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Joe Raggi: La politique de l’autruche du Hezbollah ne sauvera pas le Liban

Joe Raggi

Le chef de la diplomatie libanaise, Joe Raggi, a affirmé mercredi que « la politique de l’autruche pratiquée par le Hezbollah ne sauvera pas le Liban ». Dans une interview au quotidien an-Nahar, il a souligné, en réponse aux propos du secrétaire général du parti chiite, Naïm Kassem, que « l’intérêt suprême (de la nation) exige la remise des armes (à l’État) », et s’est dit surpris par les propos que celui-ci a tenus dimanche.

Lors de son premier entretien accordé à la chaîne du Hezbollah, al-Manar, depuis sa prise de fonction, le 29 octobre dernier, le cheikh Kassem avait affirmé qu’il soutenait « le monopole des armes » aux mains de l’État, mais que cela concernait uniquement le désarmement « des milices, et non pas de la résistance ». Autrement dit, le Hezbollah, qui estime être la ‘résistance’, rejette l’idée de déposer les armes.

« L’État, qui s’est engagé, dans le discours d’investiture (du chef de l’État) ou la déclaration ministérielle à assumer sa responsabilité de libérer le territoire libanais et d’y étendre sa pleine autorité, entend le faire en actes et non en paroles », a insisté M. Raggi. Cela nécessite d’adopter les options dont il dispose pour recourir à la pression politique et diplomatique, en l’absence d’autres options ».

Le ministre des Affaires étrangères a rappelé que « l’autre option souhaitée par le Hezbollah, à savoir le retour à la soi-disant résistance, nous a menés à la situation dans laquelle nous nous trouvons ». « Si cette résistance, à l’apogée de sa force, n’a pas pu empêcher Israël d’occuper nos terres au Sud, de violer notre espace aérien et notre souveraineté, de perpétrer ses assassinats et de détruire les villes et villages du Sud jusqu’à la capitale, est-elle en mesure de le faire aujourd’hui ? », a-t-il demandé.

Le ministre faisait référence notamment au maintien par l’armée israélienne de ses positions sur cinq points qu’elle considère stratégiques tout le long de la ligne bleue, à Labbouné/Alma el-Chaab dans le caza de Tyr, à Jabal Blat dans le caza de Bint Jbeil, à Jal el-Deir au sud de Aïtaroun (Bint Jbeil), sur la route entre Markaba et Houla dans le caza de Marjeyoun et sur la colline de Hamamès à proximité de Khiam, dans le même caza.

« Israël justifie sa présence dans les points qu’il occupe en disant qu’il ne partira pas tant que le Hezbollah ne sera pas désarmé et que l’armée libanaise n’aura pas pris le contrôle du territoire, a observé le ministre. D’autre part, le Hezbollah justifie son retour à ce qu’il appelle la résistance et le port d’armes par la poursuite de l’occupation israélienne, malgré la décision de l’État de le désarmer et son engagement à remettre ses armes à l’armée », a-t-il dit.

Le conflit qui a commencé au Liban le 8 octobre 2023, avec l’ouverture par le Hezbollah d’un front de soutien à Gaza, au lendemain de l’attaque sanglante du mouvement Hamas contre Israël, a fait plus de 4000 tués et 16600 blessés au Liban selon l’Unicef, le Fonds des Nations unies pour l’enfance. Près de 100000 logements ont été détruits ou partiellement endommagés.

M. Raggi a indiqué que l’État n’avait d’autre choix que de remplir ses obligations et d’exercer les pressions et les efforts diplomatiques les plus forts auprès des pays concernés afin qu’Israël se retire. Il a rappelé « les énormes pressions internationales sur le Liban », qui conditionnent toute aide et tout financement à la mise en œuvre des résolutions internationales, notamment la 1701 de l’ONU censée mettre fin aux hostilités entre Israël et le Hezbollah depuis 2006.

