À la commémoration du martyre de Gebran cette année, des écrits et scribouillages viennent former leurs dépôts d’amertume et de déceptions sur sa pierre tombale, en lui demandant ce qu’il pense du cours qu’a pris la Révolution du Cèdre depuis sa disparition. Il est vrai que ce cours sinueux n’est pas parfait, qu’il est jonché de maladresses, de faux pas, de trahisons, de désertions…Mais ce cours tient toujours, n’en déplaise aux pleurnicheurs sur le mur des lamentations. Il y a toujours un 14 mars qui résiste au Mal et au Malin, qui déjoue les complots, qui tient tête de Maarab, de Bikfaya et même de Koreitem (quoique déserté), qui protège le cèdre du risque d’involution, qui empêche la venue d’un président sans dents ou au dentier acéré, un président qui se ferait soit défoncer la figure, soit posséder par les démons divins qui hantent le pays.
Je sais que c’est de nos jours à la mode de se démarquer, de se critiquer, voire de s’autoflageller, de porter le cilice de la culpabilité, d’afficher son masochisme à l’ennemi qui ne demanderait pas mieux que d’exploiter ces manifestations de faiblesse, voire de veulerie. Je ne crois pas que Gebran acquiescerait à cette attitude fataliste et défaitiste, de par son tempérament combatif, résilient et souverain.
Je ne crois pas que Gebran viendrait appliquer une légère tape consolatrice sur le dos du pleurnicheur recourbé devant sa tombe, mais plutôt une claque sur sa joue pour qu’il se redresse et continue ce que lui et ses compagnons – morts et encore vivants – ont entrepris jusque-là, en tirant les leçons des erreurs, et non en y succombant. Tout n’est pas parti en fumée, n’en déplaise aux pleurnichards et geignards.
Utilisez la cravache contre ceux qui veulent vous déposséder de votre monture, et non contre vous-mêmes.
C’est ce genre de message que transmettrait Gebran, comme je le connais