Apocalypse Now est un grand film épique de Francis Ford Coppola, datant de 1979, parlant du Vietnam, mais surtout aussi des horreurs accompagnant cette guerre. Un film mythique, qui alliât de grands acteurs, la super production , et une intrigue psychologique qui tourne autour d’un Colonel Américain devenu carrément fou à cause des horreurs qu’il a vécues. Une des scènes les plus glorieuses du film est l’attaque d’un site Viêt-Cong , où les hélicoptères diffusaient « la chevauchée des Walkyries » de Wagner durant l’ approche du village.
Une autre scène, moins spectaculaire, mais essentielle pour saisir l’âme du film, est celle tournée presque dans le noir, où un Marlon Brando , en Colonel Kurtz bedonnant, essayait d’expliquer à Martin Sheen, dans un moment de lucidité, son cheminement vers l’horreur. Kurtz parle pour justifier, se justifier en fait, comment il en est arrivé là : c’est-à-dire dans un état de démence avancée. Il parle d’un tas de bras d’enfants , coupés à la machette par les Viêt-Cong. Le summum de l’horreur venant d’un homme qui a fait de la mort son alliée pour pouvoir s’en protéger. Un homme dont le cerveau a bouilli, dont les neurones ont braisé et qui , pour vaincre l’horreur, a sombré dedans. Un des grands problèmes des Etats Unis et de ses anciens du Vietnam qui on trop côtoyé la mort et en ont fait un culte .
L’avalanche de menaces consistant à couper des mains et des bras , dont nous fûmes gratifiés dernièrement ramena Apocalypse Now à ma mémoire. Des menaces gutturales, préhistoriques, sauvages, démontrant une violence atavique mais apeurée aussi. Un gestuel menaçant, digne d’être examiné par le prix Nobel Konrad Lorenz qui a approfondi le thème de la violence instinctive dans son fameux livre On Aggression. Un livre qui devrait être lu par tous les Libanais qui vivent la violence au quotidien.
La politique vole très bas au Liban. En fait il n’y a pas de politique : C’est un combat intertribal, avec des méthodes moyenâgeuses. Si tu n’es pas de mon avis je t’assomme à coups de massue. Dès que ton discours ne me plait plus, je te fais sauter à la voiture piégée. Pour éviter un vote contradictoire à ses desseins dans un parlement qu’un allié en fait préside, non seulement on en bloque les accès, on envahit carrément le centre-ville, on y campe en romanichels même si cela mène à la banqueroute des centaines de commerces. Tout cela soit-disant pour défendre un pays qu’on étouffe en fait de l’intérieur.
Les problèmes quand ils en arrivent la, ne deviennent plus politiques, ils deviennent sociaux et même ethniques. Le plus grand conflit mondial que fut la seconde guerre mit en face à face des peuples qui se ressemblaient drôlement du point de vue ethnique et social. Leur conflit se fit sur base de ressources contestées il est vrai, mais aussi surtout à cause d’un leader fou comme Hitler. Plusieurs films et romans parlent de ces trêves de Noel, trêves non officielles bien sur, où des soldats Allemands, Français, Anglais et Américains cassaient la croûte ensemble pour quelques heures avant de reprendre le combat. Ils se retrouvaient entre jeunes gens, que ne sépare que la langue, à partager un repas et à parler de tout et de rien. Mais en fait , la plupart d’entre eux ne comprenaient même pas pourquoi ils se battaient sinon pour satisfaire la folie furieuse d’un dictateur fou.
Les enfants de notre camp partagent le cliché, oh combien déjà vu et sympathique de devenir Pompiers ou cosmonautes. L’autre camp élève ses enfants dans la culture du martyre. Une culture surréaliste.
Au lieu de : « Maman, je veux devenir Pompier et rouler dans un gros camion rouge » , on a droit à : « Maman je veux m’enrouler d’explosifs et me faire sauter en mille morceaux ». Les plus ambitieux rêvent de s’acheter une grande machette au BHV. Nos problèmes ne sont plus politiques, ils sont existentiels, donc plus graves.
Cela dit , il y a quand même, une évolution dans la menace. Elle n’est plus adressée aux politiciens uniquement et dorénavant, c’est l’armée qui est visee maintenant . A supposer que comme le dit Mr Machette , le TSL accuse des membres du Hezbollah , la seconde étape serait logiquement d’amener les accusés pour interrogatoire et éventuellement jugement selon un processus légal. La mise aux arrêts devra être faite par les FSI et l’Armée Libanaise si je ne me trompe pas , les Scouts du Liban n’étant pas sollicités pour des missions pareilles . Donc la menace cette fois-ci est dirigée directement et sans équivoque contre nos forces armées. Remarquez qu’égoïstement on devrait être un peu tranquillisés : Ce ne sont plus les mains manucurées des politiciens qui sont visées, mais des mains rugueuses de manieurs d’armes, de soldats professionnels. Spectacle difficile à concevoir puisque ces mains tiennent en fait des armes [ légales surtout] et sont difficiles à couper en somme. Ce qui est par contre injurieux, c’est précisément la menace elle-même. Que reste-t-il du concept Peuple-Armée-Résistance proposé, si l’armée est maintenant dans le collimateur ? Qui sera visé par la suite, le peuple ? Pour que seule la Résistance persiste !?
Et si l’armée refuse le massacre, dans un élan de sagesse bien justifiée d’ailleurs, qui l’en blâmerait entre nous ? Dans ce cas, c’est la république qui sautera. De toute façon dans l’équation des trois , Peuple , Armée, Resistance , il n’y aucune mention de la république. Ils ne l’ont jamais reconnue ou voulue dirait-on.
Ou allons-nous ? Personne ne le sait. Entre temps, c’est la trêve des confiseurs comme l’a bien titré L’Orient-le Jour. Gavons nous de sucreries en attendant la fête de l’indépendance. Les indépendances se gagnent et se perdent habituellement devant les envahisseurs externes. La notre , nous risquons de la perdre de l’intérieur si nous ne faisons rien !