La séance pour l’élection présidentielle reportée au 21 janvier
Moussa clôture sa mission aujourd’hui et relancera ses démarches mercredi
Moussa clôture sa mission aujourd’hui et relancera ses démarches mercredi
Au troisième jour de sa nouvelle mission de conciliation à Beyrouth – qui s’inscrit dans le prolongement de la conférence des ministres arabes des Affaires étrangères qui s’est tenue dimanche dernier au Caire –, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a conféré dans la journée d’hier avec le président du conseil exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, l’ancien Premier ministre Omar Karamé et une délégation du Tachnag, avant de se réunir à nouveau, en fin de journée, avec le leader du mouvement Amal (et néanmoins chef du Législatif), Nabih Berry (à deux reprises), le Premier ministre Fouad Siniora et le leader du courant du Futur, Saad Hariri. M. Moussa s’est également entretenu en soirée avec le chargé d’affaires de France, André Parant. Il devrait quitter Beyrouth aujourd’hui, samedi, pour relancer sa mission mercredi prochain.
Pour l’heure, tout indique que le secrétaire général de la Ligue fait du surplace et n’a enregistré aucun progrès notable dans ses contacts locaux. Ce qui justifie, notamment, le nouveau report, jusqu’au 21 janvier, de la séance parlementaire qui devait avoir lieu aujourd’hui pour l’élection du président de la République.
Officiellement, c’est pour tenir compte des efforts déployés par le secrétaire général de la Ligue que ce nouvel ajournement a été décidé. Mais en réalité, le blocage de la présidentielle, tel que provoqué par l’opposition (sous l’impulsion, en toute vraisemblance, de Damas ou de l’axe syro-iranien), reste total.
Selon des sources diplomatiques à Beyrouth, citées par notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, les entretiens que M. Moussa a eus au cours des trois derniers jours, plus particulièrement avec les responsables du 8 Mars (dont notamment le général Michel Aoun), ont montré que ce qui était apparu au Caire comme une ébauche d’entente syro-saoudienne afin d’ouvrir la voie à l’élection présidentielle n’était en fait qu’un leurre. Le secrétaire général de la Ligue a en effet réalisé que la bonne volonté apparente manifestée lors de la réunion du Caire par le chef de la diplomatie syrienne, Walid Moallem, ne s’est pas traduite par un assouplissement dans les positions de l’opposition. Pour la coalition du 14 Mars, la manœuvre est claire (et classique) de la part du régime syrien : il s’agit pour Damas d’afficher publiquement une volonté de coopérer tout en incitant ses alliés locaux à jouer l’obstruction, de manière à insinuer que le blocage est dû à des facteurs purement internes.
En tout état de cause, M. Moussa informera, au cours des prochains jours, les responsables arabes du bilan de sa mission au Liban. Le laps de temps qui nous sépare de son retour à Beyrouth, prévu en principe pour mercredi prochain, pourrait être mis à profit pour entreprendre de nouveaux contacts entre les capitales arabes dans l’espoir que ces démarches auront pour résultat d’amener la Syrie à cesser d’inciter ses alliés locaux à entraver l’élection présidentielle. Dans la foulée de ces contacts, M. Moussa informera également le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, ainsi que plusieurs responsables européens du bilan de ses entrevues avec les leaders libanais.
La journée d’hier
Pour en revenir aux réunions tenues hier, le secrétaire général de la Ligue, accompagné de son directeur de cabinet Hicham Youssef, de l’ambassadeur Abdel Rahman el-Solh et de M. Talal el-Amine, a entamé ses entrevues, en début de matinée, par une réunion avec une délégation du Tachnag, comprenant le député Hagop Pakradounian et le secrétaire général du parti, Hovig Mékhitarian. Les délégués du parti arménien ont mis l’accent au cours de cette réunion sur leur soutien à l’initiative arabe, soulignant la nécessité d’aboutir dans les délais les plus brefs à une entente entre toutes les parties locales « afin de rectifier le déséquilibre qui marque la vie politique locale ».
