En 3 D

Ce qui frappe le plusdans les propos tenus mercredi soir par Bachar el-Assad sur les ondes de la chaîne du Hezbollah al-Manar, ce n'est pas cet artifice éculé consistant à souffler le chaud et le froid dès qu'il en vient à évoquer le Liban.

Ce n'est pas la dureté, devenue routinière, de ses attaques contre le rassemblement du 14 Mars, assimilé en effet à un ramassis de marionnettes manipulées par l'Amérique, sinon carrément par Israël. Ce n'est pas la désinvolture avec laquelle il a abordé le cas du leader druze repenti Walid Joumblatt dont la réhabilitation syrienne aura été laissée de bout en bout à la discrétion du Hezbollah. Ce n'est pas non plus son refus de se prêter de sitôt à une délimitation de la frontière syro-libanaise car cela passerait pour une inacceptable soumission aux injonctions internationales. Et ce n'est pas davantage son refus, formulé pour la première fois de manière aussi explicite, de reconnaître la libanité des fermes de Chebaa, occupées par Israël en 1967 et à la libération desquelles affirment œuvrer pourtant ses alliés du Hezbollah.

Au maigre rayon des amabilités dont s'est tout de même fendu le raïs baassiste, on ne prendra pas trop pour argent comptant son souhait de désengager la Syrie des frustes péripéties de la vie politique libanaise : charité qui, pour être bien ordonnée, devrait commencer par soi-
même, Damas ne se privant guère en effet de faire connaître à tout bout de champ son point de vue, par voie directe ou par procuration. Voilà qui devrait relativiser le soutien proclamé au même président Michel Sleiman contre lequel, pourtant, s'est acharné ces derniers jours l'un des bons amis de la Syrie.

Quoi qu'il en soit, c'est au niveau de la forme autant que du fond que peuvent surprendre, et même dérouter, les déclarations d'Assad. Le ton, en effet, se voulait celui d'un responsable émergeant, triomphant d'une longue traversée du désert et distribuant sentences à gauche et à droite : entre autres à une Amérique qui a quelque peu changé certes avec Barack Obama, mais pas encore assez, de même qu'à une France qui, bien abusivement, tire gloire de l'instauration de relations diplomatiques entre Damas et Beyrouth alors que c'était là, comme tout le monde sait, un vœu syrien remontant à des années…

Particulièrement remarquable, à cet égard, est le peu de cas qu'a fait le président Assad du Tribunal spécial pour le Liban, quand il a qualifié de bazar défraîchi les juridictions internationales. Cela dit, pourquoi donc s'en prendre à ces instances si l'on n'a vraiment rien à redouter ? Seul l'avenir jugera du bien-fondé d'une aussi conquérante assurance, laquelle, en langage politique, peut être signe tout aussi bien de soulagement que de sourde appréhension face à un processus qui, lentement mais sûrement, vient à maturité. En attendant, la justice internationale demeure, contre vents et marées, un des rares motifs d'espérance laissés, à l'ère de la troisième dimension, au regard des Libanais.

المصدر:
l"orient le jour

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