
Cette concomitance entre la fermeture de la décharge de Naameh et la fin des contrats de la société de gestion des déchets Sukleen est pour le moins surprenante, pour ne pas dire suspecte. Comme si la fermeture du dépotoir avait pour but de détourner l’attention d’une autre cause de la crise, et peut-être de sa cause première reliée à la question de renouvellement ou non des contrats de Sukleen, sans que l’on sache grand-chose du récent appel d’offres (s’il a été lancé), de sa date exacte de publication, du cahier des charges, des spécifications, celui-ci n’ayant pas été rendu public. Si le dépotoir n’avait pas été fermé, la société en question aurait-elle poursuivi la collecte des déchets après expiration de ses contrats ? Alors pourquoi focaliser sur les sites d’enfouissement, comme raison de la déferlante d’immondices qui couvre le pays, et non pas sur le bras de fer, en toile de fond, qui se déroule en coulisses entre les pro et les anti-Sukleen ? Comme si les émanations de la décharge de Naameh venaient servir d’écran de fumée à une question plus délicate, qui fait l’objet d’un chantage de la part de Sukleen et ses alliés, et ceci à la lumière des révélations fracassantes du leader des Kataeb, cheikh Samy Gemayel, durant sa conférence de presse sur le sujet.
Et tandis que tout le monde reproche au gouvernement son retard à trouver des dépotoirs de rechange, personne ne pointe du doigt le « maître chanteur » qui a fait plus de deux milliards de dollars de profits sur une période d’environ 20 ans, qui a bénéficié d’une couverture politique intéressée de sorte à esquiver les appels d’offres et renouveler ses contrats jusqu’à tout récemment (et encore…), qui a imposé ses desiderata et un tarif de 140$ par tonne de déchets, soit le double du standard international, qui a « détourné » l’argent destiné aux municipalités pour ses propres profits, qui a violé les termes de son contrat en ne procédant pas, entre autres irrégularités, au tri des déchets (déchets recyclables, déchets organiques et déchets solides non polluants), qui a vendu les déchets recyclables pour son propre compte… De ce fait, la compagnie, ou ce nouveau « parti politique » soutenu par d’autres partis, se rend coupable d’abus de fonds publics, selon les propres termes de Samy Gemayel, outre sa responsabilité dans l’ajout de charges polluantes à la décharge de Naameh et autres décharges, en n’ayant pas procédé au traitement des déchets, selon les termes de l’entente.
Les questions subséquentes qui se posent, ou s’imposent à l’esprit sont les suivantes :
– Pourquoi le gouvernement a-t-il tardé à lancer l’appel d’offres et/ou à statuer, sachant les dates butoir de fermeture du dépotoir de Naameh et de fin du contrat de Sukleen ?
– Quels sont les termes du nouveau cahier des charges ?
– Pourquoi les amendements au cahier des charges proposés par les ministres du parti Kataeb ont-ils été rejetés par le Conseil des ministres ? Pour quelles raisons ?
– Qui sont les actionnaires/associés de la société Sukleen ? Dans quelle mesure n’y a-t-il aucun conflit d’intérêt dans ce dossier ?
– Quel est le bilan de cette société ? Depuis la date où elle gère les déchets de ce pays ?
– Quels sont les résultats de l’audit, si audit il y a jamais eu, depuis que cette société opère sur le territoire libanais ?
– Quels sont les termes du contrat (expiré) de ladite société ? Dans quelle mesure ont-ils été respectés par les deux parties contractantes ?
En tant que contribuables, et citoyens intoxiqués par l’amoncellement des ordures, et vu le bordel qui en a généré, nous sommes en droit d’exiger des réponses claires et vérifiables, susceptibles de mettre le holà, une fois pour toutes, aux manœuvres fumigènes polluantes, et de rendre les auteurs de cette chienlit comptables de leurs actes devant la justice et l’opinion publique.
