Liban: un projet pour l’avenir de l’humanité

Par Farès SOUHAID Coordinateur général du 14 Mars – L’Orient Le Jour: 

Des partis français parlent de « guerre de civilisations » et d’une « liste de propositions urgentes » afin de faire face à ce clivage culturel qui a débouché sur une atmosphère islamophobe quasi généralisée.

Dans le cadre de cette liste de « propositions d’urgence », figure l’opposition de ces partis au port du voile par les mères accompagnant leurs enfants à la sortie de l’école, mais aussi par les étudiantes qui suivent des cours à l’université.
Les « propositions d’urgence » vont plus loin : elles veulent que les établissements scolaires soient autorisés à imposer le port de l’uniforme. En clair : plus de mères voilées à la sortie des écoles et plus de foulards non plus dans les universités. En France, après l’affaire Charlie Hebdo, ceux qui militaient contre une laïcité « punitive » sont consternés !
La France aurait bouclé la boucle. Berceau de la révolution qui a envahi le monde entier, lieu de débats au début du siècle dernier pour garder le dimanche un jour férié de la semaine ou pas, elle découvre, 100 ans plus tard, que sa société est hétérogène, plurielle et multiple. Elle découvre que la laïcité n’est plus une matière de débat avec l’Église catholique mais avec l’islam. Elle découvre l’autre face d’une globalisation, qui impose un mode de vie où l’autre « différent » est désormais dans les écoles, le lieu de travail…
Elle découvre que le débat actuel doit répondre à la question suivante : comment vivre égaux et différents à la fois ?
Elle découvre qu’elle ne peut pas applaudir Zinedine Zidane et le priver de ses croyances en même temps, ou bien l’humilier sans imposer des limites entre la liberté d’expression, d’une part, et la provocation, de l’autre.
Elle découvre une nouvelle donnée : la convivialité évoquée par les représentants des communautés religieuses reçues par le président Hollande au lendemain de l’attentat de Paris.
Des liens historiques, affectifs et culturels nous lient avec la France. Nous avons partagé avec les Français des valeurs communes, et nous partageons aujourd’hui avec eux leurs peines et leurs appréhensions. Nous avons connu bien avant eux des attentats terroristes, les voitures piégées et les clivages communautaires…

Nous avons été criminels et victimes à la fois, belliqueux et hommes de paix, modernes et tribaux. Aussi sommes-nous en mesure de proposer quelques pistes de réflexion pour tenter de sortir du cercle vicieux :
1- Le problème ne peut pas être résolu par des mesures simplistes comme l’interdiction du voile devant un établissement scolaire.
2- Il faudrait prendre des mesures contre la violence et non pas contre l’islam, car l’islam n’est pas en lui-même source de violence. Nous le savons par expérience d’une longue convivialité, souvent tourmentée, mais qui, au bout du compte, nous a fait découvrir un mode de vie exceptionnel.
3- L’islam est devenu une partie intégrante de l’Europe d’aujourd’hui. Cette nouveauté a été bien perçue par la chancelière Angela Merkel, secrétaire générale de la démocratie chrétienne en Allemagne.
4- Nous nous sommes entre-tués avec les musulmans plusieurs fois et nous avons vécu en paix avec eux durant des siècles. Nous avons bâti avec l’islam une civilisation commune, un mode de vie basée sur le respect mutuel et la richesse de vivre à côté d’une autre personne, différente. Les musulmans libanais fêtent Noël sous l’arbre dans leurs maisons et même dans leurs quartiers, et nous, chrétiens, respectons leurs coutumes et leurs habitudes.
5- La France est un grand pays, elle a été à l’origine de la liberté individuelle et des droits de l’homme. La tragédie de Charlie Hebdo devrait être une occasion pour relever le défi. Il faut être au rendez-vous de l’avenir d’une France qui saurait s’élever au niveau que les événements exigent d’elle.

Nous sommes face à un grand tournant de l’histoire, à la croisée des chemins. Il est de notre responsabilité d’œuvrer pour la paix et la convivialité. L’Islam est invité à montrer fermement et clairement qu’il est capable de vivre en paix et de construire avec « l’autre » une civilisation moderne.
Les chrétiens d’Occident ne peuvent pas résoudre leurs problèmes en refusant « l’autre ». Ils ont fait appel dans le temps à des soldats et des ouvriers. Ils découvrent aujourd’hui que ces soldats et ces ouvriers sont des hommes et des femmes qui ont une culture, une religion, des croyances, une spécificité.
Au début des années 70, je trouvais que mon pays était anachronique, et qu’il fallait abolir le confessionnalisme pour une laïcité qui puisse dépasser les clivages. J’avais le regard tourné vers la France comme modèle.
Aujourd’hui, je suis fier de mon appartenance à un pays qui, en dépit de toutes ses imperfections, pourrait devenir un projet pilote pour l’avenir de la paix dans le monde.

المصدر:
L'Orient Le Jour

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