Le chef des FL fustige les hommes politiques qui exploitent « commercialement » le dossier des réfugiés palestiniens
Geagea : Washington d’accord avec le point de vue du Liban sur l’implantation
Geagea : Washington d’accord avec le point de vue du Liban sur l’implantation
Lors d’une conférence de presse qu’il a tenue à Maarab, le chef du comité exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, a dressé hier un long bilan de sa récente visite aux Etats-Unis. M. Geagea, qui a abordé divers sujets, a surtout insisté sur la question de l’implantation des Palestiniens au Liban, affirmant que les Etats-Unis, autant que l’Europe, ne sont nullement opposés au point de vue unanime des Libanais rejetant une telle implantation. Il a sévèrement critiqué les hommes politiques libanais qui fondent leur popularité en exploitant « commercialement » ce dossier.
« Nous continuons à souffrir d’un problème avec nos voisins », a commencé par dire M. Geagea. « Une nation ne peut être édifiée sans que ses frontières ne soient définies clairement et de manière définitive. Ce n’est pas parce qu’on vit avec une anomalie qu’il faut considérer que c’est une chose normale. Cela fait 65 ans, depuis l’indépendance, que nous n’avons pas de frontières claires et définitives avec la Syrie. Le gouvernement Siniora a déployé de grands efforts pour réaliser un tracé des frontières, mais ses tentatives ont échoué », a-t-il dit.
« Nos frontières sont incontrôlées entre, d’une part, les voisins du Liban et, de l’autre, certaines parties complices à l’intérieur. C’est pourquoi nous assistons à tous ces attentats et ces assassinats, ces Fateh el-Islam. A ce propos, il y a aujourd’hui des informations selon lesquelles Chaker Absi serait vivant et se trouverait quelque part au Liban », a révélé M. Geagea.
« Il n’y a pas de véritable nation sans des frontières bien contrôlées et les nôtres ne le sont pas », a-t-il insisté.
Et d’ajouter : « Il n’y a pas non plus de véritable nation avec la présence sur son territoire de bases militaires ou de services de renseignements. C’est bien le cas au Liban, notamment dans le cas des bases (palestiniennes prosyriennes) de Qoussaya, Héloué, Sultan Yaacoub et Naamé. »
« Il n’y a pas de nation en l’absence de la décision stratégique intérieure. Jusqu’à cet instant, nombreux sont les protagonistes qui s’efforcent de faire en sorte que cette décision stratégique demeure hors de la nation. Si le Liban va à droite, ils disent pourquoi va-t-il à droite ? C’est une atteinte à son arabité ; et s’il va à gauche, on dira pourquoi va-t-il à gauche ? C’est une atteinte à ses principes et ses valeurs. Ils considèrent que le Liban n’a pas le droit de prendre des initiatives en politique étrangère et qu’il n’a même pas le droit d’avoir sa propre politique. Il faut que sa décision reste en Syrie, faute de quoi il devient impérialiste, colonialiste et sioniste, a-t-il relevé. Et naturellement, il n’y a pas de nation à l’ombre d’une guerre perpétuelle menée contre lui de l’extérieur, même si elle revêt un aspect non traditionnel, par le biais d’assassinats, d’explosions et de fermeture de la frontière sur demande. »
« Certains ne lisent
pas la presse »
pas la presse »
« Au sujet de l’implantation des Palestiniens au Liban, a enchaîné le chef des FL, il y a des popularités qui se font et se défont sur ce fonds de commerce. Personnellement, je suis tranquille à ce sujet parce que les Libanais sont entièrement d’accord sur la nécessité d’empêcher une telle implantation. Même si les Etats-Unis et Israël le voulaient, cela n’aurait pas lieu. Or, nous savons tous qu’Israël souhaite que les Palestiniens soient implantés, mais ce n’est pas du tout la position des Etats-Unis qui sont parfaitement conscients du cas libanais ».
« Certains au Liban ont réagi à ce que j’avais déclaré à ce propos aux Etats-Unis en disant que l’essentiel, ce n’est pas ce que dit Samir Geagea, mais ce que proclament les responsables américains eux-mêmes. D’abord, je voudrais attirer l’attention sur le fait que je ne rapporte que ce j’entends. Ensuite, il semble que certains ne lisent pas la presse et ne savent pas que David Welch (secrétaire d’Etat adjoint) a affirmé devant le Congrès que l’avenir des Palestiniens du Liban est dans un Etat palestinien », a-t-il rappelé.
« Aucun responsable américain n’a jamais dit que les Etats-Unis étaient favorables à l’implantation des Palestiniens au Liban. Simplement, ils n’envisageaient pas le problème sous cet angle. Quand nous avons parlé de cette question avec eux, ils ont commencé à l’envisager sous ce point de vue. La première déclaration a été faite le 17 mars et il y aura progressivement d’autres prises de position en ce sens. Ainsi, la position américaine et européenne contre l’implantation sera de plus en plus claire », a-t-il dit.
« Je souhaiterais que les hommes politiques libanais s’efforcent de régler les problèmes au lieu de les exploiter à des fins commerciales. Si cette question avait été traitée à la base dans les milieux européens et américains, on aurait trouvé la solution. Au lieu de cela, certains hommes politiques exploitent le problème et accusent le monde entier de vouloir l’implantation alors qu’eux-mêmes ne font rien de positif pour faciliter la solution. Mais celle-ci existe et je peux, en toute tranquillité d’esprit et avec une profonde conviction intérieure, affirmer qu’il n’y aura pas d’implantation des Palestiniens au Liban tant que les Libanais la rejetteront. Israël continuera à chercher à implanter les Palestiniens chez nous. Notre mission est de travailler auprès des Américains et des Européens pour qu’ils se tiennent à nos côtés à ce sujet », a-t-il encore dit.
