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In memoriam Antoine Ghanem

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In memoriam Antoine Ghanem
Nay GHANEM

Je me souviens de son silence unique qui en dit long. Et je ressens encore ses soupirs qui relatent le parcours d’un Croyant qui avait défini ses priorités, fait ses choix, et assumé ses responsabilités. Antoine Ghanem témoignait toujours de sa cause juste. Seul des fois. Seul quand il le fallait. Humble, mais que de fois fut-il tenté par le diable, qui prend des sentiers, des visages et des noms différents. Il n’avait jamais cédé, ni vendu son âme. Il n’avait connu ni haine, ni rancune.

Homme public, toujours disponible, Homme du peuple au service du peuple, il avait travaillé toute sa vie sans répit, avec le peu de moyens dont il disposait. Il apprit très tôt de son oncle Kamal Ghanem, directeur général du Ministère des Finances, que le pouvoir n’est qu’au service de l’Etat. Ses talents d’orateur, son amour pour la poésie et sa conviction -qui n’a jamais sombré dans l’endoctrinement- lui permirent de briller en tant qu’avocat défendant les faibles. Ses amis comptaient sur lui. Et il aurait tout fait pour eux, quitte à partager avec eux le dernier sou dans sa poche. Il apprit la portée de l’engagement de son oncle le Docteur Wadih Ghanem, parti pour combattre la peste au Soudan, et mort en exil, n’ayant pas trouvé un médecin pour l’opérer.

Il avait forgé une paix démesurée au fond de lui, qui donnait la couleur de ses yeux qui en disent beaucoup. Je revois la Sérénité intériorisée qui se dégageait de son regard, et qui lui donna la force pour résister à tout. Je revois la modestie qui se lisait aussi bien dans sa démarche, son attitude, ses mots, que dans ses prières. Modeste dans son mode de vie, il habita avec ses frères un modeste immeuble à Ain El Remmaneh refusant de le quitter, même durant la guerre et les pénibles combats. Enfant, on lui raconta l’histoire de son grand-père, le Docteur Antoun, dont il porte le nom, qui vendit la demeure familiale, à la Rue Gouraud, contre quatre sacs de farine durant la famine de 1917. On lui apprit en famille que l’argent n’est ni source de bonheur, ni source de malheur. La gloire est ailleurs. Il demeura modeste comme son père Toufic, ce poète authentique; et sa mère, une orthodoxe de Beyrouth, Victoria Abou Rouss; et comme le sont encore sa sœur Antoinette et ses frères Raymond et Kamal; et qui servent tous d’exemple à leur progéniture.

J’entends encore sa voix déchirée au bout du fil depuis son exil forcé qui le rongeait. Je le revois allant à pied à Ain El Remmaneh, avec des amis chez l’opticien, ou derrière son bureau concentré entrain de sculpter un papier, ou la nuit en pyjama entrain de lire les journaux.

Je me souviens de lui le jour des fêtes, chargé de gâteaux, entrant d’un pas pressé, l’agenda sous le bras. Des fois il coloriait des notes importantes en fluo jaune, puis effaçait le tout par des ratures et gribouillis, peut-être craignant que les services de renseignement, -encore eux (!)-, ne déchiffrent quelque chose, qui sait ?- Il était organisé pouvant ouvrir son tiroir et tiré l’objet dont il voulait s’en servir sans y jeter un coup d’œil. Il classait toujours ses papiers, organisait soigneusement ses dossiers, et rangeait ses livres. Il rangeait la pièce où il était installé avant de sortir, même quand il était pressé. Perfectionniste et méticuleux en tant que juriste et législateur. Pour lui, chaque mot a un sens.

Je le revois à Bikfaya les yeux tristes, la bouche serrée par l’amertume, ayant bu le calice jusqu”à la lie, marchant derrière son complice, Cheikh Pierre Gemayel. Ensembles, ils essayaient avec leurs camarades de rendre la gloire à leur parti Kataëb, pour lequel ils sacrifièrent leur vie (avant de parler de leur martyr), pour mieux servir le Liban. Je le revois au moment de son martyr, la Croix dans sa bouche. La Croix qu’il avait assumée et portée dignement au Golgotha, sans se plaindre, ni hésiter.

Les Hommes comme Antoine Ghanem et comme son oncle Bahjat Ghanem, officier dans l’armée, martyrisé en 1925 à l’âge de 25 ans sur le front, et dont une caserne de l’armée libanaise à Tripoli porte encore son nom; et comme son ami Cheikh Pierre Gemayel; et ses compagnons jusqu’au martyre Tony Daou, Nouhad Ghorayeb; ainsi que Charles Chikhani, Samia Baroudy, et Ain Hayat Dandach; ne peuvent mourir que debout; pour témoigner à leur façon de leur cause.

Pourtant les choses auraient pu se passer différemment pour Antoine Ghanem, et tous les martyrs et leurs familles; si l’Etat n’avait pas renoncé à sa souveraineté et si, au lieu de farder les problèmes et traiter en vain leurs conséquences, on avait plutôt songé à leurs causes inhérentes. Si on avait fait autre chose que de gérer les crises, peut-être nous aurions pu épargner le martyre à nos Hommes martyrisés dans nos quartiers; ou du moins aurions-nous pu comprendre la portée de leur martyre dans cet Orient ensanglanté.

المصدر:
فريق موقع القوات اللبنانية

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