La Ligue arabe reprend de la France le flambeau de la médiation
Khalil FLEYHANE
Khalil FLEYHANE
Il y a plus d’une raison à la décision prise par l’Arabie saoudite et l’Egypte de consacrer une réunion ministérielle arabe à notre crise, le 6 janvier prochain. Et d’abord, il y a la décision de Nicolas Sarkozy de suspendre la médiation dont la France avait pris l’initiative, en raison du « manque de coopération » de la Syrie. Ce faisant, le président français a tenu son engagement de dénoncer la partie qui bloquait la recherche d’un règlement. Les milieux politiques notent aussi que le président Sarkozy n’a pas ménagé non plus le président de la Chambre, Nabih Berry.
Une autre bonne raison, pour la Ligue arabe, de reprendre le flambeau de la médiation est l’interruption totale du dialogue au Liban, en particulier entre Nabih Berry et le chef du Courant du futur, Saad Hariri, et le refus total de la majorité d’engager un quelconque dialogue avec le général Michel Aoun. Sans compter les échanges acerbes entre M. Berry et le Premier ministre, Fouad Siniora, sur l’interprétation des articles 49 et 74 de la Constitution et les conditions légales de convocation de la Chambre, dans le cas d’une situation extraordinaire, et de l’élection d’un fonctionnaire de la première catégorie à la présidence de la République. Au-delà des dispositions constitutionnelles, il est clair que les attendus des uns et des autres ont des motivations d’abord politiques.
Une troisième bonne raison de se pencher sur le cas libanais est l’inquiétude que nourrissent aussi bien la France que l’Egypte et l’Arabie saoudite à la lecture de rapports diplomatiques et sécuritaires faisant état de tentatives de déstabilisation dont le Liban est et sera à nouveau la cible.
Enfin, ces trois pays n’ignorent pas que l’opposition menace de reprendre son mouvement de protestation populaire qui, au printemps dernier, a mené le Liban au bord de la guerre civile.
Pas de garantie de succès
C’est sans plan précis et sans aucune garantie de succès que l’Arabie saoudite et l’Egypte lancent ce que certains considèrent comme la troisième tentative de médiation arabe dans la crise libanaise. Salué par Fouad Siniora, critiqué par Nabih Berry, le Conseil ministériel comblera le vide laissé par l’arrêt de la médiation française en recommandant à toutes les parties « de faciliter une élection présidentielle rapide sans ingérences régionales ou internationales, et sans conditions préalables ».
L’émissaire de Amr Moussa
Cette formule, qui a l’avantage de ne pas mentionner le nom de la Syrie, a la préférence des parties locales, car elle évite d’éventuelles objections de certains pays arabes comme le Qatar, l’Algérie ou la Libye, qui se tiennent traditionnellement aux côtés de la Syrie.
Il est à craindre en effet que la tenue du Conseil ministériel ne fasse que transposer la crise de Beyrouth au Caire et ne conduise à un échec de la médiation, comme cela s’est produit par le passé.
Des prémices d’une telle transposition se sont fait jour hier au Liban, où l’on n’était plus très sûr de l’arrivée du chef de cabinet de Amr Moussa, le diplomate soudanais Hicham Youssef, que M. Berry pourrait décider de ne pas recevoir. En principe, le diplomate est attendu demain mardi, ou mercredi au plus tard.
Du reste, ce dernier avait écrit dès samedi au secrétaire général de la Ligue arabe, lui affirmant qu’il « connaît par cœur les tenants et aboutissants de la crise » et qu’il n’est donc « pas nécessaire » de dépêcher Hicham Youssef au Liban pour « s’informer des derniers développements ». « Il suffit, pour que le Liban se rétablisse, que les Arabes se réconcilient entre eux », avait même écrit Nabih Berry, qui a quand même salué la réunion ministérielle arabe, tout en réclamant de ses membres qu’ils écoutent aussi bien les arguments de la majorité que ceux de l’opposition.
Le Conseil ministériel arabe part quand même, cette fois, avec un nouvel atout : un appui russe, celui du président de la commission des AE du Conseil fédéral russe (Sénat) Mikhaël Margilov, qui a invité samedi le Parlement libanais à élire le commandant en chef de l’armée et a accusé « certains blocs de l’opposition d’empêcher le retour à une vie parlementaire normale ».
Si on ne peut anticiper la position finale de la Syrie, dans ce nouvel effort de médiation arabe, on pourrait s’interroger, par contre, sur son niveau de représentation à la réunion du Caire. Damas se fera-t-il représenter au Conseil ministériel arabe par son ministre des AE, Walid Moallem, ou par son adjoint, Fayçal Mokdad ? Ou encore par son délégué auprès de la Ligue arabe ?
Le choix reflétera la réaction de la Syrie aux propos du président Sarkozy et aux critiques adressées aussi bien par celui-ci que par le président égyptien à l’encontre de la Syrie, clairement montrée du doigt dans la persistance de l’impasse au Liban. Et clairement invitée à faire usage de son influence sur ses alliés locaux. Une invitation à l’ingérence que n’ont pas manqué de critiquer certaines personnalités de la scène locale.
Le Liban, pour sa part, sera représenté à cette réunion par M. Tarek Mitri, ministre des AE par intérim. Hier, le Premier ministre a reçu un messager d’appui du président égyptien, Hosni Moubarak, qui s’est engagé à ne ménager aucun effort pour qu’une élection présidentielle ait lieu au Liban, le plus rapidement possible.
Le Conseil ministériel se penchera par ailleurs sur les résultats de la conférence d’Annapolis, apprend-on. Une façon comme une autre de dire, une fois de plus, combien la crise libanaise est étroitement liée à la crise régionale et combien les risques d’une explosion sont grands, comparés aux chances de la paix.