Le Moyen-Orient est le berceau spirituel du judaïsme, de l’islam et du christianisme. Le christianisme n’est pas uniquement la religion des Occidentaux. C’est une religion née en Asie au Moyen-Orient, à Jérusalem précisément avec le début du message de Jésus-Christ, avec une présence en Égypte, Irak, la Syrie et bien sûr le Liban dès les premiers temps.
Les Églises d’Orient ne sont pas destinées à finir derrière les vitrines d’un musée, elles ont une mission à assumer. Il ne s’agit pas tant de leur maintenir la tête hors de l’eau que d’affirmer le droit à leur présence au Moyen-Orient et d’ouvrir des perspectives d’avenir. Il est bon de rappeler que les chrétiens sont des « citoyens indigènes » et que donc ils appartiennent de plein droit au tissu social et à l’identité même de leurs pays respectifs. Leur disparition constituerait une perte pour ce pluralisme qui a caractérisé depuis toujours les pays du Moyen-Orient. Sans la voix chrétienne, les sociétés moyen-orientales seraient appauvries.
Après des séries de persécutions et d’attaques indéfinies contre les chrétiens irakiens plus récemment l'attaque du cathédral syriaque catholique de Bagdad, la violence a frappé une église copte en Égypte. L’attentat perpétré contre l’église des Saints (Al-Qiddissine) d’Alexandrie la nuit du Nouvel An, alors que les fidèles sortaient de la messe, a fait 21 morts et 79 blessés, selon un bilan établi dimanche 2 janvier. La tension reste vive en Égypte et les chrétiens d’Orient ont le sentiment de devenir des cibles d’un terrorisme de plus en plus virulent.
Qui est derrière l’attentat ? L’attaque n’a pas encore été revendiquée. Plusieurs pistes semblent possibles. Les autorités égyptiennes évoquent uniquement la piste d’Al-Qaïda. Le ministère de l’intérieur et le président ont parlé de « mains étrangères ».
La branche irakienne de l’organisation terroriste avait menacé le 1er novembre, en revendiquant l’attentat contre la cathédrale de Bagdad qui avait fait 58 morts, de s’en prendre aux coptes, la plus importante communauté chrétienne au Moyen-Orient.
Pour ce qui est de la contribution des chrétiens dans la société, les défis qu'aujourd'hui, dans nos Pays, tout le monde – chrétiens, juifs, musulmans et druzes –indistinctement, doit affronter sont au nombre de deux. Face aux conflits et aux opérations militaires, les défis de la paix et de la violence ont une grande importance. Parler de paix et agir pour la paix, alors que sévissent la guerre et la violence, constitue un véritable défi. La solution des conflits est entre les mains de ceux qui promeuvent la guerre. La violence est entre les mains des forts, mais aussi des faibles qui, pour se libérer, risquent eux aussi de recourir à la violence d'un accès facile. Plusieurs de nos pays vivent la guerre et toute la région en souffre directement, depuis des générations. Et le terrorisme mondial le plus radical exploite une semblable situation.
Dans de telles circonstances violentes et provocantes, la contribution du chrétien consiste à présenter et à vivre les valeurs évangéliques, mais aussi à apporter la parole de vérité aux forts qui oppriment ou suivent les politiques désavantageuses pour les intérêts des pays du Moyen-Orient, ainsi qu'à ceux qui répondent à l'oppression par la violence. La pédagogie de la paix est réaliste, même si elle risque d'être repoussée par la plupart; elle a aussi davantage de possibilités d'être accueillie, du fait que la violence – des forts comme des faibles – a, dans la région du Moyen-Orient, porté uniquement à l'échec et à une impasse générale.
Le chrétien a une contribution spécifique et irremplaçable au sein de la société dans laquelle il vit, pour l'enrichir des valeurs de l'Évangile. Il est le témoin du Christ et des valeurs nouvelles que celui-ci a apportées à l'humanité. C'est pour cette raison que notre catéchèse doit former en même temps des croyants et des citoyens qui agissent dans les différents secteurs de la société. Un engagement politique sans les valeurs de l'Évangile est un contre-témoignage et apporte plus de mal que de bien. En divers points, ces valeurs – en particulier les droits humains – se trouvent en contact avec celles du musulman, d'où l'intérêt de les promouvoir ensemble.
Au Moyen-Orient, il existe différents conflits dont le foyer principal est le conflit israélo-palestinien. Le chrétien peut apporter une contribution spéciale dans le cadre de la justice et de la paix. Aussi est-il de notre devoir de dénoncer courageusement la violence, d'où qu'elle vienne, et de suggérer une solution qui ne passe que par le dialogue.
En outre, tandis que, d'une part, on exige la justice pour les opprimés, il faut, d'autre part, apporter le message de réconciliation basée sur le pardon réciproque. Seule une telle attitude peut créer une humanité nouvelle. Les pouvoirs publics aussi ont besoin de cette ouverture spirituelle qu'un apport chrétien humble et désintéressé peut leur apporter.
Un message aux chrétiens du Moyen-Orient : Même si parfois pasteurs et fidèles peuvent céder au découragement, nous devons nous souvenir que nous sommes des disciples du Christ ressuscité, vainqueur du péché et de la mort. Nous avons donc un avenir ! Nous devons le prendre en main. Il dépend en grande partie de la manière dont nous saurons collaborer avec les hommes de bonne volonté en vue du bien commun des sociétés dont nous sommes membres. Aux chrétiens du Moyen-Orient, on peut répéter encore aujourd’hui : « Ne crains pas petit troupeau » (Lc 12, 32), tu as une mission, de toi dépend la croissance de ton pays et la vitalité de ton Église : elles n’adviendront qu’avec la paix, la justice et l’égalité de tous ses citoyens !
L’espérance, née dans la Terre Sainte, a animé les peuples et les personnes en détresse à travers le monde pendant plus de 2000 ans. Au milieu des difficultés et des défis, elle reste une source intarissable de foi, de charité, et de joie pour former les témoins du Seigneur ressuscité, toujours présent au milieu de la communauté de ses disciples.
Mais l’espérance signifie d’un côté, mettre sa confiance en la Providence divine qui veille sur le cours de l’histoire de tous les peuples ; d’un autre côté, agir avec Dieu, être « coopérateur de Dieu », faire son possible pour contribuer à cette évolution en marche avec la grâce de Dieu, dans tous les aspects de la vie publique de nos sociétés, notamment tout ce qui concerne les droits et la dignité de l’homme, la liberté religieuse. Ainsi les générations futures auront davantage confiance en l’avenir de leur région.