Les Kataëb accusent Aoun d’« exploiter le sang des martyrs»
Les rumeurs alimentent la polémique CPL-14 Mars
Les rumeurs alimentent la polémique CPL-14 Mars
Suite aux informations de presse relayées par le chef du Courant patriotique libre, Michel Aoun, concernant l’existence d’un charnier présumé à Halate, le bureau de presse du CPL a publié hier un communiqué dans lequel il a estimé qu’une grande partie de la crise politique actuelle est due à « des malentendus provoqués ou réels ». « Cette affirmation se fonde sur les commentaires qui ont émané de plusieurs parties après les propos prononcés par le général Michel Aoun alors qu’il présidait lundi la réunion du Bloc de la réforme et du changement. »
Le communiqué a ainsi indiqué que le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, s’est employé à accuser le général Aoun de faire circuler des rumeurs infondées sur l’existence du charnier et « a omis le fait que les travaux d’excavation ont été amorcés sur ordre du ministère public et conformément à des informations parues dans la presse ».
M. Geagea avait auparavant exprimé ses « regrets » face au « niveau atteint par le général Michel Aoun sur le plan politique en mettant sur le tapis la question des fosses communes à Halate ». Il a aussi estimé que « le travail politique ne se limite pas seulement au fait de propager des rumeurs et des mensonges contre les autres parties » et que la rivalité politique « ne se limite pas à dénigrer l’autre ». Le chef des FL a dans ce contexte rappelé l’incident du 23 janvier 2007, lorsque le CPL avait publié une photo d’un élément des FL « tirant sur les manifestants ».
Pour le CPL en revanche, « le général Aoun n’a rien à voir avec l’affaire des charniers même s’il continue d’assurer qu’il existe encore beaucoup de fosses communes qui n’ont pas été trouvées sur l’ensemble du territoire libanais ». Michel Aoun, rappelle-t-on, s’était exprimé sur le sujet suite à des informations que certaines personnes lui avaient récemment fournies.
Le bureau du bloc parlementaire des FL à Jebbeh (Bcharré) a toutefois tenu à souligner qu’il était « regrettable » que le général Michel Aoun « soit tombé dans le piège des fausses informations, de manière délibérée ou par manque d’informations ». Cette attitude du chef du CPL démontre une volonté de « ranimer des sentiments gratuits de haine qui ne traduisent aucunement la réalité et qui contribuent de plus en plus à diviser la scène chrétienne », a indiqué le communiqué rédigé par les députés Sethrida Geagea et Elie Keyrouz. « Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la première fois que le général Michel Aoun agresse les autres, il est de toute évidence passé maître dans l’art de lancer des rumeurs infondées et mensongères », a poursuivi le communiqué des FL.
Le cadre CPL, Gebrane Bassil, s’est toutefois demandé pourquoi la nouvelle de la découverte d’un éventuel charnier a provoqué tant de réactions violentes, « les Libanais, de même que les habitants de Halate, savent très bien qu’il existe des charniers dans cette région. Tout le monde doit participer à ces fouilles afin que ce dossier soit définitivement clos ». « Le but est de connaître la vérité et de connaître le sort de tous les disparus. Dans ce contexte, nous insistons pour que la Syrie libère tous les disparus qui ne seront pas trouvés au Liban. »
Antoine Ghanem
Le CPL est d’autre part revenu sur les déclarations de Michel Aoun concernant « les quatre députés qui comptaient intégrer le CPL mais dont l’identité n’a pas été révélée de peur que quelque chose de mauvais leur arrive », en indiquant que le parti Kataëb s’est senti « visé ». « Le parti Kataëb a senti que c’était là une accusation de traîtrise à l’égard du député martyr Antoine Ghanem et une manière de pointer un doigt accusateur vers les Kataëb, et de dire que ce parti est à l’origine de son assassinat », a souligné le communiqué du CPL, avant d’ajouter : « Nous ne savons pas comment le parti est parvenu à ces deux conclusions (…). De toute manière, les roses blanches qui ont été distribuées lors des élections du Metn ont bel et bien démontré le degré d’exploitation politique » du sang des martyrs.
Le parti Kataëb a estimé de son côté que « l’exploitation du sang des martyrs, dans le cadre de positions politiques malhonnêtes, est un acte surprenant ». Le communiqué publié par les Kataëb a aussi relevé qu’il était « honteux » d’évoquer les martyrs afin d’exploiter leur mort politiquement, d’autant plus que le général Aoun « parle de cela comme si le député Antoine Ghanem était mort sur la route de Rabieh ou alors qu’il envisageait d’intégrer le Bloc de la réforme et du changement ». « Nous pensons que le général Aoun aurait dû concentrer son énergie sur la solidité de son bloc parlementaire et son immunité », a conclu le communiqué Kataëb.
Le député Henri Hélou a, quant à lui, déclaré hier qu’il ne fallait plus « fouiller dans les pages du passé, de la guerre et de ses drames ». Le secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid, a appelé enfin le général Aoun à « arrêter de fouiller dans les blessures du passé et dans les tombes »