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A l’approche du tribunal, la scène libanaise ouverte à tous vents

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A l’approche du tribunal, la scène libanaise ouverte à tous vents
Michel TOUMA


Comme dans une partie d’échecs particulièrement serrée, les pièces du bras de fer diplomatique et sécuritaire qui a pour enjeu le dossier libanais – avec toutes ses ramifications – sont avancées sur l’échiquier dans une atmosphère nettement fiévreuse. Et ce n’est sans doute pas une coïncidence si cette fièvre monte progressivement à mesure que des progrès sont enregistrés, de jour en jour, dans la mise sur pied du tribunal international. Des milieux politiques locaux et divers observateurs avertis établissent même un lien direct entre l’assassinat, en plein cœur de Damas, du cerveau de l’appareil militaire et sécuritaire du Hezbollah, Imad Moghniyé, et l’approche du jour J du procès des meurtriers présumés de Rafic Hariri.


Les pièces avancées dans cette partie d’échecs se concrétisent principalement, pour l’heure, par la montée de la tension entre Riyad et Damas, par les dérapages de plus en plus fréquents dans les quartiers intérieurs de Beyrouth-Ouest entre sunnites et chiites, par le branle-bas diplomatique en rapport avec la crise libanaise perceptible dans les principales capitales arabes et étrangères, et par les informations et rumeurs les plus alarmistes sur une possible conflagration régionale, dans le sillage – et comme conséquence – de l’assassinat de Imad Moghniyé. Et cerise sur le gâteau, les milieux proches de Damas font état d’un possible retrait des contingents européens de la Finul, en raison des menaces de conflit entre Israël et le Hezbollah. Une allégation accueillie avec surprise par les sources de l’Union européenne, citées par notre correspondant diplomatique, Khalil Fleyhane.


Il reste que la situation est jugée suffisamment grave pour justifier le chassé-croisé diplomatique dans les capitales concernées par le dossier libanais. Demain, jeudi, le Premier ministre, Fouad Siniora, s’entretiendra à Paris avec le président Nicolas Sarkozy et les principaux dirigeants français qui réaffirmeront à cette occasion leur ferme soutien politique et financier au cabinet Siniora, perçu à Paris comme « la plus haute autorité de l’Etat » actuellement en place au Liban, en l’absence d’un président de la République (voir par ailleurs).


Hier, le chef du gouvernement était à Londres où il a conféré avec son homologue britannique, Gordon Brown. Cette escale britannique a permis à M. Siniora de réaffirmer sans détours les options de son gouvernement en matière de politique étrangère et de mettre à ce propos les points sur les « i » concernant le contentieux avec l’Iran. « Nous ne pouvons accepter une frappe militaire contre l’Iran, mais dans le même temps, nous ne pouvons accepter une hégémonie iranienne sur le Liban ou sur tout autre pays arabe, a notamment déclaré sans ambages le Premier ministre. Telle est aujourd’hui la position du Liban qui, durant une certaine période, n’avait pas une politique étrangère bien définie car il recevait constamment des directives de l’étranger. Mais actuellement, nous avons la conviction que cette politique suivie par le Liban sert ses intérêts. »

 

Tension grandissante


Ces propos du chef du gouvernement concernant les rapports avec Téhéran interviennent alors que le Premier ministre des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad ben Rached al-Maktoum, tente depuis quelques jours d’arrondir les angles dans les relations particulièrement tendues entre l’axe syro-iranien, d’une part, et les principaux pays arabes modérés, dont notamment l’Arabie saoudite, d’autre part. Cheikh Mohammad al-Maktoum a ainsi discuté de la crise libanaise avec le président syrien Bachar el-Assad, hier, après s’être rendu le week-end dernier à Téhéran. Ces efforts de médiation ont vraisemblablement porté sur le dossier nucléaire iranien, source d’inquiétude dans le Golfe, mais aussi sur l’impasse dans laquelle se trouve la présidentielle au Liban, à la lumière du blocage perceptible au niveau de l’initiative arabe menée par Amr Moussa.


Il faudra attendre que se décante quelque peu ce branle-bas diplomatique afin de déterminer l’impact que ces tractations pourraient avoir sur le cours de la présidentielle, à quelques jours de la séance parlementaire du 26 février, convoquée pour l’élection du chef de l’Etat. Et bien au-delà de ces considérations purement locales, la grande question qui est depuis quelques jours sur toutes les lèvres est de savoir si un nouveau conflit régional pointe oui ou non à l’horizon, ou si les supputations entretenues à ce sujet ne sont que simples manœuvres s’inscrivant dans le cadre du bras de fer engagé par Damas et Téhéran contre les puissances occidentales. Il est, certes, difficile d’apporter une réponse tranchée à une telle interrogation, mais force est de relever que d’une manière générale, les conflagrations dans cette partie du monde éclatent le plus souvent au moment où on s’y attend le moins…

المصدر:
l"orient le jour

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