Depuis que Condoleezza Rice et George W. Bush aient lancé un projet de démocratisation du Grand Moyen-Orient. Téhéran avait alors lancé un contre-projet consistant à créer un Grand Moyen-Orient Islamique et résistant.
Ahmed Khatami, membre du Conseil des Experts et imam à Téhéran, a prononcé, le vendredi 28 janvier, un prêche un peu précipité qui a dévoilé les ambitions de l’Iran. Il a affirmé que « le Moyen-Orient Islamique s’apprête à se former dans le sillage des événements en Tunisie et à la faveur des violents troubles en Egypte, en Jordanie et au Yémen ». Le prêcheur du vendredi semblait avoir ainsi la certitude que le pouvoir égyptien allait chavirer ce vendredi même. Pour lui, « ces événements sont inspirés de la Révolution iranienne et sont les répliques du séisme que fut cette Révolution, en 1979 ».
Khatami a évoqué « l’échec du concept du Grand Moyen-Orient voulu par les Américains pour être gouverné par les Américains, et où les Israéliens jouent en toute quiétude ». Pour Khatami, « il est vrai qu’un nouveau Moyen-Orient est en gestation, mais il est articulé autour de l’islam. Ce qui s’est passé en Tunisie et ce qui se déroule en Egypte n’a rien à voir avec les problèmes économiques et politiques, mais il s’agit d’une contestation alimentée par les aspirations religieuses de la population. Les médias occidentaux ont tenté de donner aux événements une dimension économique et de les attribuer à l’absence de la démocratie. Mais la première chose que les Tunisiens ont fait après la fuite du dictateur est d’aller prier à la mosquée. Le même phénomène se propage dans les autres pays de la région ».
De sa part, Ahmadinedjad joue la provocation, choque et effraie le monde. Mais quelles sont les ambitions réelles de ce « petit homme du peuple » ?
Ancien formateur des Pasdarans, milice des mœurs de la République Islamique, le président iranien incarne un nouvel espoir après Mohammed Khatami, le réformateur sur qui comptait toute la jeunesse iranienne asphyxiée. A coups de campagnes de presse démentielles, Ahmadinedjad n’hésite pas à montrer le quartier pauvre dans lequel il vit, ainsi que sa modeste maison conforme à l’application d’une vie spartiate voulue par la Charia. Le président iranien s’attribue en effet une mission messianique, définie par son maître à penser l’Ayatollah-Ouzma Mousbah Yazdi, le président de l’Université islamique de Qom. Ce dernier croit que la mission du Président est d’accélérer le retour du douzième Imam (le Mahdi) pour faire triompher le chiisme.
Ahmadinedjad est le premier président de la République Islamique d’Iran qui n’appartient pas au clergé. A son élection, l’euphorie était donc permise du côté des Chefs d’Etats Occidentaux, mais surtout du peuple. Or, Ahmadinedjad n’a pas tardé à dévoiler son véritable dessein : s’imposer comme le chef du monde arabo-musulman et relancer « l’exportation de la révolution chiite, entamée par Khomeïny » et surtout rompre avec la doctrine de son prédécesseur Khatami qui prônait le « dialogue entre les civilisations ».
De même, Ali Khamenaï, le Guide suprême de la Révolution Islamique et véritable chef du gouvernement de Téhéran, invite les Égyptiens et les Tunisiens à se rassembler autour de la religion et contre l'Occident. Le monde arabe connaît un "mouvement de libération islamique" et les États-Unis vont subir une "défaite irrémédiable" dans la région, a jugé Khamenei le vendredi (4 février). S'exprimant publiquement pour la première fois sur les événements qui secouent l'Égypte et la Tunisie, l'ayatollah Khamenei a jugé que la révolution islamique iranienne de 1979 pouvait servir de modèle aux soulèvements en cours. "L'éveil du peuple islamique égyptien est un mouvement de libération islamique et, au nom du gouvernement iranien, je salue le peuple égyptien et le peuple tunisien", a-t-il lancé aux fidèles réunis à Téhéran pour les prières du vendredi.
Ali Khamenei a invité Égyptiens et Tunisiens à se rassembler autour de la religion et contre l'Occident. Il a exhorté l'armée égyptienne à lutter contre "l'ennemi sioniste" et non contre les manifestants. Le président tunisien Zine Ben Ali a été renversé le 14 janvier après un mois de contestation sociale et politique dans la rue. Son homologue égyptien, Hosni Moubarak, allié clé des États-Unis dans la région, est confronté depuis le 25 janvier à de vastes manifestations réclamant son départ du pouvoir.
"Le réveil du peuple est une guerre entre deux volontés, la volonté du peuple et la volonté des ennemis du peuple", a déclaré l'ayatollah, qui avait condamné dans son pays les manifestations de rue massives contre la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinedjad en juin 2009. "Si les manifestants parviennent à mener tout cela à son terme, alors ce qui arrivera à la politique américaine dans la région, c'est une défaite irrémédiable pour l'Amérique", a ajouté Ali Khamenei.
Le "guide suprême" a souhaité que l'Égypte rompe son traité de paix signé avec Israël en 1979. "Si l'Égypte met fin à cette alliance et reprend sa vraie position, quel grand événement ce serait pour la région ! Toutes les dernières prophéties du défunt imam se réaliseraient", a-t-il dit, par allusion à l'ayatollah Ruhollah Khomeïny, le fondateur de la République islamique qui appelait à des soulèvements populaires dans tout le monde musulman. Une république islamique a été instaurée en Iran après le renversement du chah en 1979.
Lors d'un sermon interrompu aux cris de "Mort à l'Amérique" par l'assistance, où l'on pouvait voir le président Ahmadinedjad ainsi que d'importants dignitaires politiques et militaires, Khamenei a ajouté : "Notre révolution a été capable de susciter l'espoir, de créer un exemple". S'adressant directement aux peuples arabes – majoritairement sunnites dans une région où les chiites iraniens sont historiquement perçus comme adversaires – il les a avertis contre toute tentative de l'Occident de détourner leurs révoltes à son profit.
Sans citer nommément Mohamed El Baradei, l'ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique et une des figures de l'opposition en Égypte, Khamenei a mis en garde les Égyptiens contre tout compromis avec un dirigeant qui pourrait avoir l'aval des Occidentaux. "Ils essaient de remplacer un espion par un autre. Ils essaient de concentrer l'attention sur certaines personnalités afin de vous imposer le règne des espions. N'acceptez rien d'autre qu'un régime populaire indépendant ayant foi en l'islam", a-t-il dit. "Je prie Dieu de vous aider et de vous apporter la victoire. Je ressens de la fierté devant votre réveil", a-t-il dit.
Après avoir étendu son influence sur l’Irak, et poussant les conversions au chiisme dans les pays arabes, et en réussissant son coup-d’Etat au Liban, l’Iran d’Ahmadinedjad serait en passe de réaliser son ambition d’étendre la Révolution Islamique sur toute la région. Les monarchies du Golfe, où vit une importante communauté chiite, craignent cette perspective et redoute que leurs chiites ne se soulèvent contre les pouvoirs établis, pour le compte de Téhéran. L’Empire perse serait alors à portée de main. Cet empire s’étendra-t-il de l’Asie jusqu’à la Méditerranée ?
Le début de cette extension sur les rivages du Méditerrané est le « Hezbollah ». Le projet iranien est devenu une menace réelle et imminente pour la formule libanaise fondée sur la coexistence, le pluralisme et la diversité dans un cadre des libertés publiques et religieuses. Et le « Hezbollah » est un engin armé pour la mise en œuvre de ce projet…