Armement, patrimoine foncier, télécoms, services socioculturels
Le Hezbollah développe son projet de mainmise, ou d’Etat, par secteurs compartimentés
Emile KHOURY
Le Hezbollah développe son projet de mainmise, ou d’Etat, par secteurs compartimentés
Emile KHOURY
A son arsenal de roquettes et autres joujoux guerriers, le Hezbollah ajoute un patrimoine immobilier ou foncier en pleine expansion. En procédant à une invasion rampante de régions, notamment montagneuses, limitrophes du territoire qu’il contrôle au Sud, dans la Békaa ou en bordure de Beyrouth. En intensifiant, parallèlement, ses prestations sociales et culturelles qui lui valent l’attachement des masses autant que les salaires qu’il distribue.
Il se dote, en outre, temps modernes obligent, d’un réseau de télécommunications privé, avec des relais s’étendant du Sud jusqu’aux hauteurs du jurd du Kesrouan et de Jbeil. La LBCI a diffusé un documentaire recensant les zones d’implantation du réseau, et les actions menées à cet effet sans aucune réaction de la part des services publics. Un faisceau bien entendu illégal. Et inquiétant. Le Conseil des ministres devait étudier la question cette semaine, mais la séance a été reportée, pour cause de voyage de plusieurs ministres.
Le Hezb foule donc la loi aux pieds. En s’abritant derrière le prétexte des impératifs de la lutte de résistance contre Israël. Il déclare sans ambages qu’il ferait front à toute mesure que le Conseil des ministres prendrait pour gommer son réseau de téléphonie. Car il y va, selon lui, de sa sécurité face à l’ennemi.
Le Hezb foule donc la loi aux pieds. En s’abritant derrière le prétexte des impératifs de la lutte de résistance contre Israël. Il déclare sans ambages qu’il ferait front à toute mesure que le Conseil des ministres prendrait pour gommer son réseau de téléphonie. Car il y va, selon lui, de sa sécurité face à l’ennemi.
Ses menaces de riposte violente, à peine voilées, donnent à réfléchir à certains ministres. Qui, au nom de la stabilité intérieure, estiment que le mieux, c’est encore de continuer à fermer les yeux. D’autant qu’il n’est pas du tout certain que des opérations de remise en ordre seraient couronnées de succès, si l’on se réfère aux tentatives avortées de la loi dans la banlieue sud, où des gendarmes ont été désarmés et capturés.
Et le respect de la loi ? Ces responsables répondent par un hochement de tête. On n’en est pas à une transgression près, dans un pays presque plongé dans l’anarchie, disent-ils. En rappelant l’arsenal, maintenu au mépris de la 1701, donc de cette loi internationale qui prime tout autre. Ou encore le squat des tentes dans le centre-ville, qui cause tant de tort socio-économique au pays. Sans parler des fameux îlots d’extraterritorialité interne, dits périmètres de sécurité, auxquels la police n’a pas accès. Et sans évoquer aussi, last but not least, le boycott de la présidentielle.
Cependant, d’autres ministres relèvent que le Hezb met largement à profit le vide institutionnel, la paralysie de l’Etat de droit, pour se renforcer et étendre ses tentacules. A leur avis, il risque de disposer bientôt d’infrastructures d’une solidité à toute épreuve, le rendant invincible. Ils pensent donc qu’il faut réagir sans tarder. Et en force car, d’après eux, l’on en est déjà arrivé au point où les moyens politiques, diplomatiques, ne servent plus à rien.
Stagnation
Mais ces va-t-en-guerre ne savent que répondre quand on leur fait observer que l’Etat libanais, à supposer qu’il puisse bouger, est actuellement trop faible pour s’imposer au Hezb sur le terrain, que le marasme politique et décisionnel avantage nettement, et de plus en plus.
Comme on n’est pas près de sortir de l’auberge, nombre de ministres et de députés projettent d’effectuer un long séjour à l’étranger, pour prendre de la distance et en même temps se protéger. Ils font valoir qu’ils n’ont pas grand-chose à faire actuellement au pays, du moment que le Conseil des ministres ne peut prendre de décision importante qu’en l’air. Et que la Chambre garde portes closes. Ce à quoi s’ajoute le fait que le 14 Mars semble s’être résigné à ne pas trancher le nœud gordien, en élisant le général Michel Sleimane à la moitié plus un. Toujours pour ne pas mettre en danger la stabilité du pays.
Le blocage, on le sait, est réciproquement imputé aux Américains et aux Syriens par leurs fidèles respectifs du cru. Certains indépendants commencent dès lors à se demander s’il n’y aurait pas une connivence tacite entre ces protagonistes extérieurs. Pour laisser la carte libanaise en plan, comme cela s’est vu tant de fois par le passé. Car elle reste commode pour tous, en tant que bouc émissaire, pour leurs règlements de comptes par Libanais interposés.
Mais ces supputations ne résistent pas à une analyse objective du tableau. Dans ce sens que ce sont les prosyriens et leurs alliés qui bloquent tout. Par leurs exigences préliminaires exorbitantes, rédhibitoires. Alors que les loyalistes dits « proaméricains » militent dur pour la présidentielle et la réactivation des institutions. En soulignant du reste, à l’adresse de leurs vis-à-vis, que si l’Amérique est vraiment responsable du blocage, il est facile pour ses détracteurs de lui mettre le bec dans l’eau. En venant à la Chambre élire le général Sleimane.
Le fait est que la perpétuation de la crise suscite un sérieux danger de déliquescence généralisée, pour ne pas dire d’éclatement sur tous les fronts.