Les arguments abjects et absurdes de Koteich sur les candidatures de Geagea et de Frangié

Pour rester politiquement correct, je dirais que l’article de Nadim Koteich sur les candidatures de Samir Geagea et de Sleimane Frangié, publié lundi sur le site Almodon, est absurde et abject. Le problème qu’il pose n’est évidemment pas dans la critique acerbe qui se dégage de ce texte, ni même dans le ton prétentieux adopté par le journaliste du Futur, mais dans la déformation malhonnête et délibérée de la réalité, ce qui est plutôt fâcheux pour un journaliste.

  1. Non Nadim Koteich, le problème ne réside pas dans le constat que les musulmans se mêlent de l’élection d’un président chrétien, mais dans le fait que quelques politiciens musulmans font une cuisine infecte qu’une grande partie du peuple libanais ne parvient pas à digérer. Nuance.
  2. Non Nadim Koteich, ce qui bloque l’élection présidentielle libanaise, ce n’est pas ce qui se passe au premier plan, le duel entre Maronites (Forces libanaises-Courant Patriotique Libre), mais ce qui se trame en toile de fond par les Chiites (Iran-Hezbollah). Une autre nuance. Tout le monde sait que ces derniers ne veulent pas d’un nouveau président tant qu’ils sont enlisés dans la guerre civile syrienne. Michel Aoun ne fait que profiter de cette manne politique tant qu’il est méprisé par ses adversaires, et il a grand tort, soit dit au passage.
  3. Non Nadim Koteich, la vacance présidentielle n’a pas comme cause principale l’impasse évidente des candidatures de Michel Aoun et de Samir Geagea (chrétiens), mais l’issue improbable du bras de fer entre la République islamique d’Iran (chiite) et l’Arabie saoudite (sunnite), via leurs fidèles alliés libanais, le Hezbollah (chiite) et le Futur (sunnite). Encore une nuance.
  4. Non Nadim Koteich, Michel Aoun ne s’est pas engagé dans la bataille présidentielle sur la base “moi ou la vacance” et Samir Geagea sur la base “la vacance plutôt qu’Aoun”, et il ne suffit pas que ces deux leaders proposent un nom pour débloquer la situation, la vacance a ses raisons que tu ne sembles pas vouloir comprendre. Retour aux cases 1, 2 et 3.
  5. Non Nadim Koteich, Samir Geagea n’a pas failli marcher dans la candidature de Michel Aoun ni après la première séance électorale ni maintenant. C’est un piètre argument pour laisser entendre que ce sont des raisons personnelles et non politiques qui empêchent le président des FL de marcher dans la candidature de Sleimane Frangié.
  6. Non Nadim Koteich, Saad Hariri ne peut pas soutenir Sleimane Frangié dans le but d’en finir avec la vacance presidentielle et le clivage politique 8-Mars/14-Mars, puisque cette mascarade crée de facto, et c’est une évidence, à moins de pratiquer la politique de l’autruche, un autre clivage encore plus grave, entre les Libanais de toutes confessions, sunnite en premier, qui sont contre la candidature de “l’ami et du frère” de Bachar el- Assad, comme moi et des milliers de compatriotes chrétiens et musulmans, et ceux qui sont pour, comme toi, Walid Joumblatt et quelques politiciens du parti de Saad Hariri. Vous faites erreur.
  7. Non Nadim Koteich, Saad Hariri ne revit pas avec le parti des Forces libanaises ce que son père a vécu avec la tutelle syrienne qui l’empêchait de ratisser large en dehors de la communauté sunnite de Beyrouth. C’est un argument abject et nauséabond. De grâce, ne revenons pas trop sur cette époque sombre de notre histoire où les trois grands leaders des communautés chrétiennes, Samir Geagea, Amine Gemayel et Michel Aoun, étaient neutralisés pendant 15 ans sans que cela ne provoque beaucoup d’insomnie et d’objections chez ceux qui étaient au pouvoir à l’époque et qui aujourd’hui vantent les mérites de Frangié et les avantages de l’idée délirante de sa candidature.

En tout cas, il existe une réalité que tu t’obstines à ne pas vouloir la regarder en face. Les lois électorales depuis 1992, notamment la loi actuelle dite de 1960, ont toujours permis à Walid Joumblatt, aux Hariri, père et fils, et au duo chiite, Hassan Nasrallah et Nabih Berri, de contrôler directement la représentation parlementaire de leurs communautés, ainsi que celle des communautés chrétiennes. Il ne faut donc pas confondre ouverture, que personne ne conteste, et découpage électoral partisan et communautaire. Encore une nuance qui t’a échappé.

