Le discours du Vendredi soir du Sayed était particulièrement important et dangereux. Malgré un calme calculé et des sourires occasionnels, une voix égale sans éclats, le Sayed s’engagea dans un sentier miné en nous entraînant avec lui, comme d’habitude. Le « doigt » n’y était pas, mais le doigté lui était remarquable et éloquent. Il a du se payer un conseiller en communication. Le Sayed s’est imposé en vrai maître des lieux, donc plus besoin de gesticulations physiques pour s’imposer en tant que chef.
En tous cas le discours était bel et bien la déclaration ministérielle en avant première, que personne ne se leurre. Celle que rédigent les ministres ne comportera que des ajouts littéraires et fioritures linguistiques pour un même contenu. Du coup ces ministres connaîtront leur job: Lui parle et eux rédigent. Lui ordonne et eux exécutent, un point c’est tout. Pour que les choses soient claires dès le début et qu’il n’y ait pas confusion.
Le discours était complet et tout y était: le flou artistique au sujet du Tribunal International, la position officielle vis-à-vis d’Assad, la mainmise sur le Liban etc. En accusant tous ceux qui n’aiment pas Assad d’être les suppôts d’Israël la moitié du pays devient agents Israéliens. Le bonheur!
Il ne manquait même pas la cerise sur le gâteau: Nous ne sommes plus en guerre contre seulement Israël, mais contre les Etats-Unis D’Amérique aussi. Sachant que le Sayed fit son école sur des tapis Persans et non pas devant des pupitres scolaires comme tout le monde, cela devient inquiétant: Il a du apprendre dans son manuel d’histoire que les ambassades peuvent être envahies et leur personnel pris en otage comme fut le cas de l’ambassade américaine à la fin des années 70, qui fut investie et une bonne cinquantaine de diplomates séquestrés pour un an et quelque. Effrayant comme perspective: le Liban risque facilement de plonger dans les abîmes de l’enfer.
En retraçant l’historique des quelques dernières années, on constate que nous sautons de sommet en sommet, ou plutôt de ravin en ravin, vu l’état dans lequel le Hezbollah met le pays. Suite à l’évacuation des Israéliens en 2000, qui normalement aurait dit être la fin de nos maux, on nous annonça que l’évacuation n’était pas totale: un minuscule bout de terrain restait à libérer, en l’occurrence Chebaa etc. Et qu’en conséquent, il fallait maintenir la Moukawama armée pour libérer le territoire jusqu’au dernier pouce.
Bien sur, on s’en foutait si l’évacuation fut déclarée officielle pas les Nations Unies, ou si les avis sont partagés au sujet de ce lopin de terre: certains disent qu’il aurait pu appartenir à Syrie, d’autres au Liban. En tous cas, l’équivoque fit l’affaire des israéliens sans doute de connivence de fait avec nos amis: Si la Moukawama persiste, cela donnera le droit à Israël à se promener sur nos terres et les survoler à son aise sous le prétexte que le Liban représente un danger perpétuel. Merci, la Moukawama!
Quelques temps plus tard nous apprîmes que la résistance ne serait démantelée que lorsque Israël serai détruit, autant dire jamais au train qu’ont pris les choses depuis 1948.
Maintenant on s’attaque à la plus grande puissance du monde, qui paradoxalement équipe lourdement l’armée Libanaise entre autre, et dont l’historique d’amitié avec le Liban est long et bien connu. De quoi devenir schizophrène si on ne l’est pas déjà. Un individu shizo, passe encore, mais une population et tout un pays schizo c’est la catastrophe. Dans une suite d’idées carrément Dantesque, on ne démantèlera la Moukawama que lorsque les Etats-Unis seront détruits. La belle perspective! L’attente risque d’être longue: « Jusqu’au siècle des siècles », Amen!
Pour en revenir aux supposés espions et du haut de sa magnanimité divine, le Sayed ne nous livra que les initiales des présumés espions et tût leurs noms par décence et respect pour leurs famille selon lui. [Existent-ils ces espions??] Il mélangea ainsi la grandeur du chef qui est juste et honorable, avec une inflexible rigidité. Il loua l’efficacité de son service anti-espionnage en long et en large, en le félicitant de ses prouesses! Bien sur, aucune réaction de l’état Libanais.
Monsieur, espionne, contre-espionne, arrête, peut-être même torture qui bon lui semble. Il en parle même longuement à la télé, son discours retransmis par toutes les chaînes, sans rien cacher. Si ces espions existaient cela est un affront pour l’état Libanais qui laisse une organisation faire ce qu’elle veut, quand elle veut et comme elle veut. Et si ces espions n’existaient pas l’affront serait encore plus grave : on crée des dossiers imaginaires pour manipuler les gens à sa guise. Ubuesque comme situation. Indescriptible et dégoûtante.
Monsieur agit en maître absolu et incontesté des lieux et cela est attristant. Mais le plus effrayant reste l’attitude placide, neutre et même complaisante de l’état. Quelle honte. Un état réduit a régler la circulation automobile et rien d’autre. Citoyens, serrez vos ceintures et non plus maintenant pour faire plaisir à Ziad Baroud, mais parce que le parcours qui nous attend peut être agité. La jungle!
Suivant la même logique, n’importe quel citoyen peut maintenant kidnapper son voisin de palier, le séquestrer, le torturer même, en prétendant qu’il est espion et travaille pour les Israéliens ou n’importe quel pays, le nom du pays n’étant plus important. En fait Sayed aurait des doutes aussi qu’un pays Européen s’amuse à l’espionner. La même Europe que Walid Moualem veut rayer de la carte pour ses positions contre Assad. Un partage parfait des rôles.
Les mauvaises langues disent que ce réseau d’espion réel ou imaginaire soit-il servira à aider le Hezb, et au cas ou il serait accusé par le TSL, à se défendre en prétendant que ce sont précisément des agents Israéliens qui ont accompli la sinistre entreprise d’assassiner Rafic Hariri pour faire endosser le crime au Hezb. Remarquez, la théorie aurait pu tenir la route sauf que le recrutement selon le Sayed s’est fait récemment et bien par la CIA et non pas les services Israéliens. Se pourrait-il que le raisonnement du Sayed aille jusqu'à accuser les Américains d’avoir assassiné Hariri. Pourquoi pas? Au point ou nous en sommes, tout devient possible. Peut-être leur endossera-t-on le nouvel attentat manqué contre Saad Hariri! Le ridicule tue, surtout au Liban. La vérité est encore plus meurtrière.
La vérité dit que, et la presse s’accorde sur ce point: le Hezb rapatrie ses armes qu’il avait cachées en Syrie, bien au chaud, avant que le régime ne s’écroule et qu’il n’arrive plus à les récupérer! Aimer Assad une chose, parier sur lui est différent. Le Sayed fait de la realpolitik là.
Le Liban tel qu’il est aujourd’hui ne durera pas longtemps. Il ne le peut pas. Les choses vont changer. Mais croyez moi, l’histoire sera sévère, très sévère!
On applaudit les grands discours habituellement par des « Bravissimo ». Ce discours ne mérite qu’un grand « Gravissimo »!