Dimanche noir à Chiyah – Hajj Hassan critique « certains officiers qui ne servent pas les intérêts de l’institution »
L’armée dénonce ceux qui cherchent à porter atteinte à son moral et à son unité
L’armée dénonce ceux qui cherchent à porter atteinte à son moral et à son unité
Assiste-t-on à une nouvelle polarisation politique, après les incidents de dimanche dernier à Chiyah ? En s’en prenant à « quelques officiers qui ne servent pas les intérêts de l’institution, mais d’autres intérêts », le Hezbollah est allé trop loin hier dans sa critique de la répression musclée et sanglante des émeutes de Chiyah.
Le parti islamiste s’est ainsi attiré une verte réponse de l’armée qui l’a accusé de jeter le soupçon sur certains officiers, et dont les termes ont été adoucis par rapport à un premier texte plus incisif.
Cette vive réaction de l’armée fait en tout cas contraste avec l’empressement avec lequel elle s’est conduite au lendemain des émeutes. Les critiques du Hezbollah et la sécheresse du communiqué de l’armée s’inscrivent dans le cadre plus vaste de l’enquête ouverte pour déterminer les responsabilités dans ce qui s’est produit à Chiyah.
Or à mesure qu’elle avance, et malgré le très lourd bilan des émeutes (7 morts, dont 2 membres du Hezbollah et 5 du mouvement Amal), la vérité qui s’en dégage semble être bien plus nuancée que ne le souhaitent ces deux partis, et en particulier le Hezbollah, dont certains membres ont été jusqu’à réclamer la peine capitale pour les responsables de l’hécatombe.
Dans l’attribution des responsabilités militaires et politiques de ce qui s’est passé, des éléments troublants surgissent faisant croire qu’effectivement, trois « agitateurs » se sont mêlés aux manifestants, sans compter que la troupe a été bel et bien prise sous les balles de certains manifestants et que la première victime – celle qui a mis le feu aux poudres – est tombée sous une balle de kalachnikov, une arme que l’armée ne possède pas.
Discréditer l’institution
Le communiqué du commandement militaire a suivi une déclaration du député Hussein Hajj Hassan qui, jointe à des reportages et commentaires totalement déplacés touchant aux incidents, a été assimilée à « une tentative de discréditer l’institution militaire » par « la publication d’informations erronées ».
Le texte stigmatise les « imprécisions » et « fausses données » avancées par les responsables et appelle toutes les parties concernées « à ne pas mêler l’armée aux tiraillements politiques en vue de préserver son unité ».
« Les informations erronées diffusées par certains organes de presse concernant l’armée se sont récemment multipliées, précise le texte. A cela sont venus s’ajouter les commentaires et conclusions inexactes faits par un certain nombre de responsables politiques, notamment sur le type de missions exécutées par les militaires, le sens de la discipline dont ils font preuve ou le fonctionnement hiérarchique au sein de l’institution. Autant de faits qui démontrent un manque de responsabilité nationale et de crédibilité professionnelle, et dont le but est ou le sensationnalisme bon marché, ou une exploitation politique étrangère à tout critère moral ou humain. »
Semer le doute
La direction de l’armée souligne que « ces conduites ont pour but de porter atteinte à l’armée, de semer le doute sur l’allégeance des militaires qui en font partie à leur commandement unique ».
« Si tel est le cas, si l’unité de l’institution, son degré d’alerte, son moral et sa promptitude à réagir sont menacés, ajoute le communiqué, qui donc ignore le tort qui serait ainsi fait à la patrie ? »
Le député Hussein Hajj Hassan avait, dans une déclaration, affirmé : « Nous tenons à l’armée comme nous tenons à la Résistance ; le problème n’est pas entre l’armée et le Hezbollah (…) mais avec quelques officiers qui ne servent pas les intérêts de l’institution, mais d’autres intérêts. »
Le parlementaire avait jugé que ce qui s’est produit « est un grand crime indigne de l’armée et de son image», critiquant la décision de tirer sur les manifestants, l’intensité des tirs, des exactions qui ont accompagné les opérations, ainsi que le grand nombre de morts et de blessés.
« Je ne crois pas que demander des comptes à des officiers, sous-officiers ou simples soldats qui ont commis des erreurs et ont perpétré un crime de cette grandeur est quelque chose de honteux. N’oublions pas que ce qui s’est produit a provoqué la stupeur du commandant en chef de l’armée avant celle du peuple libanais », a précisé le député.
L’enquête
Sur le plan judiciaire, la reconstitution des incidents de Chiyah se poursuit et le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, Jean Fahd, s’efforce toujours d’élucider certains détails techniques qui font problème. Il a quand même bon espoir de poursuivre sur sa lancée et d’achever son enquête à la fin de la semaine.
On rappelle que 11 militaires, dont trois officiers, et six civils sont aux arrêts pour les besoins de l’enquête.
L’enquête sur les incidents de Chiyah était également au cœur d’une réunion élargie politique et judiciaire, sous la présidence du Premier ministre. Y ont assisté notamment les ministres de l’Intérieur et de la Justice, le procureur Mirza, le président du Conseil supérieur de la magistrature, Antoine Khair, le directeur général des FSI, Achraf Rifi, celui de la Sûreté, Wafic Jazzini, et le secrétaire général du conseil de commandement militaire, le général Saïd Eid.