Le gouvernement accable la Syrie, mais refuse de parler de boycottage
Le Liban n’assistera pas au sommet de Damas, décide le Conseil des ministres
Le Liban n’assistera pas au sommet de Damas, décide le Conseil des ministres
Contrairement aux conseils prodigués quelques heures auparavant par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, le Liban ne participera pas au sommet arabe de Damas. Une décision en ce sens a été prise à l’unanimité, hier, par le Conseil des ministres, dont l’ordre du jour était consacré à cette délicate question.
Le communiqué justifie cette décision par le fait que « le Liban est représenté à tout sommet par le président de la République, un président qui donne sa caractéristique à un Liban aux particularités et à la formule uniques, puisqu’il est le seul président arabe chrétien parmi ses pairs musulmans ».
Le gouvernement a par ailleurs laissé au Premier ministre le soin de décider s’il faut adresser au secrétaire général de la Ligue arabe, par le biais d’un mémorandum, un mémoire explicitant sa décision. Ce message pourrait également prendre la forme d’une déclaration télévisée.
La décision de ne pas participer au sommet arabe a été longuement débattue. Le Premier ministre, M. Fouad Siniora, a notamment affirmé avoir vainement attendu, toute la semaine passée, des « signaux positifs » en provenance de Damas qui aideraient le Liban à se décider à participer au sommet.
Le procès-verbal de la séance a relevé en outre, sur insistance de M. Siniora, que l’Arabie saoudite n’a pas demandé au Liban et n’a même pas donné son avis au sujet de sa participation au sommet.
Tous les ministres présents ont d’autre part formulé leur opinion au sujet d’une participation éventuelle, avant d’approuver à l’unanimité l’idée de l’abstention.
Cette décision a été jugée « historique » par ceux qui l’ont prise et qui ont fait assumer au gouvernement syrien la responsabilité de la persistance de la vacance présidentielle.
Compte tenu de la spécificité libanaise en la matière et de la forte symbolique qu’elle représente dans le monde arabe, aucun ministre présent n’a considéré digne de se substituer à un chef de l’Etat dûment élu.
Le texte du communiqué final du Conseil des ministres a été longuement débattu, et ce n’est qu’au terme d’une heure de rédaction qu’il a été diffusé par le ministre de l’Information, Ghazi Aridi.
« Le Conseil des ministres a décidé que le Liban ne participerait pas au sommet », a d’emblée annoncé le ministre de l’Information.
« Il s’agit d’un précédent regrettable qui nous a été imposé », a-t-il ajouté, accusant la Syrie « d’imposer une vacance à la présidence, de fermer les portes du Parlement et de mener une campagne de dénigrement à l’égard du gouvernement ».
M. Aridi a également dénoncé « un climat de terreur que l’on cherche à répandre au sein des deux institutions de l’armée et des FSI », ainsi que « le refus d’appliquer les décisions prises à l’unanimité durant les rencontres de dialogue, afin que le Liban reste une scène ouverte à des règlements de comptes non libanais ».
« Le Conseil des ministres réaffirme que le Liban doit être représenté à n’importe quel sommet par un président de la République, que les Libanais refusent d’accepter le statu quo actuel et que le Liban subit une injustice dans le cadre des relations libano-syriennes », a enchaîné le ministre, lisant le texte préparé.
Toutefois, le gouvernement a pris soin de préciser que sa non-participation n’est pas un boycottage de la Syrie.
« Cette décision (…) ne signifie pas, aux yeux du Conseil des ministres, un boycottage de la Syrie. Au contraire, l’occasion est jugée propice pour insister sur la nécessité du respect de la souveraineté du Liban et son indépendance, du refus de toute ingérence dans ses affaires internes et du respect de la Constitution libanaise. »
Le rôle de la Ligue arabe
Plus tôt, M. Mohammad Chatah, conseiller du Premier ministre, avait indiqué qu’aucun représentant libanais n’irait à Damas.
Plus tôt, M. Mohammad Chatah, conseiller du Premier ministre, avait indiqué qu’aucun représentant libanais n’irait à Damas.
« Cela ne veut pas dire que nous n’enverrons pas de message qui serait lu aux participants au sommet », avait-il ajouté. « Nous reconnaissons que la Ligue arabe a un rôle à jouer au niveau du problème des relations libano-syriennes, qui sont un élément de la crise actuelle dans le pays », a-t-il souligné.
« Mais pour que la discussion sur ce sujet soit productive, il faut que le débat se tienne (…) dans un lieu approprié », a-t-il insisté.
Selon lui, « la dimension régionale de la crise doit être discutée, mais elle doit être préparée différemment, et non pas seulement par des gestes de courtoisie ».
Les détenus libanais en Syrie
Le Conseil des ministres a par ailleurs examiné la charte que le 14 Mars va soumettre au sommet arabe au sujet des prisonniers libanais en Syrie.
Le Conseil des ministres a par ailleurs examiné la charte que le 14 Mars va soumettre au sommet arabe au sujet des prisonniers libanais en Syrie.
Il a également discuté, sans grand enthousiasme semble-t-il, de la proposition d’une reprise des réunions du dialogue au Parlement, lancée par M. Nabih Berry, un homme qui ne reconnaît pas la légitimité du gouvernement et qui a quand même été jusqu’à réclamer la présence au sommet arabe de M. Siniora !
Sur un autre plan, le gouvernement a finalement approuvé le décret de nomination à leurs postes des notaires qui avaient réussi à leur examen de qualification… voici deux ans et prorogé les mandats des avocats généraux en fonctions. Pour ce faire, le gouvernement a dû exercer les attributions du président de la République.
On apprend enfin que le gouvernement a chargé les ministres de l’Intérieur et de la Culture de revoir, avec la Sûreté générale, les motifs qui ont poussé ce département à interdire le film Persépolis… Cette mesure pourrait déboucher sur la levée de cette interdiction.