Ces assassinats politiques avec leurs dommages collatéraux qui se sont égrenés depuis 2004, sans oublier les précédents, sont-ils tous si parfaits pour que les données d’enquête préliminaire, restées confidentielles pour les besoins de ladite enquête (même rengaine), et donnant matière à des fuites aux médias qui en font des rumeurs destinées à défouler et à fourvoyer l’opinion publique, demeurent finalement secrètes et sans suite, confinées dans les placards des enquêteurs et des procureurs, et refoulées dans notre inconscient collectif… puis inconscience?
Étant donné que les assassins ne m’auraient pas épargné si j’avais eu la malchance (que d’autres ont eue) de me trouver au mauvais endroit au mauvais moment, j’estime être en droit, en tant que victime potentielle, de savoir ce qu’il est advenu de ces enquêtes (toujours) préliminaires et à quoi elles ont abouti. Qu’elles aient abouti à un cul-de-sac, à une brèche, à un canal, à un caniveau, à un passage secret, à une chasse gardée, à un périmètre sécurisé ou à une quadrature du cercle, les autorités sécuritaires et judiciaires sont tenues, ne serait-ce qu’éthiquement, d’informer une opinion publique matériellement, psychologiquement et physiquement endommagée, surtout si chaque opinion privée de l’opinion publique est une cible potentielle pour les assassins actuels. Il convient de rendre publics les résultats officiels de l’enquête, quels qu’ils soient, après avoir consommé les précautions de confidentialité «pour les besoins de l’enquête»… qui s’éternise. Je ne sais pas s’il existe (ou devrait exister) une loi qui oblige la publication du rapport officiel de l’enquête après épuisement de celle-ci et son hibernation au placard, afin de rendre compte des résultats des investigations à l’opinion publique, à l’instar du droit à l’information des victimes (vivantes) et leurs proches.
Or les enquêtes sur les assassinats et tentatives d’assassinat, et sur les attentats et incidents en général, suivent la même courbe de cycle de vie d’un produit commercial : «lancement» médiatique, «croissance» verbale, escalade, récriminations et condamnations crescendo, recherche tonitruante de vérité, poursuite véhémente en justice, enquête en cours, confidentialité pour les besoins de l’enquête, filtrations aux médias, rumeurs (fondées ou infondées), déclarations decrescendo puis «maturité» sous forme de palier à durée variable, selon l’importance du «produit», puis «déclin»… avec rien en main.
Il faut dire que le «Collège invisible» compte justement sur l’infaillibilité de cette courbe et l’effet érosif du temps sur la mémoire collective. Il compte aussi sur le manque de suivi des médias qui subissent également l’inexorable loi de cette courbe… à moins qu’ils ne courbent sous quelque pression visible ou invisible pour nous rendre aveugles par leur black-out systématique.
