Des armes et autres joujoux

La nécessité de faire échec « au grand complot international impérialiste istikbari israélo-américain » impose à l’État libanais, au nom de l’équation tridimensionnelle fusionnelle liant « le peuple, l’armée et la résistance », de se livrer à la politique de l’autruche la plus lamentable concernant les quatre accusés recherchés par le TSL. Et pour cause : on ne touche pas à des « divinités » – qu’elles aient fait le Bien ou le Mal, cela a peu d’importance. Très bien. Les discours retentissants des derniers jours ont bien permis d’assimiler la nouvelle règle d’or sur laquelle le parti divin entend désormais refonder à sa guise la Constitution et le système politique libanais : le Hezbollah est une entité définitive pour (ou contre ?) tous les fils de la patrie libanaise. Toute entité, tout pouvoir qui oserait remettre en question cette formule révélée n’a aucune légitimité.

Fort bien. La force a ses raisons, à laquelle la raison est insensible. On le savait depuis un fameux 7 Mai, avec son lot de morts et de désolation, parce que certains avaient osé, quelle arrogance, toucher à une parcelle – un responsable sécuritaire, un réseau téléphonique – de l’arsenal du divin parti.

Cependant, il devient utile, nécessaire de demander quelles sont désormais les limites de l’expansion infinie de l’arsenal du Hezbollah. C’est-à-dire, en gros, les limites de ce à quoi ce cadavre putrescible qui s’appelle l’État, mais aussi l’ensemble du peuple libanais, ne peut pas, ne doit pas toucher ou approcher. Moustapha Badreddine et ses trois compagnons accusés sont, il est évident, des membres de la sacro-sainte équipe des « surhommes » qu’il faut laisser en paix, pour ne pas faire dans le sacrilège. Mais qu’en est-il de l’agresseur du diacre Antoine Hokayem à Lassa, dont tout le monde connaît l’identité ? L’équation « peuple, armée, résistance » signifie-t-elle que le (sous)-peuple peut-être agressé, au vu et au su des forces légales, au nom de la glorieuse « résistance » ? La « résistance » a-t-elle étendu à son domaine réservé le droit de disposer corps et âme du « peuple » ? Cet agresseur, qui a passé à tabac un dignitaire religieux, fait-il lui aussi partie de l’arsenal sacré du Hezb ? Faut-il attendre dans les prochains jours l’annonce de sa béatification par Nawwaf Moussawi, ce qui viendrait l’adjoindre à la liste « d’interdits » iconiques continuellement mise à jour par les Êtres suprêmes ? Enfin, les constructions illégales à Lassa sur des terrains appartenant à l’archevêché de Jounieh sont-elles stratégiques pour la résistance contre Israël ? La route de Jérusalem passe-t-elle par le jurd de Jbeil ? Si bien qu’il est défendu de mettre un terme aux constructions illégales par les moyens légaux, sous peine d’être accusé par le parti divin de comploter contre toute une communauté dans le cadre de la vaste machination visant à annihiler la « résistance » ?

Et, surtout, existe-t-il encore le moindre substrat de dignité chez ces ministres – notamment Marwan Charbel – qui continuent de justifier l’injustifiable par des explications et des échappatoires de plus en plus risibles ? Partant, en faut-il plus pour réclamer la démission de cette parodie de cabinet, qui n’a plus peur du superbement ridicule pour tenter de cacher l’axiome sur lequel il a été fondé : à savoir que la souveraineté, dont il est aujourd’hui en principe le garant, n’est plus, dans les faits, qu’un vulgaire hochet entre les mains du Hezbollah ; et que l’ensemble de ce gouvernement n’est d’ailleurs pas lui-même bien plus que cela.

المصدر:
l"orient le jour

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