de marionnettes taillées sur mesure, quand l’Iran, de l’autre, édicte ses oukases ?

Dans un article paru vendredi 23 janvier dans L’Orient-Le Jour, intitulé « Aveugles à Gaza, aveugles à Jérusalem », Chris Patten, ancien commissaire européen responsable des Relations extérieures, concluait son analyse en ces termes : « Il semble que la politique de l’espoir a été remplacée par la politique du cimetière. Pauvre Palestine, pauvre Israël. Qui reste-t-il pour allumer un flambeau dans les ténèbres ? »

Juillet 2006-janvier 2009 : un noir constat de tragédies identiques. Faut-il ajouter à l’article de Chris Patten « Pauvre Liban ? »

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Cheval de Troie syrien, cheval de Troie iranien : à cinq mois des élections législatives libanaises, le cheval de Troie, pour l’opposition, a pour nom « bloc centriste », un épouvantail qui lui fait passer des nuits blanches. Au Courant patriotique libre, plus particulièrement.

Manichéisme oblige : l’intrusion des indépendants bouscule les habitudes, perturbe le confort des idées préconçues, jette le trouble dans l’esprit monochrome des va-t-en-guerre.

Nulle surprise à tout cela : le bloc centriste va probablement ratisser large, notamment dans les régions chrétiennes, mobiliser tous ceux qui ne se reconnaissent ni dans le CPL ni dans les Forces libanaises. Un réservoir important de voix constitué des déçus du aounisme, ceux-là mêmes qui n’ont pas accepté l’alliance avec le Hezbollah, sans pour autant être haririens, et qui n’ont pas toléré le blanc-seing automatique donné à la perpétuation de l’État dans l’État.

Un réservoir de voix qui n’aspire qu’à la renaissance des institutions, qui ne perçoit son avenir que sous la seule protection de l’État, qui n’admet pas que les décisions de guerre ou de paix puissent être prises hors de l’autorité légitime.

Un courant appelé à enfler, à grossir, à mesure que se rapproche l’échéance électorale, à mesure que la campagne qui lui est hostile gagne en hargne, en acrimonie.

Que Michel Sleiman cautionne ou non le bloc centriste n’a pas d’importance : les candidats indépendants n’ont pour objectif que la prééminence de l’État et, parrainage ou pas, le parapluie sera forcément étatique.

Pauvre Liban ? Il appartiendra aux électeurs de faire en sorte qu’il n’en soit pas ainsi. Il leur appartiendra, tout simplement, de faire la différence

المصدر:
l"orient le jour

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