Les responsables de la Ligue se sont ensuite rendus au domicile de Omar Karamé, à Ramlet el-Baïda, avec qui ils ont conféré pendant près d’une heure. A l’issue de la rencontre, M. Moussa a qualifié son entretien de « positif » et « franc », précisant que « l’initiative arabe est claire ». Interrogé sur le fait de savoir si M. Saad Hariri avait rejeté l’idée d’une réunion en tête à tête avec le général Michel Aoun, M. Moussa a déclaré : « Je n’ai pas été informé d’un refus en ce sens. » En réponse à une question, M. Moussa a, par ailleurs, souligné que « le mur qui caractérise la crise libanaise (et qui sépare les fractions locales) est artificiel, et il est facile de le détruire et de s’en débarrasser si les Libanais coopèrent ensemble ». Après avoir souligné que le problème de la formation du gouvernement sera abordé « ultérieurement », M. Moussa a qualifié d’« excellente » son entrevue avec le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
De son côté, M. Omar Karamé a mis l’accent sur la crise de confiance qui s’est envenimée entre la majorité et l’opposition, soulignant que sur le plan du principe, il appuie la proposition faite jeudi par le président Amine Gemayel, portant sur la formation d’un gouvernement de transition neutre. M. Karamé a estimé que cette suggestion devrait être précisée davantage, en ce sens que le cabinet en question devrait être chargé d’élaborer dans un délai de trois mois une nouvelle loi électorale, des élections législatives anticipées étant alors organisées trois mois plus tard (soit six mois après la formation du gouvernement). « A ce moment, bienvenue à celui qui remportera ces élections, a déclaré M. Karamé. Il n’y aura plus alors le problème d’une opposition qui réclame le tiers de blocage ou de la majorité qui cherche à accaparer le pouvoir. Les thèses défendues par le pouvoir et l’opposition sont connues. Que le peuple choisisse. »
A Meerab
Vers midi, M. Moussa et la délégation qui l’accompagne ont été reçus à Meerab (Kesrouan) par M. Samir Geagea, en présence de deux députés du bloc des Forces libanaises, Mme Sethrida Geagea et M. Antoine Zahra, et du responsable des relations diplomatiques au sein des FL, Joseph Nehmé.
A l’issue de l’entretien, qui a duré 75 minutes, M. Moussa a indiqué que la réunion avec M. Geagea avait été axée sur un tour d’horizon des différentes idées et analyses avancées par les diverses parties concernant la présente crise. Interrogé sur le fait de savoir si c’est M. Geagea qui a entravé le projet de réunion entre M. Saad Hariri et le général Aoun, le secrétaire général de la Ligue a démenti que des démarches aient été entreprises afin d’organiser une rencontre entre MM. Hariri et Aoun. « Beaucoup d’idées sont lancées ici et là à Beyrouth, mais nous ne pouvons pas dire qu’il y a eu une entente au sujet d’un quelconque projet, et de ce fait il est erroné de dire que la réunion (entre MM. Hariri et Aoun) a été entravée. »
Après avoir souligné qu’il n’avait pas discuté de la proposition du président Gemayel visant à former un gouvernement de transition neutre, M. Moussa a déclaré, en réponse à une question, que « le problème au Liban est beaucoup plus complexe et profond que la question de la réunion entre le chef de la majorité et le représentant de l’opposition ». Interrogé sur la composition du prochain gouvernement, M. Moussa a déclaré : « Il y a une entente à ce sujet, mais nous n’aborderons pas la question des chiffres (sur la répartition des portefeuilles au sien du futur cabinet). »
De son côté, M. Geagea a accusé le 8 Mars de ne pas vouloir d’élection présidentielle. « Les problèmes soulevés par le 8 Mars ne sont que des prétextes qui constituent une couverture à une volonté de ne pas organiser d’élection présidentielle, a affirmé M. Geagea. La première clause de l’initiative arabe est très claire. Elle porte sur l’élection du général Michel Sleimane à la présidence de la République immédiatement, conformément aux dispositions constitutionnelles. La deuxième clause porte sur la formation du gouvernement, mais nous ne sommes pas encore à ce stade car pour former un gouvernement, il faut qu’il y ait un président à Baabda qui organise des consultations. Ni le député Saad Hariri, ni le général Aoun, ni Nabih Berry, ni toute autre personnalité ne peuvent former un gouvernement avant l’élection du président. »
Après avoir souligné que le 14 Mars appuie totalement l’initiative arabe, M. Geagea a démenti qu’il se soit opposé à une réunion entre M. Hariri et le général Aoun, soulignant toutefois qu’une telle entrevue n’était pas à l’ordre du jour. Après avoir demandé sur quoi pourrait porter un dialogue avec l’opposition dans le contexte présent « s’ils (le 8 Mars) refusent même de faire le premier pas en élisant le président », M. Geagea a déclaré en conclusion qu’il ne saurait être question d’agréer que l’opposition « tienne la présidence de la République en otage afin d’obtenir des acquis politiques ». « Cela est inconcevable », a-t-il souligné.