A ce propos, au lieu de tirer dans la mauvaise direction, il aurait été plus judicieux de cesser ces calculs politiciens et d’œuvrer dans l’intérêt de tous les Libanais, pour une loi électorale moderne, la circonscription uninominale à deux tours. C’est ce mode de scrutin qui garantira la véritable ouverture des partis politiques aux Libanais de toutes confessions, car les candidats en lice, de toutes les confessions, pourront ainsi choisir librement d’adhérer ou de s’allier aux partis en compétition, le Futur dans ce cas précis. Ils ne seront plus contraints de le faire pour se faire élire, comme c’est le cas aujourd’hui sous la loi électorale de 1960, dans les régions qui sont sous la domination du Futur (sunnite), du Parti socialiste (druze), d’Amal (chiite) et du Hezbollah (chiite). Pas la peine de chercher midi à quatorze heures, ce point découle simplement du fait de la dispersion démographique des communautés chrétiennes sur tout le territoire libanais.

  1. Non Nadim Koteich, l’opposition à la candidature de Sleimane Frangié est bel et bien logique. Ce qui ne l’est pas c’est cet acharnement à défendre cette idée incongrue, de mettre à la tête de l’État libanais un homme proche du régime syrien et du Hezbollah, de la part d’un journaliste qui a voulu un jour, après un discours passionné il y a trois ans, pousser les sympathisants du 14-Mars vers le Grand Sérail pour déloger par la force le Premier ministre de l’époque, Najib Mikati, un pro-régime syrien et un pro-Hezbollah.
  2. Non Nadim Koteich, le rejet de la candidature de Frangié n’est pas limité aux partis FL et CPL, il est aussi populaire contrairement à ce que tu prétends et concerne la communauté sunnite autant que les communautés chrétiennes, une évidence, à moins là encore, d’être adeptes de la politique de l’autruche.
  3. Non Nadim Koteich, ce n’est pas Samir Geagea qui est responsable de la transformation du 14-Mars en une entité ankylosée mais ce sont les erreurs à répétition commises par ce camp qui le sont, à commencer par l’alliance quadripartite électorale des partis musulmans en 2005, en marginalisant les grands partis chrétiens, jusqu’à la défense de la candidature délirante de Sleimane Frangié en 2015, encore en marginalisant les grands partis chrétiens, en passant pêle-mêle par l’adhésion à la cuisine S-S (Syrie-Arabie Saoudite), la mollesse lors des événements du 7-Mai, la visite de Saad Hariri à Bachar el-Assad, les discussions bilatérales stériles avec le Hezbollah, l’amnistie pour Joumblatt malgré le coup de force qu’il a concocté avec le Hezbollah et qui a conduit à l’expulsion de Saad Hariri du pouvoir et son exil, les interminables palabres sur une nouvelle loi électorale, la suppression des élections législatives, la prorogation du mandat du Parlement, la violation de la Constitution pour voter le “bazar des nécessités”, et j’en passe et des meilleures.
  4. Non Nadim Koteich, le projet de loi éphémère dit “orthodoxe” n’était pas aussi humiliant pour les Musulmans que cette impression permanente, peu importe si c’est à tort ou à raison, que les Chrétiens ont depuis 1989, d’être marginalisés dans leur pays, et cette angoisse existentielle d’être pris dans un étau entre l’extrémisme musulman sunnite via l’État islamique en Irak et en Syrie (et consorts) et l’extrémisme musulman chiite via la République islamique d’Iran, et d’être noyés démographiquement au milieu de 2 millions de réfugiés syriens et palestiniens, de confession musulmane en majorité. Je regrette profondément d’être contraint de parler de la sorte, mais il faut bien comprendre que les choses sont un peu plus compliqués que ça.

Décidément, quand on lit des articles décousus comme celui-ci, on comprend mieux pourquoi la confiance ne règne pas entre les enfants de la patrie, et on mesure mieux l’incompréhension de certains Libanais des problèmes spécifiques des uns et des autres, notamment ceux des Chrétiens en Orient, une espèce en voie de disparition dans les contrées qui ont pourtant vu naître Jésus de Nazareth. Food for thought. Mais, je tiens à le dire, comme je l’ai déjà dit à maintes reprises dans mes articles, l’histoire et le destin uniront les Chrétiens et les Musulmans en Orient, loin des extrémistes de passage, pour le meilleur et pour le pire, et jusqu’à la fin des temps.

  1. Non Nadim Koteich, “Samir Geagea n’est pas un leader chrétien ouvert aux autres Libanais, sous conditions, alors que Saad Hariri est un leader libanais ouvert aux autres sunnites (sans condition)”. C’est biaisé de la part de quelqu’un qui travaille pour le Futur, c’est le moins qu’on puisse dire. En tout cas, la résistance du parti de Saad Hariri à abolir la loi électorale de 1960, contredit cette allégation simpliste. Loin des enfantillages du genre “ah non mais, mon leader est plus fort que le tiens”, disons que les deux hommes ratissent large, au-delà de leur communauté respective. Et avant que je n’oublie, il y a une chose sûre et certaine, si le cœur des Libanais sunnites bat pour Saad Hariri, l’esprit de beaucoup d’entre eux, vibre pour Samir Geagea. Et ce point, semble déranger plus d’un.

