La Responsabilité sociale des entreprises et l’Économie sociale et solidaire

Le Liban peut compter sur son secteur privé, et sur son initiative en matière de développement durable, pour réduire la pression que représente le nombre croissant de réfugiés sur son territoire.

Entre l’introduction de la Responsabilité sociale des entreprises (RSE) et la diffusion des principes de l’Économie sociale et solidaire (ESS), le Liban compte toujours sur l’initiative du secteur privé en matière de développement durable, surtout avec la pression du nombre croissant de réfugiés syriens qui ne fait qu’accentuer la crise socio-économique à tous les niveaux, en l’absence d’orientation de l’État sur ce plan. Quelle est la relation entre la RSE et l’ESS ? Pourquoi et comment constituent-elles un remède au besoin de développement durable au Liban face à la crise actuelle des réfugiés syriens au pays du Cèdre ?
La RSE a été diffusée à partir des années 90, en même temps que la notion de développement durable, dont elle reprend les principes et les prolonge pour amener le secteur privé à partager ses profits avec les parties prenantes qui ont contribué à sa réalisation (actionnaires, employés, clients, ONG et société civile, administrations publiques et collectivités locales…). Le concept de la RSE amène l’entreprise à dépasser l’objectif économique traditionnel qui consistait en la maximisation du profit, afin de prendre en considération les répercussions sociales et environnementales de ses activités ainsi que sa contribution au développement durable. L’idée-clé de ce concept est non seulement de répondre aux besoins des parties prenantes actuelles mais de préserver les ressources naturelles, et en même temps de répondre aux besoins des générations futures… D’où les trois piliers : économique, social et environnemental..
La RSE concerne les entreprises, et surtout les grands groupes qui ont assuré leur satisfaction financière et qui se sont rassurés quant à l’avenir de leur présence et leur part du marché (ce qui correspond aux bases de la pyramide des besoins de Maslow appliquée aux entreprises). Les entreprises qui se rapprochent du sommet de la pyramide sont celles qui sont déjà satisfaites de leurs résultats financiers, qui commencent à s’intéresser aux valeurs et à la bonne réputation, donc à la « réalisation de soi-même ». Cette vision est certainement bien au-delà des soucis primaires des petites entreprises débutantes inquiètes pour leur « existence » sur le marché face aux concurrents, et face à tous les facteurs internes et externes qui influencent leur situation financière, indépendamment de l’impact de leurs activités aux yeux de la société…

Deux conceptions qui se complètent
Les entreprises qui s’engagent à la RSE intègrent les enjeux sociaux et environnementaux dans leur stratégie d’entreprise et leur gestion quotidienne de manière volontaire et facultative, mais aussi dans leurs interactions avec leurs salariés, actionnaires, clients, fournisseurs, collectivités… à travers des codes de conduite, l’adhésion à des chartes, la publication de rapports, la demande de certifications ou de labels qui sont les outils largement utilisés pour attester de la réalité de la démarche RSE.
Toutefois, si, pour certaines entreprises, il s’agit essentiellement d’un thème de communication, destiné à améliorer leur image de marque, d’autres ont réellement intégré la RSE dans leur stratégie de développement et en sont convaincus.
Ainsi, la RSE procède par une démarche volontaire et non imposée, surtout qu’elle ne constitue pas l’objectif ultime et principal de l’activité d’une entreprise, telle la maximisation de profits.
Par contre, pour les acteurs de l’Économie sociale et solidaire ESS, l’objectif social et solidaire est une vocation et une priorité.
Les acteurs de l’ESS sont parfois perçus comme des référents pour la RSE, mais les entreprises sont en pointe en matière d’évaluation et de notation de leur impact socio-environnemental. Pouvant s’inspirer mutuellement, ESS et RSE constituent finalement deux approches d’une même volonté d’entreprendre autrement. Sachant que la réalisation des projets de RSE par les entreprises se fait dans la majorité des cas à travers le partenariat et la collaboration, voire le financement direct de la part des entreprises aux acteurs de l’ESS qui l’exécutent comme les ONG, les associations, les collectivités locales, les municipalités…
Ces deux conceptions peuvent très bien se compléter.
Cependant, toutes les entreprises ne peuvent pas prétendre à l’agrément ESS.
Pour être reconnue ESS, une société commerciale doit en effet respecter trois principes fondateurs:
* une gouvernance démocratique,
* le réinvestissement majoritaire des bénéfices dans l’activité
* l’« impartageabilité » des réserves obligatoires.
À l’inverse, une démarche de RSE peut être initiée par n’importe quelle entreprise, quel que soit son secteur d’activité.
Les acteurs de l’ESS sont naturellement socialement responsables et proches des préoccupations du développement durable, ce qui les rapproche des entreprises engagées dans une démarche de RSE.
Les acteurs de l’ESS mènent des actions basées sur des principes humanistes, ils ont des objectifs de solidarité et publient un bilan sociétal et des rapports sociaux.
Les entreprises RSE cherchent à dépasser le cadre légal sur les questions environnementales et sociales, et évaluent cette démarche…Reste que la finalité même des ESS les distingue fortement du reste de l’économie. Pour une entreprise « classique », l’objectif ultime demeure la recherche du profit et la rentabilité du capital investi alors que les ESS donnent la priorité au social et à l’environnemental.

