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Coma sur commande

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Les turpitudes politiciennes ont de tout temps été le plat de résistance de la vie démocratique à la libanaise. Mais il faut bien admettre que sur ce registre-là, le gouvernement en place semble vouloir battre tous les records.

Après le feuilleton tragi-comique des salaires, le brûlot de l’électricité et le thriller des télécoms, voici que le navet des nominations intoxique gravement la chimie gouvernementale. Au point où l’on se demande sérieusement, moins d’un an après la genèse de ce cabinet, où donc le 14 Mars était allé chercher l’affirmation selon laquelle il s’agissait d’un gouvernement « monochrome ».

Le Premier ministre, Nagib Mikati, le même qui, il y a à peine trois mois, avançait à la télévision des statistiques flatteuses sur le nombre de mesures prises par son cabinet, reconnaît aujourd’hui le manque de « productivité » du Conseil des ministres et exige une entente préalable entre ses composantes avant de revenir sur sa décision d’en suspendre les réunions.

M. Mikati assure que cette décision est le résultat d’une « accumulation ». Sur ce point, il n’est certes pas difficile de le croire, au vu de ce qu’il appelle lui-même « l’obstructionnisme » de certains de ses ministres.

Il reste néanmoins, à en croire des sources centristes, que le chef du gouvernement n’est pas tout à fait mécontent de la situation, qu’il cherchait un prétexte pour s’esquiver et que les ministres aounistes lui en auraient – tout à fait involontairement – fourni le prétexte.

Le dossier des nominations est par lui-même brûlant, naturellement, mais les vraies raisons qui auraient poussé M. Mikati à se rebiffer, comme il l’a fait mercredi dernier, sont à chercher ailleurs : en premier lieu dans les pressions croissantes exercées par la Syrie sur le gouvernement libanais ; le régime syrien réclame deux choses : qu’on lui fournisse des renseignements sur les activités des opposants syriens présents au Liban, et que l’on contrôle le flux d’armes à la frontière ; ensuite, dans l’affaire du renouvellement du protocole sur le Tribunal spécial pour le Liban. Ce texte vient à échéance à la fin de ce mois et le Hezbollah voudrait le voir amendé.

À l’impossible, nul n’est tenu, devait se dire le chef du gouvernement face à cet ordre du jour-là. Sa démission étant elle aussi hors de question, comme l’a clairement signifié Walid Joumblatt jeudi, il ne lui restait plus que l’option de temporiser. Cela prendra le délai qu’il faudra, peut-être même le temps que ces questions se débrouillent par elles-mêmes pendant que le cabinet est dans le coma…
Visiblement irrité et embarrassé, le Hezbollah a entamé hier des contacts pour tenter d’arrondir les angles. Une délégation de ce parti s’est rendue au siège du Tachnag et y a prôné « le rétablissement effectif du gouvernement, qu’il ne faut pas maintenir dans un état de paralysie ». Il est question que Nabih Berry s’y mette aussi, dès lundi.

À Rabieh, où l’on a joué aux apprentis sorciers en croyant que le verbe haut ferait fléchir le Premier ministre, c’est pour l’instant le calme plat, hormis les quelques protestations d’usage dans les milieux du CPL. Le général Michel Aoun pourrait tout de même se consoler en se disant que dans cette farce, il a peut-être rogné quelques voix chrétiennes supplémentaires pour 2013. Tout à fait comme M. Mikati, d’ailleurs, pour ce qui est des voix sunnites.

المصدر:
l"orient le jour

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