Le tribunal international
Au sujet du tribunal international, « nous avons reçu, notamment aux Nations unies, des réponses claires et franches. Le tribunal est en marche et rien ne l’arrêtera. L’acte d’accusation paraîtra avant la fin de l’année et, à partir de là, commencera le dernier acte. Tout pousse donc à l’optimisme au sujet du tribunal qui sera international dans le plein sens du terme. Il y aura quatre juges libanais et sept internationaux, venant chacun d’un Etat différent. Nul ne pourra tenter de manœuvrer avec un tribunal comme celui-ci », a souligné M. Geagea.
« L’importance du tribunal international ne réside pas uniquement dans la découverte des auteurs de l’assassinat de Rafic Hariri et des autres meurtres survenus depuis. Elle est aussi dans le fait que ce tribunal fera la lumière sur les trente dernières années de l’histoire du Liban. Cela est d’une importance extrême pour les Libanais », a-t-il dit.
« Nous avons évoqué de manière exhaustive la question des fermes de Chebaa, en raison de son importance et de sa symbolique. J’ai expliqué, tant aux Nations unies qu’auprès de l’Administration américaine, comment la Syrie et Israël coopèrent, même si c’est de manière indirecte, pour empêcher que le Liban ne récupère ce territoire », a-t-il indiqué.
« Israël prétend ne pas pouvoir rendre les fermes de Chebaa au Liban car elles ne sont pas libanaises et qu’il les a conquises sur la Syrie. Et les Syriens refusent de contresigner un procès-verbal avec le gouvernement libanais prouvant la libanité de ces fermes. L’opération est donc bloquée à ce niveau. J’ai perçu chez les responsables américains, et notamment chez la secrétaire d’Etat, une compréhension et une acceptation de notre point de vue à ce sujet. Mais dans le mêmes temps, elle m’a affirmé être sceptique quant à la possibilité de pouvoir accomplir quelque chose au sujet des fermes de Chebaa tant que la tension restera aussi forte qu’elle l’est aujourd’hui au Proche-Orient », a-t-il indiqué.
« La solution existe, elle a été adoptée par le gouvernement libanais, et consiste en un retrait israélien et une tutelle provisoire de l’ONU sur les Fermes. Les Etats-Unis iront jusqu’au bout dans cette solution, mais le timing dépendra des circonstances dans la région. Il serait donc regrettable de verser du sang libanais pour récupérer ce territoire, car c’est par un travail politique et diplomatique qu’on pourrait le faire », a-t-il dit.
Les prisonniers
S’agissant des prisonniers libanais en Israël, « on nous a dit partout que le Hezbollah est en train de négocier avec Israël à ce sujet, ce qui, en d’autres termes, signifie : “Vous n’avez pas à susciter cette question puisqu’il y a des négociations qui tournent autour.” Nous avons répondu que ces négociations se déroulent hors du cadre de l’Etat libanais et que, par conséquent, elles ne nous concernent pas. Nous les considérons donc inexistantes et nous souhaitons réclamer la libération des détenus de façon légale, tout comme nous réclamons celle des autres détenus », a poursuivi le chef des FL.
Au sujet des détenus libanais en Syrie, M. Geagea a indiqué avoir proposé la formation d’une commission internationale indépendante qui sera chargée de régler ce problème, et avoir demandé l’aide des Etats-Unis à cet effet.
« Oum Abdo et Abou Tannous »
Le chef des FL a d’autre part indiqué avoir insisté auprès des responsables américains sur la nécessité du règlement de la question palestinienne, tout en leur expliquant comment de nombreuses parties au Proche-Orient exploitent cette cause pour se faire une popularité ou pour mener des attaques les uns contre les autres. « Les vrais conflits dans la région n’apparaîtront que lorsque la question palestinienne sera réglée, car tous sont menés sous son étiquette », a-t-il dit.
Le chef des FL a d’autre part indiqué avoir insisté auprès des responsables américains sur la nécessité du règlement de la question palestinienne, tout en leur expliquant comment de nombreuses parties au Proche-Orient exploitent cette cause pour se faire une popularité ou pour mener des attaques les uns contre les autres. « Les vrais conflits dans la région n’apparaîtront que lorsque la question palestinienne sera réglée, car tous sont menés sous son étiquette », a-t-il dit.
Enfin, il a souligné que « tous ceux qui misent sur un changement de la politique américaine au Liban après la fin du mandat du président Bush se trompent ».
Interrogé lors de la séance des questions-réponses sur les propos tenus la veille par le général Michel Aoun au sujet d’un plan adopté en 1996 et qui prévoyait l’implantation des Palestiniens là où ils se trouvent, M. Geagea a répondu sur un ton ironique : « Oui, il se peut qu’Oum Abdo et Abou Tannous se soient effectivement rencontrés pour se divertir avec un plan quelconque. »
A un journaliste qui lui rappelait que le général avait affirmé qu’il publierait en temps opportun les documents et les noms des personnes présentes, le chef des FL a dit : « Pourquoi attendre ? Si le général Aoun a des documents, qu’il les montre pour que nous sachions qui il faut confronter. On ne peut pas se baser sur des choses qui n’existent que chez le général Aoun. »