Le patriarche évoque la « présence politique » de la Syrie et réaffirme son opposition à la « voix déterminante » du président
Sfeir dénonce la « collusion entre certains Libanais et l’étranger »
Sfeir dénonce la « collusion entre certains Libanais et l’étranger »
Le patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, a une nouvelle fois déploré hier l’existence d’une collusion entre certains Libanais et l’étranger, ajoutant que de ce fait, la Syrie est aujourd’hui présente politiquement au Liban après en être sortie militairement. Se prononçant en priorité pour une solution libanaise à la crise, il a exprimé ses craintes à l’égard de l’internationalisation, tout en soulignant qu’il s’agit d’un dernier recours, lorsque les solutions intérieure et arabe se révéleront hors de portée. Il a d’autre part réaffirmé son point de vue selon lequel c’est la majorité qui doit gouverner dans une démocratie parlementaire, se refusant à cautionner la « voix déterminante » du président de la République.
« On dit que la question libanaise se dirige vers l’internationalisation. Je ne sais pas s’il faut le déplorer ou au contraire s’en féliciter », a dit le patriarche à Bkerké devant une délégation de l’ordre des journalistes, conduite par son président, Melhem Karam.
« Dans le passé, la présence syrienne était le principal obstacle. Aujourd’hui, l’obstacle vient de l’intérieur du Liban, mais cela ne signifie pas que l’étranger n’y est pour rien. La présence syrienne était militaire. Aujourd’hui, elle est devenue de nature politique. Comme vous le savez, il y a une sorte de collusion entre certains Libanais et l’étranger », a-t-il dit.
Selon lui, « la pression intérieure est liée à la pression extérieure. Que faire ? La vérité est que certains Libanais s’efforcent d’aider la solution étrangère qui ne convient pas au Liban ».
« Il est du devoir des Libanais de se réunir et de s’entendre sur une solution intérieure, a-t-il poursuivi. Nous sommes en premier lieu avec la solution libanaise puis avec la solution arabe et enfin avec la solution internationale. Toutes ces étapes ont leurs difficultés, mais la dernière est peut-être la plus difficile, car dans ce cas, la solution peut dépasser le cadre strictement libanais et se faire à notre détriment », a-t-il souligné.
Prié de commenter les affirmations selon lesquelles il aurait dit que les Libanais devraient s’accoutumer à vivre sans président de la République et que le gouvernement jouit de toutes les caractéristiques de la légitimité, il a répondu : « D’abord, je n’ai pas tenu ces propos. Ensuite, cela n’est pas vrai. On nous attribue beaucoup de propos que nous n’avons pas tenus. »
Interrogé sur la proposition du général Michel Aoun, qui demande l’adoption d’un texte constitutionnel sur le pouvoir attribué au président de la République de faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre au sein du Conseil des ministres, Mgr Sfeir a dit : « Je ne suis pas de cet avis. Dans les pays démocratiques, il y a une majorité et une minorité, et c’est la majorité qui doit gouverner. »
« La démocratie consensuelle s’applique en cas de guerre ou de péril menaçant », a-t-il ajouté, suggérant ainsi que le consensus doit être l’exception, non la règle.