Au Canada, Geagea tente de donner un nouvel élan au combat souverainiste

Le chef des FL est convaincu qu’un changement ne peut être atteint que grâce à une participation massive aux élections législatives.

La tenue du 23e congrès annuel du département d’Amérique du Nord au sein des Forces libanaises a fourni au leader du parti, Samir Geagea, le prétexte idéal pour entamer sa toute première visite au Canada. Il en a naturellement profité pour rencontrer ses partisans à l’étranger, et donner un nouvel élan à son combat politique.

S’exprimant dimanche dans le cadre du congrès partisan, M. Geagea n’a pas manqué de critiquer à nouveau le Hezbollah, et de poursuivre son forcing en faveur d’une lutte plus acharnée contre la corruption, afin d’édifier un État en bonne et due forme.

Le leader des FL a mis en garde contre « deux dangers imminents, l’un stratégique, l’autre économique, qui guettent le Liban ».

« Le premier danger est d’ordre stratégique, militaire et sécuritaire, dans la mesure où la décision de guerre et de paix est entre les mains du Hezbollah », a-t-il averti, tout en souhaitant que ce parti « ne mène pas le pays vers une guerre régionale aux lourdes conséquences ». Quant au second danger, il est, selon Samir Geagea, « de nature économique et financière ». Et le leader des FL de décocher une flèche en direction de plusieurs protagonistes avec, en toile de fond, les embauches illégales faites dans la fonction publique peu avant les législatives de mai 2018 pour des raisons électorales.

« 5 300 fonctionnaires ont ainsi été embauchés de façon illégale, sans oublier les points de passage illégaux, et qu’on ne peut fermer parce que certains en profitent (…) », a tonné Samir Geagea.

« La seule et radicale solution »

Mais c’est surtout par ses propos concernant le gouvernement que les prises de position de M. Geagea revêtent toute leur importance. Lors d’un dîner donné par le département d’Amérique du Nord au sein des FL, le leader du parti a commenté la grogne sociale. Selon lui, « la seule et radicale solution réside dans la démission de la majorité gouvernementale ». « Nous voulons un gouvernement différent qui résoudrait la crise actuelle par une approche nouvelle en quête de résultats différents », a-t-il dit, tout en précisant qu’il n’appelle pas à la formation d’un cabinet de technocrates. M. Geagea a soigneusement tenu à maintenir le flou autour de la notion de « majorité gouvernementale » que détiennent actuellement les deux piliers du compromis présidentiel, à savoir le Courant patriotique libre et le courant du Futur.

Toutefois, certains, à l’instar d’Élie Khoury, conseiller de M. Geagea pour les relations extérieures, interprètent ces propos comme un message crypté en direction des alliés traditionnels de Meerab, à savoir le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt et le courant du Futur. « L’explication la plus minimaliste de cette allusion voudrait que le chef du parti appelle la majorité à prendre la décision de jeter l’éponge », estime un cadre FL, qui assure toutefois que le parti n’envisage pas pour autant de claquer la porte du cabinet Hariri.

« Nous sommes convaincus que notre présence au sein de l’exécutif est beaucoup plus efficace que l’opposition de l’extérieur », souligne ce responsable FL. Il en veut pour preuve le fait que les ministres de sa formation ont bien réussi à imposer les réformes économiques dans le projet de budget 2020, actuellement en examen.

La diaspora

Pour les milieux FL cependant, c’est l’angle partisan qui donne son importance à la tournée de M. Geagea au Canada. À L’OLJ, Élie Khoury explique que c’est pour renforcer les liens avec les partisans FL à l’étranger que Samir Geagea s’est rendu au Canada. « Une façon pour lui de les motiver dans leur engagement au sein de la formation. D’autant qu’ils l’ont toujours soutenue dans les moments les plus difficiles », estime-t-il.

À cela, le cadre cité plus haut ajoute que pour M. Geagea, il est important de continuer à exercer un forcing afin d’exhorter la diaspora libanaise à s’engager activement sur la scène politique libanaise. « M. Geagea est convaincu qu’un changement ne peut être atteint que grâce à une participation massive aux élections législatives », poursuit le responsable FL. Et de souligner : « Il nous est crucial d’affirmer devant les Libanais établis à l’étranger certaines constantes souverainistes, notamment au sujet de l’arsenal illégal du Hezbollah, qui confisque la décision stratégique de décider de la guerre et de la paix, profitant d’un silence radio de la part du président de la République et du Premier ministre. » La tournée de M. Geagea au Canada intervient deux semaines après un déplacement du chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil en Amérique du Nord. Le voyage de Samir Geagea serait-il donc porteur de messages politiques en direction du chef de la diplomatie?

Non, assure Fadi Saad, député FL de Batroun, contacté par L’OLJ : « Le congrès se tient depuis plus de 23 ans au Canada. Il est à caractère strictement partisan et n’a rien à voir avec Gebran Bassil. D’ailleurs, ce dernier n’est pas dans notre champ de vision. »

المصدر:
L'Orient Le Jour

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