Epaulé par Berry, Moussa proposerait un compromis
Accord préalable, uniquement de principe, sur un cabinet d’entente, et présidentielle d’abord
Emile KHOURY
Accord préalable, uniquement de principe, sur un cabinet d’entente, et présidentielle d’abord
Emile KHOURY
«Nous avons dépassé le stade de l’interprétation », a affirmé Moussa dans sa conférence de presse de Damas. Malheureusement, il n’en est rien. Le sommet n’a pas su trancher le litige opposant les participants, ainsi que les parties libanaises, au sujet de ce que l’initiative arabe signifie au juste. Pour les Syriens et leurs alliés du cru, les quatre points du programme forment un tout indissociable, sur lequel il faut s’entendre avant de procéder à l’élection d’un nouveau chef de l’Etat libanais. Pour les Egyptiens, les Saoudiens et les loyalistes locaux, combler le vide institutionnel au niveau de la présidence est une priorité vitale qui ne peut, ni ne doit, s’accompagner et s’alourdir d’aucune autre considération ou condition.
Un ancien ministre juge dès lors que le sommet a fauté en ne clarifiant pas l’ordre des choses. Il s’est contenté de réitérer son appui à une initiative arabe qu’il laisse baigner dans le flou, compliquant la crise au lieu de la dénouer. Par l’injonction d’élire sans tarder le général Michel Sleimane, candidat unanime de consensus. Tout en s’engageant à ce que le prochain gouvernement, qui doit être formé de suite après la présidentielle, soit bien un cabinet d’entente nationale. Les Etats arabes soutenant le mouvement à travers des démarches auprès des protagonistes libanais proches des uns ou des autres.
Message voilé
Mais y sont-ils disposés ? Il appartient au secrétaire général de la Ligue, Amr Moussa, de s’en assurer, estime l’ancien ministre, qui présume que l’intéressé va s’y atteler, en multipliant les contacts avec les capitales concernées, avant de revenir à Beyrouth. En espérant qu’il voit effectivement juste quand il avance qu’il existe « un souhait syrien d’améliorer les relations interarabes, le Liban jouant un rôle certain dans ce cadre, du moment que la situation dans ce pays indispose tous les Arabes ».
Il est probable que Moussa, fin diplomate, tend par là une perche, ou un carton d’invitation, aux Syriens pour les porter à assouplir leur position. En effet, il leur glisse ensuite à l’oreille que « la question principale réside dans l’élection d’un président de la République. Il est incompréhensible qu’un Libanais, de quel genre qu’il soit, se dresse contre cette élection, qui constitue le premier élément de l’initiative arabe. Par contre, il est compréhensible qu’il faille une entente (préliminaire) autour de la configuration générale du prochain gouvernement, sans entrer dans les détails des portefeuilles et des noms, car ce serait contraire à la teneur et à l’esprit de l’initiative arabe. »
Selon des sources diplomatiques informées, Moussa, épaulé localement par Berry, va donc tenter de convaincre les protagonistes, arabes ou libanais, de la nécessité d’élire un chef de l’Etat et de laisser pour après les discussions sur la composition du cabinet. Notamment sur les quotas, qu’il s’agisse du 13/10/7 ou du 10/10/10 cher à Berry mais pas à Aoun.
Choix
Mais la formule d’un gouvernement d’union, retenue dans l’initiative arabe, est pratiquement difficile à mettre au point. Chacun voulant tirer la couverture à soi, le pays risque d’être confronté à une crise ministérielle prolongée.
Mais la formule d’un gouvernement d’union, retenue dans l’initiative arabe, est pratiquement difficile à mettre au point. Chacun voulant tirer la couverture à soi, le pays risque d’être confronté à une crise ministérielle prolongée.
Sans compter qu’une fois en place, le gouvernement, bourré de contradictions, risquerait d’imploser à tout moment ou de rester improductif, par suite de querelles constantes entre loyalistes et minoritaires rendant impossible la prise de décisions. Notamment par rapport aux réformes prévues dans le cadre du plan de redressement accompagnant Paris III. Ce qui serait grave par rapport à la situation socio-économique déjà si désastreuse.
Des indépendants estiment dès lors que le mieux serait encore de se rabattre sur la suggestion de Bkerké, relative à la mise en place d’un cabinet provisoire restreint, chargé de préparer des législatives sur la base du caza.
Ces mêmes sources pensent qu’au cas, probable, où l’on s’accrocherait à la formule d’un cabinet d’entente, il faudrait se contenter de déterminer la part de chaque camp, sans discuter des noms ou de la répartition des portefeuilles. Pour laisser au prochain président de la République le soin de résoudre ce casse-tête en accord avec le Premier ministre désigné.
Développant leur première recommandation, ces cadres relèvent qu’on pourrait bien, puisque les législatives sont en jeu, s’inspirer d’un précédent classique en pareille situation. C’est-à-dire un cabinet neutre. Formé de ministres indépendants, non candidats. Pour superviser les élections d’une manière impartiale.
Mais qu’y gagnerait la Syrie ? C’est là toute la question, et tout le problème.