Le patriarche maronite tance vertement la politique du CPL et de ses alliés
Sfeir accuse l’opposition de « rouler en sens interdit »
Sfeir accuse l’opposition de « rouler en sens interdit »
Le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, s’en est vertement pris hier à l’opposition, sans la nommer, et en particulier au CPL du général Michel Aoun, à qui il a implicitement reproché de retarder inexplicablement une solution à la crise du pays en émettant des réserves au sujet du plan de la Ligue arabe. Usant d’ironie, le patriarche s’est employé à ridiculiser les efforts de l’opposition visant à imposer un accord sur le gouvernement avant d’élire le président de la République, estimant que cela équivaut à « rouler en sens interdit ». Mgr Sfeir est allé plus loin encore en dénonçant les atteintes au principe démocratique selon lequel c’est la majorité qui doit gouverner et la minorité s’opposer jusqu’à ce qu’elle devienne une majorité. A ce propos, il convient de souligner qu’il a évité de se prononcer lui-même sur l’initiative de la Ligue arabe, soulignant qu’elle « cherche à mettre tout le monde sur un pied d’égalité », tout en admettant qu’elle a été acceptée par une majorité des protagonistes.
Le patriarche s’exprimait devant une délégation de la Commission épiscopale pour les médias, conduite par le vicaire patriarcal, Mgr Roland Aboujaoudé.
Interrogé sur les critiques adressées à la politique de Bkerké ces derniers temps, il a répondu : « Comme vous le savez, la presse a un grand rôle. Elle retransmet des informations aux lecteurs, mais il faut qu’elle retransmette les opinions libres de manière fidèle. Nous sommes dans un pays qui continue à jouir de la liberté, en dépit de notre environnement qui n’a pas la même possibilité. Mais la liberté ne doit pas être utilisée à mauvais escient. Il faut qu’elle soit respectée et que la vérité le soit aussi. La liberté ne saurait dénaturer la vérité. »
« Maintenant, si certains critiquent l’Eglise, ce ne sera pas la première fois que cela arrive. Nombreux sont ceux à qui notre opinion et nos prises de position déplaisent. Mais, comme dit le proverbe, “les chiens aboient et la caravane passe” », a-t-il dit.
« Nous regrettons vivement de constater que beaucoup de gens ne voient la vérité qu’à travers leur propre point de vue. Si vous n’êtes pas d’accord avec eux, ils vous accuseront de contredire la vérité », a-t-il ajouté.
« Pour notre part, nous nous efforçons de rassembler autour de nous tous les Libanais, et nos fils en particulier. Cela est notre devoir. Nous ne sommes alignés ni sur les uns ni sur les autres. Chacun nous veut à ses côtés, mais nous ne pouvons être aux côtés de personne. Nous sommes comme le père de famille qui n’est pas en mesure de préférer un de ses enfants sur les autres », a-t-il dit.
« Il arrive parfois qu’on nous critique. Nous n’y pouvons rien, parce que nous vivons dans un pays libre. Alors, qu’ils disent ce qu’ils veulent. Mais, en fin de compte, il faut que la vérité apparaisse et le reste n’a aucune importance », a poursuivi le patriarche.
Interrogé sur la position de Bkerké au sujet de l’initiative de la Ligue arabe, il a dit : « Il s’agit d’une initiative nouvelle qui, à ce qu’il paraît, cherche à mettre tout le monde sur un pied d’égalité, à favoriser l’élection du président de la République et à redynamiser les appareils du pouvoir. Cependant, à peine cette initiative est-elle apparue que certains ont émis des réserves à son égard, alors que la plupart des gens l’ont acceptée. Que veulent donc ceux qui s’y opposent ? Je n’en sais rien. Ce que nous savons, c’est que nous sommes fatigués de cette situation dans laquelle nous tournons en rond depuis plus d’un an. Le Liban doit pouvoir retrouver une situation normale, des instruments de pouvoir et un président de la République. Aucun pays, même le Liban lui-même depuis 1920, n’a connu une période aussi trouble que celle qu’il traverse aujourd’hui. »
Et d’ajouter : « Plus d’un mois s’est écoulé et la présidence est toujours vacante. Certains affirment qu’il faut qu’il y ait un président, mais qu’il est nécessaire au préalable de s’entendre sur le gouvernement. Or comme vous le savez, le gouvernement est comme une composition pharmaceutique. Il faut telle dose de 14 Mars et telle dose de 8 Mars et une aussi pour le président. C’est une opération difficile. Si tout cela doit être fait avant l’élection du président, alors à quoi cela sert-il d’avoir un président ? Ce dernier a normalement son mot à dire à ce propos. Il doit entreprendre des consultations avant de former le gouvernement, afin de prendre en compte la répartition des forces. Puis, c’est en accord avec lui que sont nommés le commandant en chef de l’armée et les autres responsables, les directeurs généraux, etc. Tout cela est contraignant en vertu de la Constitution. Alors, il faut appliquer la Constitution. Mais il semble qu’“ ils” veulent rouler en sens interdit. »
Dans d’autres déclarations, le patriarche a réaffirmé sa position selon laquelle il faudrait commencer par appliquer l’accord de Taëf avant de penser à l’amender. « Une fois qu’il est appliqué, nous pourrons alors examiner ses éventuelles failles », a-t-il dit.
Prié de donner son opinion au sujet de l’option cherchant à attribuer au chef de l’Etat une voix d’équilibre entre majorité et opposition, le patriarche Sfeir s’est montré très critique à ce propos : « Le système démocratique est très clair et très connu. Il y a une majorité et une minorité, et c’est la majorité qui doit gouverner. Lorsque la minorité deviendra majorité, elle pourra à ce moment-là tenir les rênes du pouvoir. Aujourd’hui, ils veulent en faire une question d’entente, alors que l’entente ne s’impose normalement qu’en cas de guerre. Il y a au Liban une majorité et une minorité, et dans tous les pays du monde, c’est la majorité élue qui gouverne », a-t-il lancé.
Enfin, répondant à ceux qui avaient critiqué Bkerké pour avoir reçu le chef du gouvernement, Fouad Siniora, le patriarche a dit : « Est-il permis que le Premier ministre me rende visite et que je ne le reçoive pas ? »
Mgr Sfeir a par ailleurs reçu le chargé d’affaires de Chypre, Kiriakos Kouros.