La politique du tout ou rien
Les prosyriens ne veulent même plus entendre parler de consensus !
Emile KHOURY
Les prosyriens ne veulent même plus entendre parler de consensus !
Emile KHOURY
Paradoxe sans précédent sous aucun système démocratique : au Liban, c’est à Chambre fermée que s’ouvre (mardi) la session parlementaire ordinaire dite du printemps ! Contradiction encore plus frappante, cette paralysie, cette léthargie sont le fait de celui-là même qui a pour charge de faire bouger, d’animer, de garder la Chambre en constant éveil. De la rendre productive. Or non seulement ce gardien du temple laisse dormir depuis un an et demi des centaines de dossiers et de projets en souffrance, mais aussi depuis six mois, depuis le 25 septembre, il s’affiche comme l’un des trois pôles opposants principalement responsables du blocage de la présidentielle. Une directive du commanditaire qui ne cesse de se durcir, à coups de conditions rédhibitoires surréalistes et de changements brusques de position.
Ainsi certains hérauts de l’ex-tuteur laissent percer une nouvelle tendance outrancière. A savoir que le consensus, exigé au départ pour écarter les candidats du 14 Mars, est maintenant dépassé. L’on entend ainsi Sleimane Frangié, Wi’am Wahhab et Talal Arslane proclamer que l’option Michel Sleimane est maintenant révolue. Et qu’ils n’ont, pour leur part, qu’un candidat, Michel Aoun. De plus, l’émir s’en prend au commandant en chef de l’armée, ainsi d’ailleurs qu’au chef des SR militaires, pour leur reconnaissance du cheikh Akl druze que lui-même conteste.
Côté présidentielle, le nouveau sous-message syrien est clair. Il s’agit d’indiquer à tous, aux Américains, aux Français, aux Arabes comme au pouvoir local, que l’élection d’un président de la République est tout simplement hors de question. Car, de toute évidence, la majorité ne saurait accepter ni l’éviction du général Sleimane ni l’avènement du général Aoun.
A terme, et au cas où après des législatives les rôles seraient inversés, le 8 Mars ne pourrait pas non plus faire élire un président. Du moment que les loyalistes d’aujourd’hui, devenus minoritaires, provoqueraient à leur tour un défaut du quorum des deux tiers.
Une perspective qui n’arrange sans doute pas les opposants du cru. Mais qui convient parfaitement au régime syrien, qui préfère encore un Liban sans institutions à un président quelconque. Même ami, ou ami des amis.
Succession numéro 2
Un détail issu du blocage, qui peut prendre de l’importance : si Sleimane n’est pas élu pendant la session du printemps, il faudra reconduire son mandat à la tête de l’armée. Ou nommer un remplaçant. Dans les deux cas, on devra établir un projet de loi passant nécessairement par le tamis de la Chambre. Si Berry continue à en fermer les portes, que faire ? Rien d’autre qu’accepter un nouveau palliatif au vide. A savoir confier l’intérim du commandement au chef d’état-major. Qui se retrouverait, toutes parts étant égales, dans la même situation inconfortable que le gouvernement Siniora. C’est-à-dire qu’il lui faudrait gérer l’institution militaire au jour le jour, expédier les affaires courantes, sans droit d’initiative ou de décision majeure.
Il va sans dire en outre que, de la sorte, la communauté maronite aura perdu, après la présidence de la République, son deuxième poste étatique d’importance. La responsabilité en serait imputable, en tout premier lieu, aux pôles maronites opposants, champions contradictoires de l’obstruction et, à les en croire, des droits chrétiens.
Globalement, le tableau reste marqué par les deux alternatives que présentent la minorité et la majorité. La première dit en substance : ou un président agréant à Damas, ou le vide et l’anarchie. La deuxième répond, également en substance : ou Sleimane, ou le gouvernement Siniora. Eventuellement remanié, complété par l’adjonction d’indépendants. En lieu et place de ces vrais-faux ministres que sont les démissionnaires.
La contre-menace est à la fois préventive, car il ne servirait plus à rien d’assassiner des ministres. Et fortement agressive, puisque c’est le cabinet en place qui taillerait à sa guise la prochaine loi électorale. Pour la faire adopter à main levée par la majorité parlementaire. En s’arrangeant sans doute pour un découpage empêchant les prosyriens et leurs alliés de rêver de victoire électorale leur donnant le pouvoir.
Objectivement, l’opposition locale n’a donc pas intérêt à prolonger le bras de fer. Mais il n’en va pas de même pour l’ex-tuteur, qu’elle a un peu trop tendance à ménager.