Commémoration Hariri et funérailles de Moghniyé : un 14 février sous haute surveillance
Coïncidence ou non, l’assassinat à Damas de Imad Moghniyé, cerveau militaire du Hezbollah, mardi soir, a abouti, concrètement, à fournir au Hezb une raison légitime de faire bouger sa base populaire et d’envahir les rues, sinon de la capitale, du moins celles de la banlieue sud pour un ultime hommage au terroriste le plus recherché par Interpol et les Etats-Unis, le jour même où les forces du 14 Mars célèbrent, place des Martyrs, la 3e commémoration de l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri.
Est-il nécessaire de rappeler le contexte qui prévalait à la veille de cet assassinat et de la commémoration annuelle du 14 février ? La feuille de route de la Ligue arabe n’avait toujours pas, il est vrai, effectué de percée notable. Toutefois, le secrétaire général de la Ligue, Amr Moussa, avait réussi à organiser une deuxième rencontre Saad Hariri-Amine Gemayel-Michel Aoun, rencontre qui est quand même parvenue à calmer les esprits surchauffés au lendemain du désormais tristement célèbre « dimanche noir ». De plus, l’enquête concernant ce tragique dimanche avait considérablement avancé, si bien que le juge militaire Jean Fahd a publié un acte d’accusation quelque trois semaines après les faits. C’est peut-être là l’enquête la plus rapidement menée depuis le début, en octobre 2004, de la série d’attentats meurtriers qui ont secoué le Liban et continuent de le faire.
Enfin, l’initiative arabe, quoique stérile en apparence, n’était pas définitivement enterrée. En effet, Amr Moussa était attendu une nouvelle fois à Beyrouth le 24 février prochain, soit deux jours avant la date fixée par le président de la Chambre pour la tenue de l’élection présidentielle. Selon une source diplomatique arabe citée par notre correspondant au palais Bustros, Khalil Fleyhane, la feuille de route de la Ligue est « épuisée mais pas encore à l’agonie » et, partant de là, l’Espagne compterait dans les jours qui viennent donner un nouveau souffle à ce document en poussant l’Union européenne à le soutenir publiquement et à faire en sorte qu’il trouve application le plus rapidement possible. Concrètement, cela reviendrait à mettre sur pied une commission arabo-européenne commune chargée de se rendre à Beyrouth pour de nouvelles concertations avec les protagonistes libanais rivaux. C’est le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, qui serait à l’origine de cette nouvelle manœuvre diplomatique, bien que depuis Beyrouth, les chancelleries européennes affirmaient hier ne pas être au courant d’une telle initiative.
C’est donc sur ce contexte qu’est venue se greffer hier l’annonce de l’assassinat à Damas de Imad Moghniyé. Le Hezbollah – et avec lui la république islamique d’Iran – s’est empressé de désigner le coupable : Israël. De son côté, et après 24 heures d’un silence minutieusement entretenu, Damas a condamné ce qu’elle a qualifié d’« acte terroriste ». Cependant, à Beyrouth, les accusations formulées contre l’Etat hébreu ont été ponctuées par quelques bémols qu’il convient de souligner. Réagissant à l’annonce de l’assassinat de Moghniyé, le Courant chiite libre a indiqué que cet acte n’était rien de moins que l’œuvre « des services de renseignements syriens ». Tard dans la soirée, Saad Hariri, en prime time sur la chaîne de télévision LBC, a indiqué sans détours que « le simple fait que l’assassinat de Moghniyé ait eu lieu à Damas incrimine le régime syrien ».
Quoi qu’il en soit, il reste que celui – quel qu’il soit – qui a planifié cet assassinat a consciemment et délibérément eu pour but de faire réagir la base populaire du Hezb, à l’heure où le sit-in de l’opposition dans le centre-ville de la capitale n’est plus que l’ombre de lui-même et ne suffirait aucunement à provoquer des incidents sérieux entre partisans des forces du 14 Mars et militants du Hezb. L’armée libanaise, encore une fois, devra faire ses preuves et empêcher les frères ennemis de mener le pays vers le pire.
Celui qui a planifié et magistralement réussi cet assassinat a également pris soin de le réaliser dans un quartier résidentiel hypersécurisé de Damas, qui abrite notamment un quartier général des services secrets syriens. Cet assassinat est donc un message au Hezb, peut-être parce que celui-ci était sur le point de trouver un consensus réel avec la majorité sur le dossier de la présidentielle ; Saad Hariri n’a-t-il pas affirmé hier soir qu’il était pour une nouvelle formule gouvernementale, 15+10+5 ?