« La seule option possible est de laisser l’État fonctionner. Et la surenchère ne découragera pas l’État d’accomplir son devoir », a martelé le ministre, qui a également balayé les insinuations de reprise de la guerre civile. « Pour faire la guerre, il faut être deux », a-t-il dit, évoquant l’engagement des forces politiques aux côtés du pouvoir.

Joe Raggi a, dans ce cadre, rappelé au Hezbollah le rôle important qu’il est amené à jouer, et sa responsabilité d’aider l’État et « non pas de fournir des prétextes qui augmentent la pression internationale sur le Liban et privent les Libanais d’un soutien financier pour lancer le projet de reconstruction ».

« Plus nous tardons à mettre en œuvre nos engagements, plus la pression sera forte, plus le coût sera élevé et plus nous serons contraints d’accepter des conditions plus sévères », a-t-il observé. Et d’ajouter que le déploiement de l’armée au sud du Litani n’est pas considéré comme suffisant par la communauté internationale, « car il reste incomplet s’il n’est pas complété par un déploiement au nord, comme le stipule l’accord de cessez-le-feu, que le Hezbollah interprète différemment ».

Le ministre a également insisté sur la nécessité pour le gouvernement d’ouvrir des canaux de communication avec le Hezbollah, par l’intermédiaire du président du Parlement Nabih Berry, qui a joué un rôle dans la conclusion de l’accord de cessez-le-feu. « Le gouvernement joue son rôle dans la mise en œuvre de la résolution internationale et de l’accord de cessez-le-feu. Le Hezbollah devrait en faire de même, et remettre ses armes, car il y va de l’intérêt suprême du pays et de la sécurité des Libanais », a conclu Joe Raggi, en assurant que l’armée assume ses responsabilités dans le maintien de la sécurité et de la souveraineté de l’État sur l’ensemble de son territoire.

« Retrait immédiat et inconditionnel »

Le chef de la diplomatie a par ailleurs reçu mercredi la secrétaire d’État adjointe américaine pour les affaires du Moyen-Orient, Natasha Franceschi, accompagnée de l’ambassadrice américaine au Liban, Lisa Johnson. La rencontre a porté sur les développements politiques et sécuritaires au Liban et en Syrie.

Joe Raggi a demandé à ses interlocutrices le retrait complet de l’armée israélienne des territoires libanais et la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. Il a par ailleurs remercié les États-Unis pour leur médiation en vue de la libération des prisonniers libanais détenus par Israël et pour l’aide qu’ils apportent à l’armée libanaise.

« Le gouvernement libanais est déterminé à entreprendre les réformes économiques, financières et administratives nécessaires », a-t-il assuré. « Le développement économique de la Syrie et la levée des sanctions à son encontre constituent un intérêt national pour le Liban, car ils contribuent au retour des Syriens déplacés dans leur pays », a-t-il ajouté.

Le ministre Raggi a réitéré ses propos lors d’une rencontre avec le secrétaire d’État parlementaire allemand, Niels Annen, en visite au Liban, en présence de l’ambassadeur d’Allemagne à Beyrouth, Kurt Georg Stoeckl-Stillfried. « Le retrait immédiat et inconditionnel d’Israël du Liban et la mise en œuvre de la résolution 1701 sont une nécessité urgente et un facteur clé pour la stabilité », a souligné M. Raggi, qui a appelé à l’Allemagne à « faire pression sur Israël pour qu’il mette en œuvre cette résolution ».

Un accord de cessez-le-feu est entré en vigueur le 27 novembre afin de mettre un terme à la guerre entre Israël et le Hezbollah qui s’était intensifiée en septembre dernier. L’accord stipule notamment un retrait israélien progressif des villages occupés au Liban-Sud, afin que l’armée libanaise puisse se déployer dans des zones autrefois sous l’influence du Hezbollah. Toutefois, l’armée israélienne a maintenu sa présence dans cinq points qu’elle a jugé stratégiques et poursuit ses opérations militaires devenues quasiment quotidiennes.

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