L’histoire m’a donné la chance inouïe le 14 mars 2005, d’être place des Martyrs à Beyrouth. Nadim Koteich y était aussi. Je suis descendu place des Martyrs, comme un million de Libanais musulmans et chrétiens, pour trois raisons précises : dire non au “Merci la Syrie des Assad” lancé par le Hezbollah le 8 mars 2005, exiger que justice soit rendue pour l’assassinat de l’ancien Premier ministre du Liban, Rafic Hariri, et réclamer le retrait des troupes syriennes de Bachar el-Assad du Liban. Dix ans après, je constate que Nadim Koteich est réduit aujourd’hui à soutenir l’homme qui s’est comporté le 14 février 2005 et dans les jours suivants, comme un “chef de gang menaçant” et non comme un ministre de l’Intérieur, de l’aveu même de Walid Joumblatt, déclaration faite il y a seulement sept mois svp. Dix ans après, Nadim Koteich est embarqué pour soutenir l’homme qui reste un fidèle allié du Hezbollah. Dix ans après, Nadim Koteich est déterminé à soutenir l’homme qui est farouchement opposé au Tribunal Spécial pour le Liban. Dix ans après, Nadim Koteich est acharné à soutenir l’homme qui considère Bachar elAssad – le tyran de Damas, le responsable de tant de malheurs en Syrie comme au Liban, l’homme qui est à l’origine de la mort de 250 000 Syriens et de plusieurs personnalités libanaises du 14Mars, celui qui a décidé d’embraser le Liban en chargeant un pôle du 8Mars, Michel Samaha, de mener des dizaines d’attentats contre des rassemblements sunnites, afin de plonger le pays du Cèdre dans des guerres confessionnelles – comme un ami et un frère.

Quand un journaliste de la trempe de Nadim Koteich est incapable de critiquer quelques politiciens de son propre camp, alors qu’ils se trouvent en plein délire politique, en opposition avec toutes les raisons et tous les principes qui nous ont réuni et uni le 14 mars 2005, c’est qu’il y a quelque chose qui ne tourne plus rond dans ce pays. A moins de considérer que Nadim Koteich et Saad Hariri rejettent ces raisons et ces principes aujourd’hui. Nous ne savons rien encore pour le second, c’est le premier qui a la prétention de parler en son nom. Il est temps que le chef du Futur tranche cette question avant que les choses ne s’enveniment. Dans tous les cas, c’est le droit de Nadim Koteich de s’accommoder avec ces raisons et ces principes. Mais, de grâce, qu’il ne reproche pas aux autres, comme Bakhos Baalbaki ou Samir Geagea et tant d’autres citoyens de ce pays, chrétiens et musulmans, de continuer à être fidèles à leurs convictions et respectueux des principes fondateurs du 14-Mars.

Il est clair que Nadim Koteich a perdu le nord en soutenant la candidature du beik de Zgharta. C’est regrettable. Inutile de s’y attarder plus longtemps. Sa tribune déplacée a le mérite de confirmer tous les points abordés dans mon article 323, consacré à la candidature de Sleimane Frangié, sans aucune exception. A savoir : Walid Joumblatt serait l’homme qui aurait mis sur la table cette os sans chair de la candidature de Frangié; les Machnouk(Nouhad)-Jisr(Samir) seraient derrière le ralliement du Futur à cette idée farfelue, pas les Siniora(Fouad)-Rifi(Achraf); les défenseurs de l’idée veulent envoyer un message politique à Samir Geagea; ces initiateurs, musulmans, n’ont pas digéré la réconciliation interchrétienne; ces initiateurs ne digèrent pas que Geagea et Aoun aient imposé la loi de récupération de la nationalité libanaise et la recherche d’une loi électorale, pourtant bénéfiques à tous les Libanais ; ces initiateurs ont choisi exprès comme candidat une personnalité chrétienne faible à l’assise populaire réduite, aussi bien dans les communautés chrétiennes que musulmanes; la candidature de Frangié vise à se débarrasser des deux personnalités chrétiennes fortes et populaires, Geagea et Aoun; quand on prétend qu’on ne peut élire que Frangié, la clé de la solution, et pas les Jean Kahwagé, Chamel Roukouz, Riyad Salamé et j’en passe et des meilleurs, c’est qu’il existe une volonté politique hypocrite chez les initiateurs de la candidature de Frangié de ne mettre qu’un tocard, un pro-régime syrien et un pro-Hezbollah, comme président de la République; and last but not least, la candidature de Sleimane Frangié vise aussi et surtout, à torpiller la recherche d’une nouvelle loi électorale. Voilà pour faire court, sachant que tout le reste, l’article de Nadim Koteich en tête, n’est que palabres et manœuvres politiciennes pour brouiller l’esprit des Libanais, troubler leur vision et leur faire avaler des couleuvres législatives sous la loi de 1960, voire les amener le moment venu à gober encore la nécessité d’autoproroger le mandat des autoprorogés parlementaires.

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