RSE et ESS face à la crise des réfugiés
Au Liban, petit pays à système économique libéral, fondé sur l’initiative privée et le secret bancaire, plusieurs contraintes ne font qu’accentuer les tensions sur la stabilité socio-économique et les indicateurs du développement durable…Ces principales contraintes se résument par une dette publique de 75 milliards de dollars américains, l’afflux de près de 2,5 millions de réfugiés, une détérioration de l’ensemble des indicateurs économiques avec la pression sur le marché du travail, les dépenses pour l’aide humanitaire, le ciblage de la pauvreté, les pressions sur les secteurs de la santé, de l’éducation, du transport, de l’infrastructure et des services public divers… Ces contraintes deviennent de plus en plus croissantes au point d’atteindre, voire de franchir, le plafond de soutien possible des donateurs internationaux, la capacité de l’État libanais et les moyens des acteurs de l’Économie sociale et solidaire, comme les associations et les ONG locales et internationales…
Le Liban est actuellement le pays qui accueille le plus grand pourcentage de réfugiés syriens par habitant libanais, soit plus de 40 % de sa population qui est réfugiée. Ainsi, les ONG sont plus que jamais essentielles afin d’offrir des services primaires aux personnes touchées par la crise syrienne.
L’expérience internationale montre qu’il s’écoule en moyenne 17 ans avant que des réfugiés fuyant une zone de conflit ne commencent à rentrer chez eux. Et quand cela se produit, ce retour se fait par petits nombres. Certains réfugiés ne quittent d’ailleurs jamais leur pays d’accueil.
À savoir qu’entre 2011 et 2015, les dépenses publiques ont augmenté de 15,2 % à 13,45 milliards de dollars, contre une hausse de seulement 2,6 % des recettes, à 9,58 milliards selon la Banque mondiale (BM). Conséquence : en cinq ans, le ratio du déficit public sur le PIB est passé de 5,8 à 7,8 %. Quant au ratio de la dette publique, il est passé de 134 à 139 % du PIB sur la même période, selon le ministère des Finances, pour dépasser 140 % actuellement, et le ratio déficit public/PIB, qui avoisine les 8 %.
En 2017, la Banque centrale continue à jouer un rôle majeur dans la défense de la valeur de la monnaie nationale et dans la confiance en l’économie libanaise…La BDL projette d’injecter de nouvelles liquidités sur les marchés d’un montant d’un milliard de dollars. Le but est de stimuler les investissements, d’encourager la consommation et de résorber le chômage. Cette injection aura des effets multiplicateurs positifs pour l’ensemble des secteurs de l’économie, d’autant que l’inflation est toujours contenue et maîtrisée à des taux très bas.
Quant aux taux d’intérêt, le « risque pays » est un élément majeur qui empêche leur baisse remarquable, quoique la BDL continue à offrir des crédits à taux d’intérêt réduits aussi bien pour l’investissement immobilier que pour les différents secteurs productifs.. Toutefois, les agences de notation se basent sur les différents risques auxquels un pays est exposé pour lui avancer une note qui sera déterminante pour la fixation des taux. Ajoutons à cela que la Fed a augmenté ses taux et envisage, pour 2017, des augmentations supplémentaires, ce qui accentuera la pression sur les taux à moyen terme.
À partir de là, la situation économique du pays face à la crise des réfugiés ne laisse d’autres remèdes que le recours à la RSE et la collaboration étroite entre les entreprises privées socialement responsables et les principaux acteurs de l’ESS. Une telle collaboration s’avère indispensable et prioritaire afin de mettre en place des programmes de développement durable et un financement à long terme des opérations d’intervention auprès des réfugiés qui allège le poids subi par l’État, la tension au niveau de l’économie et les défis de la société civile par un partenariat tripartite… Reste à voir qui prendra cette initiative. Qui l’orientera, et qui évaluera ses résultats et garantira sa continuité ?

المصدر:
L'Orient Le Jour

خبر عاجل