député du Metn appelle à un mouvement populaire pour inciter les députés à élire un président
Michel Murr : Je suis en phase avec Bkerké et je préserve mon indépendance politique
Michel Murr : Je suis en phase avec Bkerké et je préserve mon indépendance politique
C’est un triple message que le député Michel Murr a souhaité passer en force hier, dans le cadre de son meeting au Palais des Congrès en présence des présidents des conseils municipaux et des conseils des moukhtars du Metn et d’un grand nombre de partisans : montrer d’abord, sur le plan populaire, qu’il constitue toujours « la » force politique représentative et déterminante dans sa région de prédilection, qu’il préserve son indépendance sur le plan des choix et des orientations politiques et qu’il n’a de comptes à rendre à personne ; exprimer ensuite son attachement à l’élection immédiate du général Michel Sleimane sans conditions préalables et dans la lignée des positions exprimées par Bkerké ; et mettre en place, par conséquent, une pression populaire sur les députés pour que ces derniers assument leurs responsabilités et élisent un président.
M. Murr a commencé par évoquer l’ensemble des soucis des citoyens : « La patrie est en danger, pour ne pas dire aux soins intensifs, les citoyens font tous les jours face aux dangers sécuritaires, quelle que soit leur nature, à tel point que lorsqu’ils sortent de leur domicile ou leur bureau, ils ne savent pas s’ils vont rentrer vivants ou morts. La pauvreté et la famine ont frappé une grande part des Libanais en raison de la stagnation économique, commerciale, industrielle, touristique et agricole, et en raison de l’inflation croissante et outrancière, jour après jour. Les opportunités d’emploi pour les jeunes hauts diplômés sont devenues quasi inexistantes, ce qui a conduit à l’émigration de dizaine de milliers de personnes par mois, qui ont été chercher leurs moyens de subsistance à l’étranger, loin de leur patrie et de leur famille. Les pouvoirs publics sont quasi bloqués et sont en proie au vide au niveau de la présidence de la République et à la paralysie au niveau de la Chambre et du Conseil des ministres. Le peuple en est arrivé à maudire et à ne plus accorder de crédibilité à l’Etat et l’ensemble des hommes politiques, fussent-ils loyalistes ou opposants, sentiment qui a ancré le désespoir dans l’âme des citoyens, lesquels ont perdu confiance dans l’avenir de leur patrie et font face à un avenir inconnu ».
Et M. Murr de poursuivre : « Il devient du devoir du responsable de ne pas se contenter d’assister à l’effondrement du Liban (…). Il doit prendre l’initiative de présenter la réalité de la situation à la base populaire qui l’a élue (…) et œuvrer par conséquent pour que la patrie soit sauvée de la crise. Devant l’importance des développements actuels, nous avons décidé de prendre l’initiative de constituer une opinion publique qui ferait pression sur les hommes politiques, surtout les députés parmi eux, afin de les inciter à assumer leurs responsabilités nationales et à prendre la bonne décision au plus vite dans la mesure où la situation à laquelle nous sommes parvenus ne supporte plus aucun report. Le temps presse et l’opportunité qui s’offre à nous aujourd’hui pourrait ne pas se reproduire demain. »
« Devant cette réalité amère et devant le souhait exprimé par l’ensemble des directions des conseils locaux du Metn (municipalités et moukhtars) et des instances civiles (associations, clubs et autres), qui ont été élus à une majorité populaire écrasante et qui représentent la fraction la plus grande des Metniotes, nous avons décidé de tenir une réunion aujourd’hui pour prendre les décisions nécessaires (…) », a-t-il indiqué, invitant les autres régions à suivre ce modèle de réunion pour exprimer leur mécontentement face à la situation.
« Le grand problème auquel nous sommes confrontés est la vacance présidentielle en raison du torpillage des séances d’élection du président depuis le 24 septembre. La raison principale est l’impossibilité d’assurer le quorum des deux tiers pour ouvrir la séance. Il est nécessaire de s’arrêter devant l’intention du législateur à ce sujet. Lorsque ce dernier a mis en place ce texte constitutionnel, l’objectif n’était pas de paralyser les séances en permanence à l’aide du quorum, mais d’inciter tout le monde, loyalistes et opposants, à s’entendre sur un candidat qui obtiendrait une majorité confortable, ce qui lui donnerait une certaine envergure au début de son mandat (…). Après les séances électorales auxquelles les députés ont été conviés par le président de la Chambre entre le 24 septembre et le 24 novembre ; après l’accord sur la candidature du général Michel Sleimane comme candidat consensuel et l’appui de tous les blocs parlementaires loyalistes et opposants à cette candidature ; et enfin après l’unanimité arabe et internationale sur cette candidature consensuelle, il n’y a plus d’excuse pour paralyser les séances électorales », a affirmé Michel Murr.
