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Les législatives libanaises vues de France

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A quelques jours des élections législatives libanaises, les centres d’études politiques et géostratégiques européens, et particulièrement français, livrent des lectures diamétralement opposées des lendemains de cette échéance et des conséquences qui peuvent en découler. Plusieurs facteurs viennent s’y greffer et accentuer les divergences des points de vue. Ce qui rend la situation peu lisible en fonction des résultats du scrutin du 6 mai.

Parmi ces facteurs intrigants figure en premier lieu le taux d’abstention relativement élevé, constaté dans la diaspora, les 27 et 29 avril, respectivement dans les pays arabes et en Occident. En effet, la communauté libanaise établie à l’étranger était très enthousiaste à l’idée de voter dans les pays de résidence. Mais dans les faits, entre 30 et 50% des inscrits, selon les pays, ne se sont pas déplacés aux urnes. Dans leur lecture de ce phénomène, les analystes occidentaux soulignent que depuis la clôture des inscriptions, à l’automne dernier, plusieurs événements marquants semblent avoir dissuadé les électeurs de participer au processus démocratique. L’épisode de la démission de Saad Hariri et son séjour « forcé » en Arabie Saoudite auraient ainsi laissé des séquelles auprès de son électorat. Selon cette lecture, Hariri et sa politique fantaisiste et acrobatique, la mollesse qui caractérise ses relations avec le Hezbollah, et l’image de « dominé » qu’il donne de lui, ainsi que son incapacité à faire face à l’hégémonie du Parti de Dieu, et son rapprochement de Gebran Bassil, ont achevé la confiance de son électorat, qui ne s’est pas réellement mobilisé. D’autant plus que les Libanais vivant à l’étranger craignent les conséquences d’un Parlement dominé par le Hezbollah et ses alliés (Amal, Courant Patriotique Libre, Marada, et des Sunnites «indépendants ») sur leur avenir et leurs affaires. Ils pensent, légitimement, qu’ils seront la première victime d’un tel scénario.

L’autre facteur qui aurait pesé sur le taux de participation est relatif à la déception des électeurs dits « neutres », qui ne sont pas engagés politiquement, mais qui souhaitaient apporter leur pierre à l’édifice et se sont inscrits sur les listes électorales à l’étranger. Or, outre sa déception, cette catégorie d’électeurs craint les conséquences des « caprices » et des « gamineries » du ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil et préfère bouder les urnes. Les sorties incontrôlables de Bassil contre Nabih Berri, ses déclarations relatives à Israël, ses alliances électorales incohérentes, ses tentatives de séduction à l’égard de l’Iran et du régime syrien, et ses propos adressés au secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah lui promettant qu’au lendemain des législatives, il se placerait avec le CPL sous la coupe du Parti, sont autant de facteurs qui inquiètent les électeurs. Bien que cette lecture « technique » du taux de participation ait relevé les craintes légitimes des électeurs, elle a le mérite de noter que cet électorat demeure libre dans son choix et ne subit pas la pression des partis politiques et de la société libanaise.

Cependant, plus inquiétante est la lecture « stratégique » des législatives dans leur globalité. Plusieurs analystes estiment en effet que le Hezbollah et ses alliés espèrent obtenir une majorité confortable au Parlement, en misant sur la diversité de leurs adversaires. Dans sa stratégie, le Hezbollah entend exploiter cette domination du Parlement, après avoir infiltré les Services et l’administration, pour imposer le ralliement du Liban à l’axe iranien. Cette perspective accentuera les pressions arabes et occidentales sur le Pays du Cèdre, qui risque d’être placé sous embargo, au nom de la lutte contre le terrorisme, la drogue et le blanchiment d’argent. Le secteur bancaire, les investissements étrangers, les aides promises et les transferts de la diaspora seront touchés de plein fouet, et les Libanais en paieront le prix onéreux. Un interlocuteur très aux faits de la situation au Liban et dans la région souligne ironiquement que certains candidats aux législatives vantent leurs mérites dans la construction de belles routes pour séduire les électeurs, mais ceux-ci oublient que bientôt, ils n’auront plus de quoi rouler sur ces routes du fait de l’embargo et de l’appauvrissement du pays.

Mais paradoxalement, les analystes rappellent que la configuration régionale n’est pas favorable au Hezbollah. Le régime iranien, bailleur de fonds du Parti, est épuisé en Syrie et au Yémen, fragilisé en Iran même par ses difficultés économiques, et pointé du doigt dans la déstabilisation de la région et dans le soutien au terrorisme international. Les analystes en déduisent que le Hezbollah n’est plus en position de force pour imposer sa politique. Toutefois, une fuite en avant de l’axe iranien, via le Hezbollah, n’est pas exclue. Les frappes en Syrie, le soulèvement à Gaza, le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et l’éventuelle rupture de l’accord nucléaire par Donald Trump sont autant de prétextes pour déclencher une fuite en avant salutaire pour le régime iranien. Celui-ci n’hésiterait pas à sacrifier les « Chiites arabes » pour sauver le concept de wilayat el-Faqih. De ce point de vue, les analystes gardent un immense espoir de voir émerger un courant chiite libanais capable de réveiller les consciences et de libaniser la communauté largement iranisée par le Hezbollah. La constitution d’un groupe parlementaire souverainiste imposant, à l’issue des élections, constituera, avec les « chiites libanisés », le dernier rempart face aux ambitions hégémoniques de l’Iran, du Hezbollah et de leurs alliés. La décision appartient aux électeurs et ils sont prévenus.

Dario S.- Paris

المصدر:
فريق موقع القوات اللبنانية

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