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Et les ruines humaines de la prison de Palmyre? Par Ronald Barakat

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C’est le ramdam depuis quelques jours sur l’affaire Palmyre, dans les réseaux diplomatiques, médiatiques et sociaux. La Coqueluche de l’Humanité est en danger. La possible destruction de ses ruines est perçue comme un crime abominable contre l’humanité. La Cour pénale internationale pourrait en être saisie, faute d’avoir pu se saisir des crimes de moindre type contre le peuple syrien depuis plus de quatre ans. Le Monde entier, diplomatique, artistique, académique, journalistique, laïque, pathétique… est en émoi ! Les ruines de Palmyre doivent être coûte que coûte sauvées, au mépris des ruines humaines, vivantes, entassées dans la prison de Palmyre depuis des décennies, dont on n’avait cure. On souhaitait que Palmyre ne tombe pas et que sa prison reste! Les morts de la Cité sont plus précieux que les (sur)vivants du centre de détention. On craint pour les statues de Palmyre, qu’elles ne soient détruites ou emportées, et on se contrefiche des prisonniers statufiés, fossilisés, dans la prison de même nom et même adresse, de leur vécu, de leur mort, de leur sort… Le monde ne s’émeut que pour les pierres mortes, et non la chair vivante (ou qui le fut). Les pierres non antiques peuvent toujours s’écrouler partout sur la tête des Syriens authentiques. Ces pierres et ces têtes n’ont aucune valeur archéologique. Elles ne sont pas inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO qui se mobilise pour les enfants de Zénobie, pendant que l’UNICEF se fout des enfants syriens.

Il a fallu la prise de Palmyre-La-Cité-Antique, pour se rappeler la prison de Tadmor où les pires violations des droits de l’homme, les pires horreurs et atrocités y étaient commises, dans l’indifférence totale de l’Occident, fervent défenseur des droits patrimoniaux, et la complaisance de ses touristes qui visitaient le site, caméra en main, caressant du pied le sable chaud de l’oasis, et foulant du pied les cris d’épouvante et de souffrance qui s’élevaient de sous terre.

Le sort des monuments de Palmyre est au centre des préoccupations mondiales, des ballets (et balais) diplomatiques, des bousculades médiatiques, du charivari facebookien hystérique…. Quant au sort des « momies », mortes et vivantes, de la prison de Palmyre, ce qu’elles ont enduré, ce qu’elles deviennent, comment elles ont fini et finiront, on n’en a que faire. Les sarcophages ont plus de valeur que les fosses communes. Les échos des temples vides rendent un meilleur son, plus musical, que les hurlements des geôles pleines à craquer.

Si la prise de Palmyre a libéré la prison de Tadmor pour remettre ces « oubliés » sur le tapis taché et pourri de la conscience humaine, eh bien tant mieux ! L’EI devrait en être remercié.

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