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Maya Khadra au JDD : « L’Occident doit admettre que le Hezbollah prend le Liban en otage »

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Maya Khadra est journaliste franco-libanaise et Présidente de l’association Avenir France Liban. Elle dénonce la lâcheté de l’Occident en Orient et appelle la communauté internationale à un sursaut.

Le meurtre de Pascal Sleiman, une figure politique chrétienne, provoque une onde de choc au Liban. C’est un assassinat politique selon les Forces Libanaise où la responsabilité du Hezbollah est soupçonnée. Le chef du mouvement terroriste, Hassan Nasrallah, accuse de son côté le puissant parti chrétien d’opposition à vouloir plonger le Liban dans la guerre civile. Toute la semaine, l’armée libanaise s’est massivement déployée dans les quartiers de Beyrouth par crainte d’affrontements à caractère confessionnel. Dans le sud du pays, des échanges de tirs entre le Hezbollah et Israël ont lieu quotidiennement. Des tensions de plus en plus vives qui ont poussé le ministère français des affaires étrangères a recommandé aux français de s’abstenir de se rendre dans trois pays du Proche-Orient : Israël, l’Iran et le Liban.

Le JDD : Sur X (anciennement Twitter), Vous lancez un SOS à la communauté internationale. « Jusqu’à quand le monde et les pays qui défendent « la liberté » assisteront-ils au carnage du peuple libanais ? ». Pourquoi cette alerte ?

Maya Khadra : Nous voyons qu’il y a une politique internationale complètement permissive avec le Hezbollah sous prétexte qu’il a des députés au parlement. Le mouvement est pourtant considéré comme une milice terroriste. Le Hezbollah lui-même ne dissocie pas branche armée et branche politique. C’est une invention occidentale. C’est comme ceux qui parlent de la branche politique du Hamas et qui la dissocient de sa branche armée. C’est un problème de fond qui a des répercussions sur les populations qui vivent sous le joug de telles milices.

La France n’en fait pas assez ?

J’assiste avec beaucoup de désolation au recul du rôle que la France a historiquement joué au Liban. Les relations ont toujours été excellentes et la France a toujours été considérée comme un soutien.
Or, il y a eu un tournant qui s’est opéré, sous la présidence d’Emmanuel Macron après l’explosion du port de Beyrouth en Août 2020 qui a tué plus de 200 personnes. Au lendemain de ce drame, le président français est venu au Liban avec plein de bonnes intentions. Mais pendant cette visite, il a rencontré Mohamed Raad, le chef du bloc parlementaire du Hezbollah au Liban. Tout ceci a créé un certain malaise. Politiquement, on s’est senti abandonné. D’autant que le Hezbollah a tout fait pour bloquer l’enquête sur l’explosion du port. Aujourd’hui, on attend que la France retourne à son rôle historique au Liban. Elle est à distance à cause de sa « neutralité » alors qu’il y a une prise de position claire à prendre. L’occident doit admettre que le Hezbollah prend le Liban en otage. On ne peut pas permettre qu’il y ait des assassinats politiques. Et la France ne peut oublier la responsabilité du Hezbollah dans les attentats qui ont frappé la France dans les années 80.

Vous faites référence au meurtre de Pascal Sleiman, responsable local des forces libanaises. L’assassinat de cette figure chrétienne crée de vives tensions au Liban. Pour vous, c’est le Hezbollah qui se cache derrière ce crime ?

Nous attendons l’enquête concernant Pascal Sleiman mais nous sommes dubitatifs. Attendre une enquête au Liban, c’est comme si on attendait qu’on dévoile les circonstances de la mort de Navalny ou bien de tous les opposants russes. Pour l’instant, il y a plusieurs versions des faits. La seule question qu’on peut se poser: « A qui profite le crime? »

Le chef du mouvement chiite, Hassan Nasrallah, a démenti tout lien avec l’assassinat de Pascal Sleiman. Au contraire, il accuse les chrétiens libanais de « rechercher la guerre civile ».

C’est une provocation. Tout comme l’une des versions de l’enquête selon laquelle Pascal Sleiman aurait été enlevé par un groupe de malfaiteurs syriens avant d’être tué. La rue chrétienne est contre la présence des réfugiés syriens au Liban. Leur nombre atteint les 2 millions pour une population totale de 6 millions d’habitants, c’est une absurdité ! Le Hezbollah essaye d’attiser la haine entre les communautés pour détourner l’attention de son affaiblissement dans sa guerre contre Israël dans le sud du pays où des affrontements ont lieu quotidiennement. Tout le peuple libanais est d’ailleurs contre une telle guerre.

Pourquoi Nasrallah cible les chrétiens ?

Aujourd’hui, la majorité des chrétiens libanais est contre le Hezbollah et bloque son travail au Parlement. Les partis chrétiens, souverainistes, ne veulent plus cohabiter avec le Hezbollah. C’est pour cette raison que cette milice terroriste les persécute. La plus grande aubaine pour le Hezbollah, c’est de créer une guerre civile et de dire que ce sont les chrétiens qui l’ont provoquée.

Les chrétiens représentent entre 40 et 50 % de la population libanaise. L’unité nationale libanaise est-elle en danger ?

Il n’y a pas d’unité nationale aujourd’hui. Comme au temps de la guerre froide, il y a deux camps. Ceux qui veulent que l’Etat du Liban soit indépendant de toute milice étrangère comme le Hezbollah. Les autres, c’est-à-dire les anti-occidentaux, adoptent des slogans de lutte contre Israël, l’ennemi sioniste. Il n’y a aucune vie démocratique dans les régions à majorité chiite sous l’influence du Hezbollah. Ils savent les déplacements de chaque personne, mettent les téléphones sous écoute etc. C’est pour cette raison que le discours du divorce national commence à prendre de l’ampleur. La partition ou bien le fédéralisme. Il n’y a pas encore de vision claire mais les libanais sont conscients que la cohabitation avec le Hezbollah devient impossible.

Derrière le Hezbollah se cache la main de Téhéran. Une attaque massive de l’Iran contre Israël est imminente préviennent les américains. Le Liban risque-t-il de basculer dans la guerre malgré lui ?

Un sondage réalisé par l’Orient le Jour, média francophone du Liban, montre que plus de 70% des libanais sont contre la guerre avec Israël dans laquelle le Hezbollah veut nous entraîner. Nous avons peur de cette guerre. C’est une guerre entre Israël et le Hezbollah et pas entre Israël et le Liban. Si elle a lieu, elle sera dévastatrice pour tous les libanais malheureusement.

المصدر:
L'Orient Le Jour

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