
Pardonne-moi, Béchir, d’avoir mis si longtemps
Pour te rendre un hommage.
À vrai dire, parfois, il nous en faut du temps
Pour sortir d’un dommage;
Pour se remettre enfin d’un affreux cauchemar
Qui fut un si beau rêve
Que l’on voit refleurir, aujourd’hui, sur le tard,
Par ton sang et ta sève.
Pardonne-nous, Béchir, d’avoir perdu le nord
Par de vaines querelles;
Et d’avoir bien failli mettre et remettre à mort
Ta vivante aquarelle;
D’avoir mis en conflit, d’avoir mis en péril
Les Forces libanaises,
D’avoir mis ta vision et tes vœux sur le gril,
Au bord de la fournaise.
Pardonne-leur, Béchir, d’avoir un jour dissous
Ta formidable armée,
D’avoir subi les clous et plié le genou
Sur ta croix désarmée;
Mais félicite-les, Béchir, d’avoir suivi
Ton inspirant martyre,
D’avoir su résister, batailler à l’envi,
D’avoir défié le Pire;
Oui, félicite-nous, d’avoir poussé ton grain,
Ton verbe de messie,
D’avoir fait poindre et croître un Cèdre souverain
Selon ta prophétie;
D’avoir pris de ta manne et de ton firmament,
De ton sourire aux nues;
Et de te rassurer, toujours, par ce serment :
«Béchir, on continue».