Interview express du leader des FL à « L’Orient-Le Jour », à New York
Geagea : En cas de retour au vote à la majorité, nous élirons Lahoud ou Harb
Geagea : En cas de retour au vote à la majorité, nous élirons Lahoud ou Harb
Le chef du comité exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, a profité de son passage à New York pour rencontrer des personnalités internationales et américaines d’origine libanaise afin de leur exposer le point de vue des FL et du 14 Mars sur la situation politique qui prévaut au Liban et les perspectives d’avenir.
Lors de deux dîners donnés en son honneur à New York et à Brooklyn, il s’est adressé à la diaspora libanaise, affirmant que « la crise actuelle risque de se prolonger ».
Lors de deux dîners donnés en son honneur à New York et à Brooklyn, il s’est adressé à la diaspora libanaise, affirmant que « la crise actuelle risque de se prolonger ».
« Il y a une grande bataille qui se déroule en ce moment au Liban. C’est le destin du Liban qui se joue ; un pays aux frontières reconnues. Notre priorité est l’intérêt du peuple libanais », a-t-il dit, s’affirmant optimiste et exprimant « une confiance totale dans le futur du Liban ». « Nous sommes engagés dans cette lutte. Il faut continuer ensemble pour bâtir le Liban que nous voulons », a-t-il dit.
Dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour à New York, le chef des FL a indiqué qu’il n’a pas été invité officiellement à visiter les Etats-Unis, comme certaines informations l’ont laissé entendre. Il en avait fait lui-même la demande.
Prié de dire s’il était porteur de nouvelles idées pour l’équation libanaise et l’élection présidentielle, Samir Geagea a déclaré qu’« il n’y a malheureusement pas de solution dans un avenir proche ».
« Dans tous les cas, il faudra attendre jusqu’au sommet arabe, fin mars. Après ce sommet, on devra alors discuter de l’action à entreprendre, parce qu’on ne peut pas laisser le pays sans une réelle gouvernance », a-t-il souligné. Et d’ajouter : « Nous avons un gouvernement légitime et légal, mais il marche au ralenti puisqu’on attend toujours les élections présidentielles. » Selon lui, « les FL et le 14 Mars doivent trouver une solution pour une gouvernance transitoire ».
Interrogé sur ce que devrait faire la majorité si les efforts en cours pour élire le général Michel Sleimane échouaient, Samir Geagea a répondu : « Au cas où nous devrions élire un président à la majorité absolue, nous choisirons, bien sûr, l’un des deux candidats principaux, qui sont Boutros Harb ou Nassib Lahoud. Quant à moi, je ne suis pas candidat », a-t-il assuré, mettant fin une fois pour toutes aux rumeurs circulant aux Etats-Unis à ce propos.
Deux alternatives
Dans le cas où l’élection présidentielle n’aurait pas lieu après le sommet de Damas, « les FL et le 14 Mars prévoient deux alternatives : ou bien élire un président à la majorité, ou remanier le gouvernement Siniora », a-t-il dit.
Accusant l’opposition de paralyser le Parlement et de bloquer la présidentielle, il a poursuivi : « C’est la stratégie du chaos. Ils pensent qu’il faut passer par le chaos pour revenir à la situation antérieure, c’est-à-dire une apparence d’Etat alors que les décisions stratégiques seraient prises ailleurs, entre le Hezbollah, la Syrie et l’Iran. »
Pour M. Geagea, si la crise se prolonge, il y aura alors deux projets pour le Liban. « Le résultat final est clair », a-t-il dit. « Le premier, celui du 14 Mars, est l’établissement d’un Etat libanais fort, libre et vraiment souverain. Le gouvernement Siniora en est l’échantillon, selon lui. Le second projet, qui est celui de l’opposition, c’est l’établissement d’un simulacre d’Etat, comme c’était le cas les quinze dernières années avant la révolution du Cèdre, sous contrôle syrien et iranien. La décision stratégique reviendrait au Hezbollah, à la Syrie et à l’Iran, sans toutefois aboutir à un Etat dans le vrai sens du terme. » Le chef des FL a, par ailleurs, assuré que tout projet de fédération n’est pas à l’ordre du jour. « Nous devons appliquer les accords de Taëf qui sont, à mon avis, équitables, à quelques nuances près, bien sûr. Il faut soutenir les accords de Taëf parce que c’est le seul espoir pour le futur proche », conseille-t-il.
Le rôle de l’ONU
Au sujet de sa rencontre avec le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, M. Geagea a souligné que les Nations unies « peuvent jouer un rôle dans la souveraineté, l’indépendance et la stabilité du Liban ». « Il est clair que la Syrie est en train de bafouer les résolutions du Conseil de sécurité 1559, 1680, 1757, 1701 ; il faut que l’ONU fasse quelque chose dans ce sens car il y va de sa crédibilité », a-t-il dit.
Quant à sa rencontre avec Terjé Roed-Larsen pour discuter de l’idée lancée en décembre dernier à Paris d’une conférence internationale, elle n’a toujours pas eu lieu. « Je n’ai pas revu Terjé Roed-Larsen. La réunion n’a malheureusement pas eu lieu comme prévu, mais nous nous sommes mis d’accord pour nous rencontrer ces deux jours », a-t-il indiqué.
En ce qui concerne la question du tribunal spécial pour le Liban, Samir Geagea a déclaré ne pas avoir « l’impression » que le prochain rapport de la commission d’enquête internationale, attendu le 27 mars, livrera les noms des suspects. « Parce que l’investigation bat toujours son plein et qu’il y a toujours de nouvelles données à recueillir », a-t-il précisé.
Une nouvelle Administration américaine en 2009 risque-t-elle de changer la donne au Liban ? Samir Geagea n’a exprimé « aucune inquiétude » à ce sujet. « A mon avis, les choses vont continuer de la même manière. Même si les démocrates viennent au pouvoir, les grandes stratégies de l’Amérique ne changeront pas. C’est une continuité politique avec différentes approches », a-t-il dit. Selon lui, l’éventualité pour Washington de renouer des liens avec Damas « ne se pose pas pour le moment ». « Mais si elle se pose de nouveau dans le futur, les Libanais ne devront pas s’affoler et aussitôt penser que cela se fera sur le dos du Liban », a-t-il assuré.
Enfin, à propos des navires de guerre américains croisant au large du Liban, il a affirmé qu’ils « se trouvent dans les eaux internationales, très loin des côtes libanaises ».