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Nassir el-Assaad, un parcours qui symbolise la dimension de la révolution du Cèdre

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Son parcours estudiantin, politique et professionnel résume à lui seul toute la complexité du problème libanais. Son parcours reflète la véritable dimension de la longue et lente maturation qui a marqué le tissu social libanais au cours des quatre dernières décennies et qui a abouti, au printemps 2005, à la révolution du Cèdre et à l’émergence du premier courant populaire libaniste transcommunautaire de l’histoire contemporaine du Liban. En nous quittant prématurément à l’âge de 61 ans, Nassir el-Assaad laisse incontestablement un grand vide derrière lui. Il a tourné la page hier matin après avoir lutté pendant plusieurs jours contre un cœur qui l’a trahi.

Militant, révolutionnaire lucide, penseur, journaliste et brillant analyste politique, son départ constitue une grande perte non seulement pour le 14 Mars et la révolution du Cèdre, mais surtout pour le mouvement indépendantiste et souverainiste dans son ensemble. Car dans une perspective historique, Nassir el-Assaad représente en quelque sorte un symbole. Le symbole de cette évolution mature des diverses consciences collectives libanaises dont le fruit a été un mouvement centripète, une convergence de différentes sensibilités communautaires vers un point de rencontre, un espace public, celui de la place de la Liberté – la place des Martyrs – où pour la première fois depuis la proclamation du Grand Liban des masses populaires chrétiennes et musulmanes se sont retrouvées, unies autour d’un même projet national, celui de l’indépendance, de la souveraineté, du rejet de l’occupation syrienne, celui des libertés publiques, du pluralisme, du respect de l’autre dans sa différence. En un mot, le projet de la « culture du lien », comme le souligne Samir Frangié.

Cette évolution centripète, Nassir el-Assaad l’a non seulement vécue, mais il y a aussi grandement contribué avec ses camarades du Forum démocratique et de la Gauche démocratique, aux côtés, notamment, de ses compagnons de lutte, Georges Haoui, Samir Kassir et Élias Atallah. Il a fait ses débuts en politique à la faculté des sciences de l’Université libanaise où il a rapidement émergé comme l’un des leaders du mouvement estudiantin du début des années 70, lorsque le mouvement estudiantin s’était imposé comme l’un des acteurs de la vie publique libanaise. Militant dans les rangs de la gauche, et plus particulièrement au sein de l’Organisation de l’action communiste libanaise (OACL, de Mohsen Ibrahim), il a été élu membre du conseil exécutif de l’Union des étudiants de l’UL. Au début de la guerre, il a poursuivi son combat dans les rangs de l’OACL mais, dès 1976, il s’est distingué par son opposition à l’entrée des troupes syriennes au Liban.

En 1982, il a combattu l’occupation israélienne et a été contraint de quitter le pays à bord des navires qui ont évacué les dirigeants palestiniens. En 1985, il retourne à Beyrouth et reprend son métier de journaliste, notamment au Safir, tout en poursuivant son militantisme au sein de l’OACL. Le milieu des années 90 constitue pour lui un point d’inflexion. Il se livre à une lecture critique de la guerre et des clivages Est-Ouest, et effectue une ouverture envers « l’autre ». Il est alors associé par Rafic Hariri à la mise en place de la structure médiatique du courant du Futur et contribue en 1998 à former l’équipe du quotidien al-Moustaqbal. En 2000, il a été l’une des premières personnalités de « l’Ouest politique » à appuyer l’historique Appel de Bkerké. C’est alors qu’il entame un processus de rapprochement avec l’opposition chrétienne de l’époque, dont notamment le Rassemblement de Kornet Chehwane et, plus tard, les Forces libanaises et Samir Geagea avec qui il entretiendra des liens étroits. Il a été dans ce cadre l’un des penseurs de la révolution du Cèdre et l’un des principaux éléments moteurs du secrétariat général du 14 Mars. En sa qualité d’analyste politique, il était l’un des principaux auteurs des documents et de la littérature politique du 14 Mars.

Modeste, militant de l’ombre, il a fait récemment son entrée au premier bureau exécutif du courant du Futur et assumait au sein de ce mouvement la coordination des affaires culturelles. Son départ se fera d’autant plus ressentir que son apport était précieux à un moment particulièrement crucial et délicat de l’histoire du Liban et de la région.

المصدر:
l"orient le jour

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