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Les réseaux sociaux, l’Institut média May Chidiac et la Fondation Friedrich Ebert…

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Par Béchara MAROUN :

May Chidiac a visé juste. En fondant il y a trois ans l’Institut média de la Fondation May Chidiac (MCF-MI), la journaliste et activiste politique voulait offrir à une jeune génération de journalistes les outils nécessaires, les facilités techniques et les programmes d’entraînement adéquats pour combler un écart grandissant entre l’éducation académique et le monde du travail. Samedi, et en collaboration avec la Fondation allemande Friedrich-Ebert-Stiftung (FES) internationalement reconnue pour ses efforts pour la promotion de la démocratie et des droits de l’homme dans le monde, l’Institut média May Chidiac a organisé un séminaire autour du thème « La liberté d’expression et les médias sociaux » à l’hôtel Phoenicia. Tout au long de la journée, journalistes, experts et hommes d’affaires de renom se sont succédé pour discuter de ce phénomène d’actualité, au cours d’un séminaire de haut niveau qui a réussi à cerner le sujet sous plus d’un angle et a répondu aux attentes des participants, journalistes pour la plupart. Un coup d’essai pour le MCF-MI, et qui s’est finalement avéré un coup de maître comme l’avait espéré May Chidiac, qui a inauguré la journée par une allocution où elle a affirmé qu’« en côtoyant à nouveau les jeunes étudiants en journalisme, un an après mon attentat, j’ai su qu’il fallait que je les accompagne dans leur nouvelle ère technologique, sinon prendre le risque d’être dépassée au niveau professionnel ». « La révolution télécom et informatique a changé les normes du monde journalistique, posant plus d’une problématique. Les réseaux sociaux qui ont éliminé les limites géographiques dans le monde ont-ils renforcé la liberté d’expression ? Le journalisme traditionnel souffre-t-il de cette vague de nouveaux médias ou leur est-il complémentaire ? » s’est interrogée May Chidiac, qui a annoncé que « ce séminaire deviendra un rendez-vous annuel ».

Le pouvoir désormais aux mains des citoyens…
Après les allocutions de Samir Farah, représentant de la FES au Liban, de Ghassan Hasbani, expert en économie digitale présidant le séminaire, et de la directrice de l’Agence nationale d’information Laure Sleiman représentant le ministre de l’Information Walid Daouk qui a parrainé le séminaire, Alec Ross, conseiller de Hillary Clinton en matière d’innovation ayant fait partie de l’équipe de transition présidentielle de Barack Obama, a affirmé que « nous vivons aujourd’hui une importante transition du pouvoir géopolitique qui passe des mains des gouvernements et autres organisations hiérarchiques aux mains des citoyens, par le moyen des réseaux sociaux ». « Un tel pouvoir n’est jamais donné de plein gré et les gouvernements aujourd’hui sont inquiets, a-t-il ajouté. Plusieurs d’entre eux tentent de réduire ces libertés technologiques au nom de la sécurité, mais cela est faux. Nous devons trouver un équilibre entre sécurité et liberté. Trop de sécurité est oppressant et trop de liberté est dangereux. » Se prononçant sur le printemps arabe, Alec Ross a souligné que « ce ne sont pas les réseaux sociaux qui sont à l’origine de ces révolutions, mais le manque de démocratie et la corruption. Les réseaux sociaux ont en fait accéléré le phénomène. En Tunisie, les protestations de 2008 ont été contenues par le gouvernement Ben Ali, mais l’affaire Bou Azizi en 2010 n’a pu être contenue, car en deux ans le nombre de comptes Facebook en Tunisie était passé de 28 000 à 1,4 million. D’autre part, les réseaux sociaux ont permis des révolutions sans leader et c’est pourquoi les masses ne trouvent pas de guide à suivre dans la phase postrévolution, ce qui peut être négatif ». « Nous avons inventé l’Internet mais nous ne pouvons pas le contrôler », a conclu Alec Ross, précisant à titre d’exemple que « 60 heures de vidéos sont téléchargées sur le réseau Internet chaque minute dans le monde ».

Cinq discussions
Durant plus de huit heures, le séminaire s’est poursuivi avec cinq tables rondes qui ont traité des sujets divers autour du thème, notamment : l’impact des médias sociaux dans les campagnes électorales et le monde politique, leur impact dans le monde des affaires et au niveau économique, l’activisme en ligne et la responsabilité qui s’en suit. Asma Andraos, Mona Saliba, Bassam Tuéni, Ghassan Deek et Nadine Hani ont tour à tour modéré le débat avec plus de vingt intervenants. Parmi eux, l’ambassadeur britannique Tom Fletcher qui a souligné qu’« il est dangereux d’être branché sur les réseaux sociaux, mais qu’il est beaucoup plus dangereux de ne pas l’être », affirmant que « les élections législatives de 2013 seront les premières élections smartphone au Liban ». Pour Benoît Thieulien, président de l’agence Netscouade en France, « il n’y a pas de différence entre les médias traditionnels et les nouveaux médias ». « Les gens regardent la télévision et en discutent sur Twitter », a-t-il dit. Pour Ghassan Hasbani, « les ventes d’une compagnie sont affectées par les médias sociaux ». « Plus de 50 % des gens branchés sur les réseaux sociaux prendraient conseil de gens qu’ils n’ont jamais rencontrés pour de bon », a-t-il ajouté, précisant que « les entreprises expérimentées utilisent Twitter tout autant que Facebook ». De son côté, Rabih el-Chaër, directeur de l’Association de la transparence libanaise, a indiqué qu’« au Liban, il est quasi impossible d’accéder aux informations ».

Il est à noter que 1,4 million de Libanais utilisent Facebook et que 52 millions de personnes dans la région utilisent les réseaux sociaux. Tout au long du séminaire, les participants ont été invités à « tweeter » leurs commentaires et leurs impressions, affichés en direct sur un grand écran qui a fortement capté l’attention de la salle. Des conversations entre les participants ont été entamées et plus d’un millier de tweets ont été échangés, permettant même à des personnes à l’extérieur de l’hôtel de suivre le débat. « Dans quelques années, plus personne ne participera aux séminaires, nous les suivrons tous sur Twitter », a affirmé un internaute.

المصدر:
l"orient le jour

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