Une hérésie
« Malheureusement, les parties au conflit ont continué à poser condition sur condition, ce qui a conduit au maintien du torpillage et du vide à la présidence à partir du 24 novembre. Nous ne pouvons pas accepter cela, dans la mesure où il est impossible de considérer l’élection d’un président comme un instrument de marchandage afin d’obtenir des revendications politiques, quelles qu’elles soient », a-t-il affirmé. « La persistance du blocage des séances électorales est une hérésie que le Liban n’a jamais connue dans son histoire, ni aucun pays du monde d’ailleurs. La gravité de cette hérésie par rapport au système est que le blocage pourrait se transformer en usage – et en jurisprudence – qui serait à nouveau appliqué à l’avenir, pour toute élection présidentielle. Toutes les élections présidentielles successives seraient aussitôt paralysées, dans la mesure où aucun camp, ni les loyalistes, ni l’opposition, ne pourrait remporter à lui seul les deux tiers des sièges au Parlement », a souligné le député du Metn.
Selon M. Murr, la solution à la crise présidentielle conduira à la redynamisation de toutes les institutions étatiques. « Si un président est élu, un gouvernement d’union peut-être mis en place en une semaine. Le Parlement ouvrira aussitôt ses portes pour accorder la confiance au cabinet, puis la Chambre recommencera à jouer son rôle de législateur et d’exercer son contrôle sur l’Exécutif, et le gouvernement nommera un Conseil constitutionnel. Le vide disparaîtra des institutions. Tout cela sera fait en l’espace d’un mois tout au plus à partir de l’élection d’un président, et le gouvernement commencera immédiatement à étudier une loi électorale qui puisse obtenir l’aval de tout le monde et qui soit basée sur le caza, avec quelques modifications », a-t-il indiqué.
Il a ensuite évoqué les conséquences positives qu’aurait l’élection d’un président à tous les niveaux, notamment celui de la reprise économique.
Bkerké, une autorité de référence
« Pour toutes ces raisons, j’ai pris des positions à partir du 24 novembre réclamant l’élection d’un président consensuel au plus vite, et sans conditions qui pourraient entraver ce processus, la présence d’un président étant le premier pas pour résoudre toutes les autres pommes de discorde. Depuis des mois, nos positions sont en phase avec celles du patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir, et du Conseil des évêques maronites, parce que nous considérons que Bkerké constitue une autorité de référence nationale et désintéressée, dont le but premier est de sauver la patrie de sa crise et le citoyen de ses souffrances », a-t-il indiqué.
Evoquant la mise en place de l’initiative arabe pour trouver une solution, M. Murr a rappelé que les parties concernées, au lieu de faciliter la tâche du secrétaire général de la Ligue arabe, avaient au contraire posé condition sur condition, ce qui a torpillé l’application de l’initiative, notamment l’élection d’un président, « alors que ces conditions ne sont pas liées directement à l’élection présidentielle ».
« Voilà que maintenant, le président de la Chambre et le Premier ministre effectuent des visites dans les pays arabes pour aider à trouver une solution. Nous avons appuyé cette initiative parce que nous sommes toujours convaincus que le premier pas pour résoudre la crise libanaise est l’élection d’un président. Ces derniers jours, le président de la Chambre a proposé le retour à la table du dialogue. Nous avons immédiatement appuyé cette proposition qui pourrait aider à une solution à la crise », a-t-il ajouté.
Et de conclure : « Nous considérons que tout homme politique doit retourner à la volonté populaire en définitive. Vous représentez cette grande fraction de la volonté populaire au Metn. Nous resterons en contact avec vous et nous préserverons notre indépendance dans l’action politique. Tout le monde sait que je n’ai jamais accepté de faire partie de partis, de blocs ou de rassemblements. Je ne dépends de personne (…) ».