Faits d’armes

Faits d’armes

Qui a encore besoin d”armes au Liban, d”arsenaux sophistiqués, d”un matériel de destruction, de dissuasion massive ? Qui a encore besoin de parader arme au poing, de rassembler un million d”inconditionnels en délire pour exhiber sa toute-puissance ? Fétus, brins de paille que tout cela !

Il y a mieux, infiniment mieux, un fait d”armes dont le Hezbollah a fait sa spécialité, quasiment sa tasse de thé : le Verbe. Un verbe que Hassan Nasrallah manipule au rythme des circonstances : « Aujourd”hui je m”enflamme, demain je me calme. » Et quand il s”enflamme c”est la mitraillade meurtrière, le carnage annoncé…
Qui a encore besoin d”armes quand le verbe est lui-même assassin, quand le verbe, méprisant, arrogant, fielleux pave le chemin des dérives à venir ?

Qui a encore besoin d”armes quand le verbe y supplée largement, humilie, attente à la dignité des victimes, celles-là mêmes qui ne peuvent oublier, passer l”éponge sur les brimades longtemps subies ?
Qui a encore besoin de preuves par les armes quand les masques tombent, quand la couleur est annoncée avec bravache, quand le verbe dénude, révèle sans détour les intentions perverses ? « Celui qui a vaincu Israël peut diriger un pays cent fois plus grand que le Liban. » Message reçu cinq sur cinq, message forcément perçu à Rabieh comme un tremplin à des ambitions présidentielles nullement inavouées.

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Les élections peuvent-elles encore se dérouler normalement dans ces conditions ? Ne sursautez pas : la question mérite, aujourd”hui, d”être posée à la lumière précisément du dernier discours de Hassan Nasrallah, un discours de nature à ressusciter les ressentiments, les haines intercommunautaires, de nature à mener à de nouveaux dérapages sécuritaires.

Ne l”oublions pas : le Liban est le pays de l”impondérable par excellence et peut basculer du jour au lendemain dans l”inconnu, un inconnu fait souvent de tragédies et d”abus innommables. Un certain mois de juillet, un certain mois de mai sont là pour nous le rappeler et dans les deux cas, le Hezbollah était le protagoniste principal.

Les élections ne risquent-elles pas d”être viciées à la base, de servir de détonateur à des desseins explosifs ? À trois semaines seulement de l”échéance, la question peut sembler impertinente et pourtant tout concourt à rendre les choses inextricables, tout contribue à créer une situation potentiellement ingérable.

Pourquoi soudainement les critiques adressées au chef de l”État, aussi bien par le Hezbollah que par Michel Aoun, pourquoi les insinuations destinées à ternir la fonction présidentielle, alors même que l”on prétend vouloir en préserver l”aura, l”image immaculée ?

Pourquoi surtout le blocage délibéré en Conseil des ministres, le refus de faciliter, d”accélérer la formation du Conseil constitutionnel, celui-là même supposé examiner et rendre son verdict dans les cas de contestations postélectorales ? Est-il seulement envisageable d”aborder le 7 juin sans la couverture, sans la garantie de cette instance capitale ?

L”air du temps, celui intoxiqué à coups d”exclusives et d”obstruction, ne laisse-t-il pas croire à des lendemains fiévreux, à des crocs-en-jambe en gestation, à des plans pernicieux, subversifs ourdis dans les chambres noires des campagnes électorales ?
Attention danger : qu”il y ait ou qu”il n”y ait pas de 7 juin, le 7 mai « glorieux » de Hassan Nasrallah pèsera lourd dans la suite des événements. Un non-verdict des urnes, des résultats dans un mouchoir, c”est la crise garantie, celle peut-être que certains appellent de leurs vœux.

Trois semaines pour en avoir le cœur net, c”est très court et très long en même temps. Une question lancinante : comment éviter l”irréparable ? À l”électeur de répondre en son âme et conscience, en votant tout simplement.
Mais est-il vraiment libre de ses décisions ? ■

المصدر:
l"orient le jour

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